Pourquoi tant de garçons? Demandez à l'Occident

Un garçon fait de la gymnastique en Inde en 2010. REUTERS/Danish Siddiqui

Un garçon fait de la gymnastique en Inde en 2010. REUTERS/Danish Siddiqui

Oui, l’argent et les conseils des occidentaux ont vraiment encouragé l’explosion des avortements sélectifs en Asie, poussant les parents à ne pas avoir de filles.

POURQUOI MANQUE-T-IL plus de 160 millions de femmes en Asie? La réponse est connue: c’est le résultat de la sélection du sexe des enfants à naître (en général, une échographie, suivie d’un avortement si le fœtus s’avère être de sexe féminin). Mais, au-delà de cela, les raisons expliquant ce fossé démographique dont la taille est proche de la moitié de la population américaine sont rarement bien comprises. Je ne les comprenais d’ailleurs pas moi-même avant d’écrire un livre sur le sujet.

Je pensais que j’allais me concentrer sur la manière dont la discrimination sexuelle a perduré en dépit du développement économique. Les raisons invoquées par les couples pour préférer les garçons varient: les garçons restent plus longtemps dans la famille, ils s’occupent de leurs parents lorsqu’ils sont vieux…

Dans certaines cultures, les garçons sont en charge de rituels importants liés aux funérailles et au culte des ancêtres. D’autres familles évoquent aussi le gouffre financier que représentent les dots à verser lorsque l’on marie sa fille.

Toutefois, cela n’explique pas pourquoi la sélection du sexe s’est étendue au-delà des frontières religieuses et culturelles. Alors que le phénomène ne touchait autrefois que l’est et le sud de l’Asie, le déséquilibre du ratio hommes-femmes à la naissance a récemment atteint des pays aussi divers que le Vietnam, l’Albanie ou l’Azerbaïdjan.

Qui plus est, le problème a pris de l’ampleur, alors même que nombre de ces pays en développement sont dirigés par des femmes. En Inde, où les femmes ont obtenu des avancées politiques que l’on attend encore aux États-Unis, la sélection du sexe est devenue si intense que l’on estime que, d’ici 2020, la population masculine dans le nord-ouest du pays sera 15% à 20% supérieure à la population féminine. Je pensais au départ que cela ne pouvait s’expliquer que par les actions combinées du progrès technologique et de la persistance du sexisme.

Je n’imaginais pas ce sujet allait me conduire, en partie, aux États-Unis.

En y regardant de plus près, j’ai découvert que ce que je prenais pour des théories conspirationnistes d’extrême droite liant le féminisme occidental au contrôle de la démographie n’étaient en fait pas totalement infondées, du moins d’un point de vue historique.

Comme j’ai pu le constater, les conseillers et chercheurs occidentaux ont participé à cette réduction redoutable du nombre de femmes et de filles dans les pays en développement. Et aujourd’hui encore, les féministes et les groupes de défense des droits génésiques souffrent de cet héritage.

L’histoire débuta au milieu du XXe siècle, période à laquelle la croissance de la population mondiale commença à inquiéter sérieusement les démographes occidentaux, du fait de plusieurs facteurs convergents. Grâce aux avancées de la santé publique, l’espérance de vie ne cessait de croître.

Les projections démographiques réalisées par la Division de la Population des Nations unies annoncèrent en 1951 la conséquence de cet allongement de la vie: une croissance rapide de la population se profilait, notamment dans les pays en développement. Les experts prévoyant une «explosion démographique», l’anxiété gagna les milieux politiques, poussant aussi bien les écologistes que les maccarthistes à rejoindre le mouvement pour le contrôle démographique. Vu par le prisme des années 1960, la croissance de la population était synonyme de pauvreté, qui elle-même était synonyme de vulnérabilité au communisme.

Et si on garantissait aux couples d'avoir un fils?

Des organisations comme l’Agence américaine pour le développement international (USAID), la Banque mondiale ou la fondation Rockefeller financèrent des politiques de réduction du taux de natalité à l’étranger, tandis que la fédération internationale des plannings familiaux (IPPF) et le Population Council coordonnaient les efforts sur le terrain.

