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  • Par Daniel Gross
  • Daniel Gross est chroniqueur économique de Newsweek et de Slate.com. Il est l'auteur de la rubrique Moneybox. Vous pouvez lui écrire à moneybox@slate.com. Son dernier ouvrage, Dumb Money: How Our Greatest Financial Minds Bankrupted the Nation, vient d'être publié sous forme d'e-book.

  • DU MÊME AUTEUR

Banquiers et économistes sont autant à blâmer

La plupart des experts n'ont pas prévu ce qui allait se passer et ne se sont pas remis en question.

Qui est le plus à blâmer pour l'effondrement du marché du crédit et les sommes monumentales dépensées pour sauver l'économie : les banquiers ou les économistes? Ce n'est pas une question piège.

Jusqu'à présent, l'opprobre publique s'est surtout déversée sur les banquiers. Il y en a bien quelques-uns pour n'avoir pas mené leur banque à la dérive, mais dans l'ensemble, tous ont failli. Tous les jours, leur débâcle fait la une du Wall Street Journal. Ils ont été traînés devant le Congrès américain, licenciés, virés, ruinés, fustigés par la population. A l'unanimité, ce sont les banquiers (au sens de toute personne occupant un poste relativement élevé dans le secteur financier) les grands coupables.

Cela étant, ils n'ont pas pu consacrer «l'âge de l'argent stupide» sans une aide substantielle des économistes. Conseillers du gouvernement, présents dans les universités, les associations professionnelles et les sociétés de Wall Street, ces oracles ont en grande partie conforté et justifié, sur le plan intellectuel, la folie de la dernière décennie. Alors que «l'âge de l'argent pas cher» laissait la place à «l'âge de l'argent stupide» puis à «l'âge de l'argent encore plus stupide», les économistes ont toujours applaudi des deux mains. Et quand les choses se sont gâtées, ils n'ont pas pris la mesure de la tourmente qui se préparait. (A quelques exceptions près...* )

En février dernier, j'ai recensé certaines de leurs erreurs les plus manifestes. Ancien président de la Réserve fédérale (Fed), Alan Greenspan a compté parmi les économistes les plus influents du dernier quart de siècle. Nombreuses étaient ses qualités intellectuelles, nombreux se sont révélés ses défauts. Greenspan a passé sa carrière à glorifier la trinité des taux d'intérêts bas, des marchés dérégulés et de l'aptitude de l'innovation financière à protéger ces marchés des catastrophes. Tout faux!

La persistance de taux d'intérêt peu élevés a nourri une orgie spéculative sur le marché des valeurs mobilières et des produits dérivés. Les instruments censés limiter les risques ont à l'inverse provoqué un risque systémique. Et les marchés dérèglementés, libéralisés et ouverts ont heurté le mur si fort qu'une intervention publique massive a été nécessaire. Ce désastre, loin d'être un impondérable, était un chapitre du manuel rédigé par Greenspan. (Avec un ratage en sus : expliquer aux candidats au crédit, en février 2004, que le taux d'intérêt variable pouvait être profitable aux emprunteurs, alors même que le président de la Fed allait bientôt doper les taux d'intérêt à court terme.)

Alibi

Mais Greenspan n'a pas fait cavalier seul. Alors que le marché du crédit était en surchauffe, le successeur de Greenspan et beaucoup d'autres éminents économistes ont fourni un alibi intellectuel à nos vices, à nos égarements et à notre avidité. Ben Bernanke a ainsi fait taire les inquiétudes face à ces taux dangereusement bas en affirmant d'abord que cela était préférable face au risque tant de déflation que d'inflation, puis que le faible niveau des taux était dû à l'excès d'épargne mondiale.

David Malpass, économiste en chef de la banque Bear Stearns, clamait de son côté qu'il ne fallait pas se soucier du lamentable taux d'épargne des États-Unis puisque tout le monde possédait des actions et des propriétés : la hausse des marchés compenserait volontiers la faiblesse de l'épargne. Vers la fin du boom immobilier, David Lereah, économiste en chef de la National Association of Realtors [association des agents immobiliers américains], engageait les Américains à acheter toujours plus de maisons. Promis, juré, leur valeur continuerait à grimper au moins jusqu'à la fin de la décennie.

Si les performances des économistes les plus renommés n'ont pas été éblouissantes pendant le boom, elles ont été pires après. Encore une fois, à quelques exceptions notables près, la profession n'a pas su voir que la chute de l'immobilier, entamée pendant l'été 2006, menaçait le reste de l'économie et le système financier («Le pire est derrière nous pour ce qui est de l'immobilier» déclarait Greenspan le 9 octobre 2006). En novembre 2007, Bernanke estimait que les pertes liées aux crédits immobiliers à risque étaient  «contenues» à 150 milliards de dollars [115 milliards d'euros]. (Il fallait déjà une certaine contenance.) Passer des journées à étudier des données économiques, en compagnie d'autres confrères, de la Fed ou non, n'y a rien fait : aucun grand économiste du pays ne semble avoir compris que le virus des prêts toxiques s'était propagé bien au-delà de l'immobilier et des frontières américaines.

