Halimi, Shalit, Zerbib, trois destins français
- Manifestation en faveur de la libération du soldat Shalit devant les bureaux d'Ehud Olmert en mars 2009. REUTERS/Ronen Zvulun -
Yohan Zerbib n'était ni un extrémiste et ni un excité. Il avait décidé de se mettre au service d'une armée qui ne l'avait pas sollicité alors qu'il ne savait même pas manier un couteau de scout. Parce qu'il vivait son sionisme avec ses tripes, il avait décidé de fuir les terrasses confortables des cafés de Paris pour mettre ses actes en accord avec ses convictions. Il ne concevait plus sa vie en diaspora car son idéal vibrait ailleurs, dans le pays où était censé couler le lait et le miel.
Il voulait se battre en intégrant les unités d'élites pour régler un compte avec sa conscience, et pour prouver que les juifs de diaspora n'avaient pas les bras cassés. Il voulait subir les dizaines de kilomètres quotidiens avec son barda de 60 kilos sur le dos, sans oublier de glisser ses tefillins dans sa poche pour sa prière quotidienne. Il voulait se poster en embuscade des nuits durant, tapis derrière un buisson, pour intercepter d'autres jeunes, semblables à lui-même. Lui se battait pour la vie, pour que son pays résiste, pour que l'horreur s'arrête, pour que les Juifs du monde soient fiers de ce «petit pays de merde» comme l'avait qualifié à Londres l'Ambassadeur Daniel Bernard.
Ilan Halimi a, lui, succombé aux traits d'une jolie blonde aux yeux tendres qui avait été embauchée, pour le piéger, par Youssouf Fofana, le chef « du gang des barbares » dont le procès s'ouvrira le 29 avril. Pendant 24 jours, il a été séquestré, humilié, violé, affamé, brûlé et torturé dans une chaufferie à Bagneux sans que ses geôliers aient pu faire preuve un seul instant d'un soupçon d'humanité. Ilan repose aujourd'hui à Jérusalem, la capitale du pays qui était censé protéger tous les juifs du monde. La justice scellera le deuil d'une mère qui ne comprend toujours pas comment on a pu abandonner son fils mourant, près des rails de trains. Aucun humain, digne de ce nom, n'est capable d'imaginer la motivation des barbares mus par une volonté crapuleuse incertaine. Ce fut un meurtre gratuit, pour le plaisir de tuer un jeune, un juif de surcroit, certainement riche comme tous les juifs le sont d'après eux.
Guilad Shalit se bat tous les jours pour continuer à exister. Nul ne peut imaginer sa vie ni ses souffrances ni l'état dans lequel il se trouve. Enchainé dans une cave, loin de la lumière du jour, loin de ses proches, il paie pour avoir porté l'uniforme israélien. Pourtant son enlèvement avait été immédiatement suivi par l'incarcération d'une trentaine de députés palestiniens, dont le président du parlement Aziz Doweik, de cadres du Hamas et de ministres qui devaient constituer une monnaie d'échange. Ils croupissent encore aujourd'hui dans les geôles israéliennes parce qu'ils ne constituent pas aux yeux de leurs collègues une valeur compensatoire suffisante. Guilad représente en effet un symbole dont on ne peut se défaire facilement ; le symbole de l'échec d'une armée qualifiée d'invincible et le symbole de la souffrance juive poussée à son paroxysme. Tant qu'il sera séquestré, il galvanisera les miliciens de Gaza qui le prendront comme modèle de victoire.
Il représente aussi une assurance vie pour les dirigeants du Hamas qui se savent en sécurité tant qu'ils détiendront cette protection vivante. Paradoxalement, la situation de bouclier humain donne encore de l'espoir aux parents Shalit puisque leur fils a gardé la vie dans les pires heures de l'invasion de Gaza. La situation du jeune soldat reste coincée entre le refus des israéliens d'accepter tout diktat de la part des ravisseurs et l'intransigeance des demandes jugées excessives du Hamas. Les grandes puissances, France comprise, se montrent incapables d'imposer l'application d'une convention quelconque. Alors ses chances de survie s'amenuisent au rythme des palabres.