Cependant, les actions menées par ces organismes se limitant aux couples acceptant la contraception, on remarqua bientôt que l’un des principaux obstacles dans la majeure partie des pays, notamment en Asie, était que les gens continuaient à faire des enfants tant qu’ils n’avaient pas de garçon. Comme l’expliqua le démographe S.N. Agarwala dans une étude sur l’Inde qu’il présenta à une conférence de l’IPPF en 1963:

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«Certains rites religieux, notamment ceux ayant trait à la mort des parents, ne peuvent être exécutés que par les enfants de sexe masculin.... Les parents n’ayant eu que des filles font tout ce qu’ils peuvent pour avoir au moins un garçon

Même aux États-Unis, les études suggéraient une préférence pour les garçons.

La question se posait donc: qu’adviendrait-il si l’on pouvait garantir aux couples qu’ils pourraient avoir un fils dès le début? Dans d’autres parties du monde, les scientifiques mettaient au point des techniques destinées à déterminer le sexe des fœtus chez des femmes porteuses d’anomalies liées au sexe, comme l’hémophilie, qui ne se développe que chez les garçons (pratiqués en 1955 par des médecins danois à Copenhague, les premiers avortements sélectifs liés au sexe furent, en fait, réalisés sur des fœtus masculins).

La technologie n’en était toutefois qu’à ses balbutiements et elle impliquait des avortements tardifs. Les partisans du contrôle démographique commencèrent alors à parler d’encourager la sélection des sexes. En 1967, par exemple, lorsque le président de la fédération des plannings familiaux des États-Unis, Alan Guttmacher, reçut une lettre d’un scientifique indien qui cherchait à «contrôler le sexe dans la reproduction humaine», il la transféra immédiatement au directeur médical de l’organisation, avec une note griffonnée à la hâte en rouge lui demandant si la recherche en question ne méritait pas qu’on l’encourage.

La sélection des sexes, une bonne méthode de contrôle démographique

En fin de compte, le planning familial ne finança pas la recherche, mais ce fut pour une raison technique, le gouvernement américain ayant peu de temps auparavant réduit radicalement le financement des partenariats avec l’étranger.

Six mois plus tard, Steven Polgar, le directeur du département recherches de l’organisation, déclara en public que la sélection des sexes était une méthode efficace de contrôle démographique. Prenant la parole devant un public d’érudits et d’hommes politiques lors d’une conférence sponsorisée par l'Institut national de la santé des enfants et du développement humain (NICHD), il «implora», selon le compte-rendu de la réunion, «les sociologues d’inciter les biologistes à trouver une méthode permettant de déterminer le sexe des fœtus, car certains parents ne refont des enfants que dans le but d’en avoir un d’un certain sexe».

Au début, le langage employé était neutre, mais il ne fallut pas longtemps pour que les descriptions se fassent plus abruptes et que certains intervenants parlent franchement de sélectionner les garçons. Dans les années qui suivirent, le président du Population Council, Bernard Berelson, défendit la sélection des sexes dans les pages du magazine Science, tandis que Paul Ehrlich préconisait que l’on donne aux couples le fils qu’ils désiraient dans son bestseller La bombe “p”, 7 milliards d’hommes en l’an 2000.

«Si l’on pouvait trouver une méthode simple pour garantir que les premiers enfants à naître soient des garçons, écrivait-il, le problème du contrôle démographique serait en quelque sorte atténué.»

Dans de nombreux pays, d’après lui, «les couples qui n’ont que des filles “continuent d’essayer” dans l’espoir d’avoir un fils». Un grand choix de stratégies de contrôle démographique était à l’étude à l’époque, mais vers la fin de la décennie, lors d’une autre rencontre du NICHD sur la baisse du taux de natalité, la sélection des sexes était devenue une option que les participants estimaient «particulièrement souhaitable».

Parmi les autres intervenants –principalement des hommes– se trouvaient également Arno G. Motulsky, généticien à l’Université de Washington-Seattle, William D. McElroy, alors à la tête du département de biologie de la Johns Hopkins University et le microbiologiste britannique John Postgate.

Des inconvénients? On fera avec...