La prévision économique est un art difficile. Mais les professionnels du présage ont fait preuve d'un manque de clairvoyance effarant au moment où la récession s'est annoncée, puis, rebelote, quand l'activité s'est violemment contractée. Nous le savons aujourd'hui, la crise a commencé en décembre 2007. Interrogés par la Fed de Philadelphie au quatrième trimestre 2007, à la veille de la récession, les meilleurs analystes des marchés avaient prévu pour 2008 une croissance américaine de 2,5 % et la création de plus de 100 000 emplois par mois. (Cette année-là, l'économie s'est mise au point mort et des emplois ont été détruits tous les mois.)

Au milieu du dernier trimestre 2008, alors que le PIB reculait en réalité de 6,3 % en rythme annuel [par rapport au trimestre précédent], les mêmes analystes avaient, pour ce même trimestre, révisé leurs prévisions de croissance de 0,7 % à - 2,9 %. Le taux de chômage américain au premier trimestre 2009 devait être, selon leurs estimations, de 7 %. En mars 2009, il atteignait 8,5 %.

Faute professionnelle

De toute évidence, les analystes économiques n'ont pas posé les bonnes questions, ni regardé dans la bonne direction. Et cela n'a pas été pour aider les sociétés privées auxquelles certains étaient rattachés. Martin Feldstein, président-directeur du National Bureau of Economic Research, organisme officiel des analyses sur la récession, a siégé au conseil d'administration d'AIG pendant deux décennies et, en 2008, il faisait partie de sa commission des finances et de la commission juridique, autant de domaines dans lesquels l'assureur s'est illustré par sa désastreuse gestion. Quant au légendaire économiste de Wall Street, Henry Kaufman, il présidait le comité des finances et des risques de Lehman Brothers quand les affaires ont commencé à sentir le roussi.

Est-il absurde de croire que des économistes brillants, voire géniaux, auraient dû comprendre les phénomènes complexes qui échappaient aux PDG et aux banquiers ? Peut-être. Reste que les erreurs des économistes relèvent moins de la nature humaine que de la faute professionnelle. La théorie adoptée par la majorité - les marchés sont des systèmes efficaces peuplés d'acteurs rationnels et de propriétaires/gestionnaires qui font naturellement ce qu'il faut pour préserver la valeur de leurs sociétés - ne s'est pas vérifiée pendant la bulle du crédit (ni pendant aucune bulle, soit dit en passant).

La pensée sur laquelle s'appuient nombre d'économistes - je le répète, je généralise pour faire plus simple - est dépassée. Elle est peu à peu remplacée par des écoles plus pondérées qui empruntent à la sociologie, à l'anthropologie et à la psychologie, de même qu'à l'école classique. Les tenants de l'économie comportementale, aujourd'hui en vogue, vous diront ainsi que l'irrationalité des acteurs économiques ne les a pas surpris.

Pour en revenir à notre question : la faute aux banquiers ou aux économistes?

Il est clair que les banquiers ont subi plus de dommages financiers ; ils avaient beaucoup plus à perdre. Mais en termes d'image, banquiers et économistes sont à égalité. Les uns comme les autres ont d'ailleurs réagi à la crise de manière similaire, c'est-à-dire qu'ils ne semblent pas s'être vraiment remis en question. Tout ce que Greenspan a pu en déduire, c'est qu'il avait «trouvé une faille» dans sa théorie.

(*) Parmi les économistes qui ont su garder la tête froide et leur capacité d'analyse pendant le boom économique, citons : Nouriel Roubini de l'université de New York, Robert Schiller de Yale, Mark Zandi d'Economy.com et David Rosenberg, ancien économiste de Merrill Lynch.

Daniel Gross

Traduit par Chloé Leleu

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Comments

Le corbeau et le renard

La morale n'était elle pas ".....Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute ....."

Ignorance, cupidité, stupidité, vanité sont les mamelles de notre monde, et celui-ci se charge de nous le rappeller: biensur les banquiers et économistes sont fautifs, et alors ils ont en face d'eux des demandeurs et un publique affamé de leur prédiction. Si vous accédez aux analyses quotidiennes fournies pas les sites professionnelles vous trouverez tout et son contraire, dites moi simplement ce que vous avez envi de croire aujourd'hui et je vous le donnerai. Ces vestales l'on bien compris. Bien que chacun pense la même chose des voyants ou chiromancienne il n'empèche que même les chefs d'etat leur rendent visite. Alors comment empécher les esprits brillants de notre époque de ne pas vivre de cette vanité si largement partagé, c'en est même un plaisir.
Pars ailleurs je ne suis pas sur que cette crise ne soit pas necessaire car si elle n'avait pas existé nous n'en parlerions pas aujourd'hui. C'est toujours mieux qu'une guerre, simplement il ne faut pas que cela dure trop longtemps. A vous les politiques de nous montrer ce que vous savez faire: et malheureusement je n'ai aucun doute sur le résultat, Préparez vous à la super inflation à 2 chiffres, endéttez vous faites comme l'Etat, il sera bien obligé de rembourser la dette en monnaie de singe ce que ferons les USA. Me croyez vous? Voulez vous me croire? Vous avez un doute, allez écoutez quelqu'un d'autre qui vous dira le contraire. Qui a raison? Qui a tort ? rendez vous dans 18 mois. A bon entendeur.