Le temps ne joue pas en faveur de Guilad Shalit car une certaine lassitude s'installe parmi les israéliens devant l'impossibilité de trouver une solution satisfaisante pour les deux parties. C'est pourquoi les parents du jeune garçon s'affairent pour que l'oubli ne gagne pas les esprits. Nombreux sont ceux qui finissent par estimer que la mort d'un soldat supplémentaire, après ceux du Liban et de Gaza, est un moindre mal devant les exigences du Hamas. On craint par ailleurs qu'Israël et son gouvernement nationaliste n'aient du mal à accepter de céder car leur décision engendrerait d'autres Shalit.
La lassitude donne de l'eau au moulin des extrémistes des deux bords. Plusieurs signes ne trompent pas. A l'initiative du militant Baruch Marzel, une pétition signée par des milliers de personnes, demande au gouvernement israélien de « faire exécuter un palestinien prisonnier en Israël chaque jour où Gilad Shalit n'est pas rentré à la maison ».
De son côté, le rabbin Mordehaï Eliahou, mentor du courant national religieux et ancien grand rabbin d'Israël, n'hésite plus à envisager fermement le sacrifice du soldat car le prix à payer s'élève au cours des négociations. Il estime que «la libération de centaines de terroristes du Hamas entrainera l'enlèvement d'autres soldats. Si c'est un homme important, oui il faut négocier sa libération, sinon non. Je conseillerais donc d'entreprendre une opération à Gaza pour le libérer ». Il ne précise pas que représente pour lui le jeune Guilad dans son échelle des valeurs.
Face à cette situation bloquée, il est fort probable que, à l'instar de ses compagnons d'infortune Ilan et Yohan, Guilad rejoindra un carré militaire israélien parce qu'il aura succombé, lui aussi, à la Dame de l'Aube qui depuis plus de mille jours ne cesse de le harceler dans sa détention.
Que restera t-il de ces symboles? Ces trois jeunes français ont subi les foudres d'un antisémitisme persistant et de plus en plus banalisé. Français, ils le resteront bien que leurs destins soient indubitablement liés à celui de l'Etat d'Israël. En touchant à leur sort, les Français se sont sentis tous concernés à l'instar de Nicolas Sarkozy : «Je considère Guilad Shalit comme un Français. Toucher à lui, c'est toucher à la France».
Jacques Benillouche
En une: manifestation en faveur de la libération du soldat Shalit devant les bureaux d'Ehud Olmert en mars 2009. REUTERS/Ronen Zvulun
Mis à jour le 19/04/2009 à 13h35










































Ilan Halimi a été la victime de l'antisémitisme dans ce qu'il a de plus stupide. Tué parce que, aux yeux de ses ravisseurs, il était juif et donc nécessairement riche.
Yohan Zerbib est un soldat mort au combat dans un pays qui n'était pas le sien.
Guilad Shalit a été enlevé parce qu'il portait un uniforme israélien, de la même manière qu'à l'inverse Israel a incarcéré en représaille une trentaine de députés palestiniens, dont le président du parlement Aziz Doweik parce qu'ils étaient palestiniens.
Un jeune homme engagé volontaire mort au combat dans une guerre archi-douteuse au Liban ; Un autre jeune homme, victime d'un enlèvement crapuleux (soutenu mais apparemment non motivé par un antisémitisme latent) ; Un dernier, soldat comme le premier, fait otage par le Hamas.
Ce sont trois histoires tristes, qui concernent chaque fois un jeune homme issu d'une même communauté et qui ont chaque fois un rapport avec l'abyssale profondeur de la bêtise humaine, mais tout de même, comment peut-on décemment les relier ? Ces trois histoires n'ont pas du tout la même morale. Je vois dans cet article une tentative de flou artistique, mais je ne mange pas de ce pain là : non, un jeune vendeur de portables assassiné pour de l'argent ne justifiera jamais l'offensive israélienne au Liban.
Le titre de votre billet est au mieux "incompétent", au pire "manipulateur",
Un jeune homme engagé volontaire trouve la mort au combat au service d'une armée et d'un Etat qui n'est pas la France - un mercenaire ? -, dans une guerre qui concerne une occupation illégale et condamnée par la communauté internationale depuis 1967.
Un autre soldat de ce même Etat est pris en otage par une force de résistance qui porte le nom de Hamas.
Quel lien avec le fait divers suivant : l'assassinat sur le territoire français après enlèvement et demande de rançon d'un jeune homme qui porte le nom de Ilan Halimi ?