Particulièrement résolu, Postgate chanta les louanges de la sélection des sexes dans un article du New Scientist, dans lequel il expliquait que la croissance démographique représentait une telle menace qu’il faudrait tolérer les inconvénients d’un déséquilibre hommes/femmes, aussi triste cela soit-il. «Une forme de purdah» serait, selon lui, peut-être nécessaire et «le droit des femmes à travailler ou même à voyager librement seules serait sans doute provisoirement oublié».

Plusieurs femmes furent également de la partie. En 1978, Clare Boothe Luce, ancienne ambassadrice et membre du Congrès des États-Unis, écrivit un article dans le Washington Star prônant le développement d’une «pilule à garçons», un médicament que les femmes pourraient prendre avant d’avoir une relation sexuelle pour s’assurer que l’enfant à naître serait un garçon.

Il ne fallut pas longtemps pour que la sélection des sexes apparaisse comme la solution préférée de tous. Dans le contexte des politiques démographiques des années 1960 et 1970, le fait qu’il s’agisse d’une stratégie reposant sur le volontariat et les comportements individuels la rendait particulièrement séduisante.

Dans son article du magazine Science, Berelson estimait que la valeur éthique de la sélection des sexes était «élevée». Postgate fit également remarquer que «des millions de personnes sauteraient sur la chance de pouvoir avoir un garçon». À l’époque, les autres stratégies à l’essai en Asie reposaient sur la coercition et non sur le choix.

En Corée du Sud, l’argent occidental permit la création d’un ensemble de cliniques mobiles –d’anciennes ambulances de l’armée américaines reconditionnées par l’USAID, avec à leur bord un personnel et des volontaires peu formés. Les employés du Bureau de la Santé publique, une officine du ministère de la Santé, étaient payés en fonction du nombre de stérilisations réalisées et de stérilets posés. Certains affirment même que les cliniques mobiles coréennes furent utilisées par la suite pour réaliser des avortements.

2,75 avortements pour une naissance

Gynécologue de son état, le Dr Cho Young-youl se souvient que dans les années 1970, époque à laquelle il était étudiant, «des agents sillonnaient la campagne et les petites villes à la recherche de femmes à amener dans les cliniques mobiles. Leur paye en dépendait. Ils se fichaient de savoir si elles étaient enceintes ou non». Les femmes qui n’étaient pas enceintes étaient stérilisées. Le Dr Young-youl se souvient également d’une femme enceinte qui subit un traitement encore pire:

«L’agent a pratiqué un avortement, puis il lui a ligaturé les trompes.»

Le taux d’avortement atteignit des sommets en Corée, comme le détaillèrent Sung-bong Hong et Christopher Tietze dans le bulletin du Population Council, Studies in Family Planning. En 1977, ils calculèrent que les médecins de Séoul pratiquaient 2,75 avortements pour une naissance –le taux le plus important de l’histoire à ce jour. S’il n’y avait pas eu cette histoire, m’a récemment déclaré la sociologue coréenne Heeran Chun, «je ne pense pas que la sélection des sexes serait devenue si populaire».

«Tout le problème vient de la population»

En Inde, pendant ce temps, comme me l’a expliqué Sabu George, militant pour la santé publique, les conseillers de la Banque mondiale et d’autres organismes faisaient pression sur le gouvernement pour qu’il fasse sien le principe «selon lequel tout le problème venait de la population». La fondation Rockefeller fit un don de 1,5 million de dollars au All India Institute of Medical Sciences (AIIMS), la plus grande école de médecine du pays, et la fondation Ford donna 63.563 dollars à la «recherche en biologie reproductive».

De même, au milieu des années 1960, le directeur médical du Population Council, Sheldon Segal, montra aux médecins de l’institut comment pratiquer un test de la chromatine sexuelle indiquant qu’un individu est de sexe féminin –la méthode qui précéda la technique actuelle de détermination du sexe du fœtus.

La technologie évoluant rapidement, la détermination du sexe du fœtus devint possible au troisième trimestre de grossesse grâce à l’amniocentèse. En 1975, les médecins de l’AIIMS réalisèrent des avortements sélectifs tests dans un hôpital public. Pour ce faire, ils proposèrent à des femmes pauvres de réaliser sur elles une amniocentèse gratuite, puis de les aider si elles devaient choisir d’avorter en raison du sexe du fœtus.