Peter jones

Changer de paradigme économique

Cet article ose suggérer encore timidement que les théories des économistes ont failli et qu'il faut les remplacer. Oui mais par quoi et pourquoi? Notons quelques passages :
« La théorie adoptée par la majorité - les marchés sont des systèmes efficaces peuplés d'acteurs rationnels ... - ne s'est pas vérifiée »
« La pensée sur laquelle s'appuient nombre d'économistes …. est dépassée. Elle est peu à peu remplacée par des écoles plus pondérées qui empruntent à la sociologie, à l'anthropologie et à la psychologie, de même qu'à l'école classique... ». Cela ne dit toujours pas ce qui s'est passé a part que ce n'était pas prévu.

Pour donner une image considérons que la mutation de civilisation dans laquelle nous sommes entrés est comme un virage pris par l'humanité pour passer d'une ère à l'autre. Les économistes et donc tous ceux nombreux qui les suivent avaient établi un modèle logique systémique, le paradigme à la mode dans la plupart des disciplines sous l'influence des modèle biologiques ou écologiques. Le virage s'est présenté et le mur aussi. Plus exactement dans le virage le décrochement a été brutal. L'écart entre le jeu des experts et la réalité du terrain s'est révélé glissant.

Or l'économie réelle est un phénomène humain, de nature humaine, qui épouse les logiques humaines; les pires, négatrices de l'humain, et les meilleures qui sont celles de l'accomplissement et du bien commun.

Pour faire court on peut identifier trois types de conceptions économiques dont les rationalités propres cherchent les ressorts d'une réalisation sur la base d'un paradigme anti-humaniste spécifique.

L'économie de prédation, imagée par « la loi de la jungle » et justifiée par la nature animale ses nécessités et ses impératifs. La guerre économique est son champ de pensée et d'action à toutes les échelles. La compétition internationale vous connaissez? La nécessaire constitution de puissances de défense et d'emprise à vocation monopolistique, c'est le jeu quotidien que les médias nous servent (pensons à la Chine en ce moment dans ce paysage). Les hommes sont « à la solde » des puissances économiques, c'est là qu'ils trouvent leurs salaires et leurs primes.

L'économie administrée, imagée par l'étatisme rationalisé (le plan). Les experts technocrates disent ce que doit être l'organisation et l'activité économique. Leurs écoles forment les techniciens et employés nécessaires à l'économie et invités à reproduire les cadres normatifs et procéduraux qui leur sont indiqués. Un peu comme une administration coloniale « vertueuse », l'élite de la Raison emploie des compétences formatées (fonctionnaires) et le peuple avec ses comportements irrationnels et notamment politiques est dument encadré. Les majeurs et les mineurs encadrés.

L'économie système. Jacques Attali nous a parlé ici de relance de « la machine économique ». Selon qu'on est plus matérialiste ou structuraliste c'est plutôt la machine matérielle ou le système logique qui fait image de la nature de l'économie.
Lois naturelles des marchés, mécanismes imparables, risques de dysfonctionnements, régulations ou dérégulations. Le libéralisme c'est la liberté du système (il faut qu'il tourne librement) et l'invitation à en suivre les lois. C'est la croyance qui a failli. Les symptômes de dérapage ne sont pas l'explication de la logique erronée mais sa conséquence circonstancielle, extra systémique donc. Il n'y a pas d'explication systémique à la crise, c'est le paradigme systémique qui est en question en ce moment de mutation.

Alors l'économie communautaire, la quatrième logique, humaniste celle là? L'économie se défini comme la production et l'échange de « biens » et « services » dans une communauté donnée, engagée dans le Sens de son bien commun. Bien et services sont des termes qui veulent dire ce qu'ils promettent; « biens » en référence au Sens du bien commun et aussi à des « biens communs »; « services » pour tout ce qui sert la communauté et ses membres, c'est-à-dire qui contribue au Sens du bien commun.
C'est en termes d'évolution et d'accomplissement humain, en termes de « développement communautaire approprié » que se mesurent les valeurs économiques. La participation à des ensembles communautaires fait partie aussi de cette conception humaniste de l'économie.

Il se trouve que c'est ce « Le paradigme communautaire » qui commence à déterminer le terrain dans une mutation qui fait déraper son inverse systémique. Il disqualifie aussi les deux autres, classiques qui font renaître des nostalgies la puissance de la masse contre la puissance économique, l'étatisme avec le primat de la fonction publique et des rationalités abstraites. Le paradigme communautaire est par ailleurs très bien illustré par l'article de Jacques Attali dans Slate.fr sur la gestion communautaire de la sécurité.

Roger Nifle Humanisme Méthodologique et Prospective humaine
http://journal.coherences.com

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