De grâce, à l'avenir, tâchez d'être un peu plus rigoureux lorsqu'il s'agit d'établir des liens entre tel ou tel destin ou événement (pour cela, il vous suffira d'abondonner un point de vue purement communautariste ); de plus, vous seriez bien avisé de cesser cette tentative insupportable qui consiste à vouloir mêler la France à un conflit qui ne la concerne pas dans les faits.
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Tel que je lis cet article, je crois pouvoir dire qu'il n'y est pas question de relier ou de mettre sur le même plan ces trois histoires individuelles, mais d'essayer de cerner par l'exemple le sentiment et la vie de jeunes juifs français ou franco-israéliens. A ce titre, l'exemple de Gilad Shalit vaut d'ailleurs plus pour l'identification qu'il entraîne au sein de la jeunesse juive en France que pour "l'expérience" personnelle de ce jeune homme qui, je crois, est plus israélien que français.
Ce que je comprends ici, c'est que trois jeunes gens ont vécu trois expériences très différentes, mais que chacune comporte des liens vers un antisémitisme, direct ou ressenti.
Ilan Halimi n'a pas été enlevé parce qu'il était juif, il n'a pas été piégé parce qu'il était juif, il a été victime d'un crime crapuleux commis par des abrutis finis mais dangereux, tout ça est entendu. Mais aurait-il été torturé aussi cruellement, d'une violence si aveugle et acharnée si ses bourreaux n'avaient pas découvert son judaïsme? Serait-il seulement mort? Peut-on entièrement dissocier ce crime du sentiment, répandu dans beaucoup d'esprits dans les banlieues, d'hostilité à l'égard de l'État d'Israël (hostilité que je ne juge ni même ne condamne pas) et des juifs français "complices" de cet État (amalgame beaucoup plus douteux)? Ces questions, qui se sont posées dans toutes la société française en 2006 au moment de la découverte de son meurtre et de son calvaire, continuent encore d'être soulevées dans la communauté juive de France.
Yohan Zerbib est parti volontairement rejoindre les rangs de l'armée d'Israël, sans à priori y avoir été poussé par un antisémitisme actif dont il aurait été victime. Mais pourquoi a-t-il pris cette décision, alors que tant d'autres jeunes juifs français ne le font pas? Pourtant, d'après l'auteur de l'article, il n'était "ni un extrémiste et ni un excité." Je peux tout à fait croire ce commentaire, puisque aujourd'hui, la majorité des juifs de France, de tout âge et de tout bord, est consciente que la création d'un État palestinien est la seule solution pour la paix au Proche-Orient. Peut-être en a-t-il eu marre d'avoir l'impression d'entendre toujours qu'Israël était responsable de tous les maux du Proche-Orient depuis 2001, version simpliste mais tellement défendue en France ces dernières années? Peut-être se sentait-il mal-à-l'aise quand il entendait des expressions tellement courantes dans le langage d'aujourd'hui comme "faire quelque chose en juif" [dans son coin, sans inviter personne] ou "partir en juif" [en coup de vent et sans prévenir]? Ou peut-être voulait-il juste faire quelque chose de marquant, comme aller chercher la paix lui-même quand tout le monde est persuadé qu'elle viendra des États-Unis, de l'Europe, de l'ONU ou de la Ligue arabe mais certainement pas des belligérants eux-mêmes et surtout pas d'Israël? Seuls ses proches peuvent savoir s'il s'est posé toutes ces questions lorsqu'il est parti (et aujourd'hui, ça doit leur faire une belle jambe), mais encore une fois, ces questions sont répandues chez les juifs de France, et participent à renforcer une impression de malaise diffuse.
Gilad Shalit est juif, français (du moins selon son passeport), et prisonnier d'une organisation palestinienne, le Hamas, à qui la reconnaissance de l'Etat d'Israël arracherait la bouche (même devant un fait accompli depuis 60 ans et qui semble irrémédiable) et qui continue de faire référence à des textes antisémites mythiques ("Les Protocoles des Sages de Sion", en l'occurrence), même si le Hamas affirme désormais que cette référence n'est plus prise en compte ; elle existe toujours dans sa Charte. Pourtant, certains continuent en France de ne voir là qu'un fait de guerre simple, clair et aisément justifiable, après tout ce sont les risques du métier, pourquoi s'étonner qu'un soldat régulier (qui plus est d'une puissance "coloniale" ou "occupante") soit retenu par une organisation terroriste/résistante (rayez la mention inutile)? Sauf que quand l'organisation en question se montre ouvertement hostile au peuple adverse pour des raisons politico-guerrières mais aussi d'appartenance, on peut être inquiet du dénouement de cette affaire.