On estime qu’un millier de femmes avortèrent parce qu’elles portaient une fille. Les médecins qualifièrent l’étude d’expérience de contrôle démographique et les avortements sélectifs se généralisèrent à travers l’Inde. Dans son autobiographie, Sheldon Segal affirme avoir été choqué d’apprendre que les médecins de l’AIIMS avaient utilisé une variante de la technique qu’il leur avait apprise pour pratiquer des avortements sélectifs.

Il oublie toutefois de préciser que peu de temps après son séjour en Inde, il avait tenu une conférence au National Institute of Child Health and Human Development au cours de laquelle il avait décrit la sélection des sexes comme une méthode de contrôle démographique (le compte-rendu de la réunion parle plus précisément de «détermination du sexe lors de la conception» –une chose aujourd’hui possible grâce aux avancées de la procréation assistée– mais, à l’époque, la détermination in-utero était la seule forme possible de sélection du sexe).

L'extraordinaire sens du bien commun du peuple chinois

La sélection du sexe fit son entrée en Chine l’année même où débutèrent les expériences de l’AIIMS. Le pays accepta l’aide occidentale tardivement, en 1979. Mais après avoir été tenus à l’écart de l’Empire du Milieu durant des années, le Fonds des Nations unies pour la Population (UNFPA) et l’IPPF sautèrent sur l’occasion de jouer enfin un rôle dans le pays le plus peuplé du monde.

L’UNFPA participa notamment à hauteur de 50 millions de dollars en ordinateurs, formations et publicité, juste avant la mise en place de la politique de l’enfant unique. Les représentants de l’UNFPA et de l’IPPF déclarèrent publiquement que la nouvelle politique de la Chine reposait sur l’extraordinaire sens du bien commun du peuple chinois.

Toutefois, à en croire Fatal Misconception, l’histoire du mouvement du contrôle démographique écrite en janvier 1980 par l’historien Matthew Connelly, de l’université de Columbia, la responsable de l’information de l’IPPF, Penny Kane, s’était inquiétée en privé de voir que les autorités chinoises souhaitaient, de toute évidence, procéder à des avortements forcés pour respecter les nouveaux quotas en matière de natalité.

Cela finit par se savoir, de même que les témoignages faisant état d’avortements sélectifs liés au sexe du fœtus. En 1982, Victoria Graham, la correspondante locale d’Associated Press, informa que la tendance était en train de se généraliser. «Ce ne sont pas des cas isolés», écrivait-elle, ajoutant même:

«Les démographes ont prévenu qu’une balance des sexes modifiée par les avortements ou les infanticides pourrait avoir des conséquences désastreuses.»

Aujourd’hui, certaines de ces conséquences désastreuses commencent à apparaître de manière alarmante. On notera notamment à quel point il devient difficile pour des organismes comme l’UNFPA de fournir des services légitimes dans les pays en développement en raison de leur lien historique avec le contrôle démographique.

En effet, les nouvelles faisant état de sélection des sexes et d’avortements forcés ont fortement contribué à renforcer le mouvement anti-avortement, alors bourgeonnant aux États-Unis. En 1984, des manifestants firent irruption lors de la conférence mondiale sur la population à Mexico en brandissant des preuves des exactions commises en Chine.

L’année suivante, le Président Ronald Reagan dévoila ce qui allait bientôt être connu sous le nom de «global gag rule», en réduisant de 46 millions de dollars sa participation à l’UNFPA –une somme qui aurait pu être utile pour soigner mères et enfants, et non pas uniquement au contrôle démographique. Cette bataille autour du financement de la santé reproductive s’est poursuivie durant les deux décennies suivantes, les Présidents américains retirant ou réinstaurant le gag rule en fonction de leur ligne politique.

Aujourd’hui, bien entendu, l’UNFPA et le planning familial sont gérés par une nouvelle génération d’employées féministes qui défendent activement les droits génésiques et ne financent plus le contrôle de la démographie mondiale.

Le poids du passé dans la lutte actuelle

La virulence du mouvement anti-avortement fait que le planning familial parvient à peine à donner accès aux contraceptifs et à un avortement sûr aux femmes américaines qui le désirent. Toutefois, cette politique controversée des États-Unis a coincé l’UNFPA et d’autres groupes de gauche dans ce que Joseph Chamie, ancien directeur de la Division de la Population aux Nations unies, appelle «le paradoxe de l’avortement».