Si je récapitule tout cela, c'est parce je pense que cet article va bien au-delà des exemples de ces trois garçons, qui effectivement ne sont pas liés par les faits. Mais si on parle (souvent) de l'incommensurable bêtise de l'Homme, n'oublions pas qu'il est quand même un animal intelligent, intellectuel et complexe. C'est une histoire de ressenti qui se cache derrière cet article. Car on ne peut pas avoir le même ressenti à l'égard d'une discrimination donnée selon que l'on en est victime ou non. En tant que juif, et vu de France, je vois une dimension antisémite, plus ou moins marquée, dans chacun des trois cas évoqués (je crois que vous l'aurez compris...). D'ailleurs, vu de France et en tant que juif, je veux avoir l'honnêteté de dire que je ne pense pas comme le dit El Gato que la "trentaine de députés palestiniens, dont le président du parlement Aziz Doweik" a été incarcérée en Israël juste parce qu'ils font partie de "ceux d'en face" ; le racisme anti-arabe en Israël ne peut et ne doit pas être occulté, pour que le combat contre les discriminations soit juste.
Je peux admettre la sincérité du "ressenti" de l'auteur de l'article, mais c'est encore plus inquiétant. Quand une sorte de solidarité nationale ou ethnique dépasse à ce point les actions et les opinions (qui fait quoi, pourquoi, comment), alors quel moyen de discuter rationellement reste-t-il ?
Note à d'autres qui écrivent plus haut à propos de Gilad Shalit : il a été enlevé sur le territoire israélien par l'incursion d'un commando du Hamas, ce n'est donc pas un fait de guerre très standard.
D'ailleurs, vu de France et en tant que juif, je veux avoir l'honnêteté de dire que je ne pense pas comme le dit El Gato que la "trentaine de députés palestiniens, dont le président du parlement Aziz Doweik" a été incarcérée en Israël juste parce qu'ils font partie de "ceux d'en face"
Je n'ai fait que reprendre l'article qui semble indiquer qu'à la prise d'otage dont a été victime Gilad Shalit, Israel a répondu, en vain, par une autre prise d'otage.
Pourtant son enlèvement avait été immédiatement suivi par l'incarcération d'une trentaine de députés palestiniens, dont le président du parlement Aziz Doweik, de cadres du Hamas et de ministres qui devaient constituer une monnaie d'échange. Ils croupissent encore aujourd'hui dans les geôles israéliennes parce qu'ils ne constituent pas aux yeux de leurs collègues une valeur compensatoire suffisante.
Il n'y a là de racisme ni d'un coté, ni de l'autre. Je suppose que l'on serait plutôt dans le crime de guerre, s'il fallait absolument donner une définition de la politique des otages.
C'est une histoire de ressenti qui se cache derrière cet article. Car on ne peut pas avoir le même ressenti à l'égard d'une discrimination donnée selon que l'on en est victime ou non. En tant que juif, et vu de France, je vois une dimension antisémite, plus ou moins marquée, dans chacun des trois cas évoqués (je crois que vous l'aurez compris...).
Méfiez-vous de votre ressenti et considérer les faits. Cet article, et bien d'autres, en effectuant amalgames et confusions, participent à ce ressenti. Et c'est pourquoi il me semble important de bien distinguer les faits lorsque l'on est en présence de situations totalement différentes. Ne serait-ce que parce qu'à vouloir tout qualifier d'antisémite, on fini par minimiser le racisme et l'antisémitisme. Et puis attention également à cette espèce de compétition qui voudrait réduire les individus à une identité communautaire. Les juifs de France, les musulmans de France, les noirs de France, les maghrébins de France, on nage dans l'absurde.
Je pensais bien que je serai taxé de communautarisme en écrivant ce (long...) commentaire, que je dois bien avouer j'ai rédigé sous le coup d'une émotion contrastée mais forte.
D'abord, je dois bien demander pardon, j'avais oublié que G. Shalit avait été enlevé en territoire israélien et non palestinien, ce qui fait effectivement de son enlèvement autre chose qu'un "simple" fait de guerre. Je suis content de voir qu'en revanche tout le monde n'oublie pas ce point d'importance!
Je voudrais ensuite, et c'est là le point important de cette réponse, préciser quelques points :
1) il existe une communauté juive en France, qu'elle est ancienne, soudée et effectivement solidaire, et qu'on ne peut pas nier son existence ;
2) qui dit communauté dit rassemblement d'individualités. Il est heureux que quelqu'un se disant appartenir à une communauté donnée puisse discuter avec quelqu'un d'extérieur à ce groupe constitué en échangeant des arguments valables et raisonnés, et même de se rallier parfois à l'opinion de son interlocuteur. Certains me diront qu'il est quasiment impossible de faire changer d'opinion quelqu'un se disant membre d'une communauté, mais je tiens à rappeler qu'il est de toute façon extrèmement difficile, si ce n'est impossible, de faire changer d'opinion n'importe qui sur un sujet qui lui tient vraiment à cœur ;
3) le principe de communautés n'implique pas celui d'exclusivité. Je fais partie d'une certaine communauté, cela ne m'empêche pas de faire partie d'autres communautés : je suis français, je suis juif, je suis parisien, je suis de gauche, et je me sens appartenir à autant de communautés, non pas successivement mais en même temps. Si, dans des circonstances inhabituelles, je rencontre quelqu'un d'autre appartenant à ces mêmes catégories, un premier rapprochement se fera spontanément sans pour autant impliquer qu'on sera comme les deux doigts de la main. C'est ce qui m'arrive quand je rencontre un parisien quand je visite une ville de France, un français quand je suis dans un pays étranger, ou quand je rencontre un juif dans une cérémonie d'une autre religion. Rien ne dit pourtant qu'il/elle ne me tapera pas sur le système au bout de 10 minutes !
Tout ça pour dire que je ne vois pas en quoi il est "absurde" de se dire juif de France, pas plus que de se dire musulman de France. Il s'agit là de deux marqueurs identitaires forts (la nationalité et, quoi qu'on puisse en penser, la religion), qui ne sont au surplus pas antinomiques. Ça n'est pas plus absurde à mes yeux qu'avoir une double nationalité.
Je voudrais simplement essayer de vous faire comprendre que faire partie d'une minorité quelconque n'est pas simplement une volonté de se démarquer de son voisin, et encore moins de se regrouper pour ne rester qu'entre "gens de bonne compagnie", mais que ça relève plus d'une sorte de "réflexe de survie" : on ne risque pas d'y être confronté à la discrimination à l'égard de son groupe d'origine. Car l'antisémitisme, le racisme anti-arabes ou anti-noirs ou encore l'homophobie sont des phénomènes qui, eux, prennent tout à fait en compte l'existence des communautés et qui poussent à la montée des communautarismes!
Mais j'ai encore fait un commentaire de 15 km de long, alors que je ne voulais que répondre en quelques phrases, pas plus...
Vous avez répondu pour l'essentiel à ma critique du communaurisme. Ce qui me parait absurde dans le communautarisme c'est de vouloir réduire un individu à une pratique religieuse, une couleur de peau ou une pratique sexuelle alors que, comme vous l'avez écrit, un individu c'est bien d'autres choses.
Car l'antisémitisme, le racisme anti-arabes ou anti-noirs ou encore l'homophobie sont des phénomènes qui, eux, prennent tout à fait en compte l'existence des communautés et qui poussent à la montée des communautarismes! Mais est-ce que ce ne sont pas les 2 faces d'une même pièce, car en distinguant l'extérieur de l'intérieur, en se regroupant entre soi pour se rassurer et se conforter, on nourrit l'ignorance et la peur de ceux qui vous méprisent ou vous condamnent ? Ce qui est étranger, celui que l'on ne connait pas, est toujours beaucoup plus facile à haïr que son voisin de bar.
il existe une communauté juive en France, qu'elle est ancienne, soudée et effectivement solidaire, et qu'on ne peut pas nier son existence ;
Je ne suis pas historien, mais j'ai l'impression que l'identification d'un grand nombre de juifs de France a une communauté est un phénomène relativement récent, lié à la fois à l'arrivée en France d'un grand nombre de juifs d'origine sépharade en provenance de nos anciennes colonies, à l'évolution de la situation au Moyen-Orient et au retour du religieux que l'on observe bien au-delà de la communauté juive. Mes potes ashkénazes de l'adolescence (milieu des années 60) étaient rarement circoncis, franchement mécréants, et se considéraient comme juifs non parce qu'ils avaient le sentiment d'appartenir à une communauté, mais parce qu'ils savaient que c'était ce qu'ils étaient dans le regards de quelques connards.