Le 14 juin 2011, les Nations unies ont émis une déclaration inter-agences condamnant la sélection du sexe et donnant des recommandations sur les mesures à prendre. L’UNFPA faisait partie des organismes ayant participé à sa rédaction. L’organisme a également financé des recherches sur la sélection des sexes et le déséquilibre du ratio hommes/femmes au niveau local.

Mais son passé dans les pays en développement continue à peser sur ses leaders actuels, au détriment des femmes du monde entier. Comme me l’ont dit des activistes et des démographes, l’anxiété rampante qui règne autour des questions liées à l’avortement fait que l’UNFPA rechigne désormais à traiter le problème de la sélection des sexes directement au niveau international –une réticence qui a permis aux ennemis de l’organisme d’utiliser la question à leur propres fins (les militants anti-avortement ont visiblement très envie de reprendre la question à leur compte, même s’ils semblent plus intéressés par la perspective de poser des restrictions à l’avortement aux États-Unis que par celle d’accroître le nombre de femmes dans le monde et de protéger les droits des femmes opprimées).

Pendant ce temps, alors que les politiques américains hésitent à réduire le financement du planning familial américain et que la droite chrétienne tente d’interdire les avortements sélectifs au niveau des États, les effets de trois décennies de sélection des sexes commencent à se faire ressentir de manière inquiétante.

Faute de compagnes, la traite augmente

En Chine, en Inde, en Corée et à Taiwan, la première génération issue de la sélection des sexes a atteint l’âge adulte et les hommes ont aujourd’hui du mal à trouver des compagnes, ce qui a pour effet d’accroître la traite des blanches et la vente d’épouses.

Lorsque j’étais en Chine, dans une ville en pleine expansion, j’ai regardé des séries télévisées avec une petite femme effacée qui venait des montagnes pauvres de l’ouest. Elle avait été élevée par des trafiquants avant d’être vendue à son mari (sa série préférée s’intitulait: Les femmes ne pleurent pas).

Dans le delta du Mékong, j’ai aussi visité une petite communauté insulaire où des parents cherchaient à vendre leurs filles contre quelques milliers de dollars pour servir d’épouses aux hommes taïwanais «excédentaires». Si la purdah prévue par John Postgate n’a pas encore eu lieu, les féministes en Asie redoutent qu’en étant de moins en moins nombreuses, les femmes soient de plus en plus poussées vers des rôles traditionnelles de femmes au foyer et de mères de famille plutôt qu’encouragées à devenir scientifiques ou chefs d’entreprises.

Mais le sort réservé aux femmes n’est qu’une partie du problème. Démographiquement parlant, les femmes ont de moins en moins de poids. On estime que, d’ici 2013, on comptera neuf femmes pour dix hommes. Et d’ici la fin des années 2020, ce chiffre pourrait passer à huit femmes pour dix hommes. Plusieurs scénarios sont possibles quant à la manière dont ces hommes se comporteront s’ils ne trouvent pas de femme –et, bien sûr, tous ne veulent pas d’une femme– mais plusieurs d’entre eux évoquent des risques d’agitation.

Économiste à l’université de Columbia, Lena Edlund a établi, avec ses collègues de l’université chinoise de Hong Kong, un rapport entre la grande proportion de jeunes hommes que compte la population chinoise et la hausse de la criminalité. L’histoire des États-Unis en offre un autre exemple: le nombre de meurtres atteignait des sommets dans le très masculin Far West.

La promotion de la sélection des sexes par l’Occident il y a quarante ans a eu des répercussions tragiques. Mais si nous continuons à ignorer cet héritage et que nous restons paralysés par le climat surchauffé qui entoure la question de l’avortement aux États-Unis, nous ne ferons qu’aggraver cette erreur initiale. Comme me le disait Sabu George, il n’est plus question d’attendre. Si le monde est «incapable de voir vers quoi nous nous dirigeons dans dix ans, nous sommes perdus».

Mara Hvistendahl
Correspondante du magazine Science et auteure de Unnatural Selection: Choosing Boys over Girls, and the Consequences of a World Full of Men. Son site Internet.

Traduit par Yann Champion

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