Pour moi, le ferment principal de l'antisémitisme est sa trop grande exposition médiatique.
Que ce soit pour condamner des actes antisémites ponctuels (mais qui restent graves) ou pour glorifier les réussites spécifiquement juives (il y a des livres, des sites web ou des films qui cherchent systématiquement à démontrer l'importance de cette communauté dans la vie culturelle ou sociale d'un pays). Je comprends cette fierté, j'admire ces réussites et m'étonne de leur fréquence, mais c'est le meilleur moyen de stigmatiser le sentiment de différence... et donc les jalousies.
Cet article participe à cette exposition médiatique (volet "victimisation"). D'autant plus que les rapprochement sont parfois hasardeux (voir les autres commentaires) et qu'on a le sentiment d'un auteur qui cherche à tout prix, et une fois de plus, à enfoncer des clous... dans une planche qui croule déjà sous le poids de cette ferraille !
J'ai parfaitement conscience que le fait de faire "profil bas" serait une victoire des majorités sur les minorités, mais n'est-il pas possible, au moins, de glorifier des hommes et non leur appartenance à une religion (ou communauté), de condamner des actes crapuleux sans essayer à chaque fois d'y dénicher la composante symbolique du racisme envers une communauté particulière (on en trouvera toujours une), de réserver le communitarisme aux moments où ils se justifient de par leur nature même ?
Le seul terme d'ANTISEMITE porte en lui-même une stigmatisation particulière. Parle t-on d'"antinégrisme", d' "antiarabisme" ? Pourquoi ne pas parler de "racisme", tout simplement ? L'arrivée dans les médias de l'ANTI-ISLAMISME déplait parce qu'il personnaliserait cette forme de racisme pour une communauté qui ne l'aurait pas "mérité", qui n'en serait pas "digne", puisque coupable dans certaines de ses composantes... et puisque s'opposant à l'autre racisme "personnalisé" : l'antisémitisme. On a beau jeu, dès lors, d'inverser le raisonnement et de chercher de la culpabilité chez cette communauté qui est trop fortement protégée dans les discours officiels. Et on nous ressort le sionisme !
Il serait temps, je pense, pour le bien de tous et surtout de la communauté juive, de ne plus la mettre à part, dans la victimisation autant que dans la glorification, pour la protéger véritablement des dérives qu'implique cette faculté de toujours rester le coeur de cible.
Vous assimiliez le martyr de 2 soldats dans la région de crise avec la mort d'un civil dans un fait divers à caractère antisémite en France. Je n’évoquerai pas ici la légitimité du combat des soldats que je comprend. Ils sont tous les trois français certes. Mais un soldat combat au nom d’un pays en l’occurrence ici Israel. Ils n’ont pas été mandatés par la France. La légion étrangère est une composante de l’armée française. Ilan est un jeune employé de magasin de la région parisienne de confession juive. Il n’y a pas de raison de rapprocher ces trois destins, en tout cas les 2 premiers, militaires, à Ilan, civil. Cet amalgame est révélateur de la société israelienne. La récurrence des guerres, l’alternance des périodes de mobilisations avec les periodes civiles doivent concourir à cette confusion. La société est organisé autour des problèmes sécuritaires. Les clivages politiques ne correspondent pas à nos grilles. La position par rapport au conflit avec les palestiniens et au religieux déterminent la situation sur l’échiquier politique. Dans ces conditions on comprend comment peut naitre une telle confusion. On est dans le tout militaire tout doit concourir à l’esprit de défense. Bien sur la distinction devrait être faites. Cette confusion peut expliquer des dérives lors notamment de l’attaque sur Gaza. Si tout est militaire tout objectif peut-être détruit. Parce que chez l’ennemi aussi tout participe à l’effort de guerre. En démoralisant les non combattants on affaiblit l’ennemi. C’est ainsi que l’on dérive sans s’en rendre compte vers des crimes de guerre.
Mais l’ennemi fait pareil il se cache en centre ville. Israel détruit la ville. Chaque défaite militaire est exploitée comme une victoire morale. Elles sont chèrement acquises. Les civils, qui existent quand même, paient de leur sang ces maigres victoires.
Mais si il n’y a plus de civil il n’y a plus de terrorisme, chaque tué est un soldat en puissance mort au champ d’honneur.
Ce n’est pas ma vision.