Hollywood, faiseur d'Histoire
Le cinéma est sans doute l’arme la plus puissante de la dernière super puissance planétaire. Film après film, les Etats-Unis réécrivent l'histoire, effacent les aspérités, disculpent l'humanité de ses erreurs.
- X-Men: le commencement. -
RÉCEMMENT, DEUX FILMS HOLLYWOODIENS de science-fiction revisitent l’histoire du monde en prenant soin de donner aux Etats-Unis le beau rôle. Que ce soit dans X-Men: le commencement ou Transformers 3, le spectateur assiste à une nouvelle version d’événements mondiaux connus de tous mais dont on aurait ignoré les véritables ressorts.
Sans entrer dans les théories du complot à la mode, il est essentiel de constater une fois de plus la puissance narratrice exceptionnelle des Etats-Unis. Et de chercher à comprendre comment Hollywood représente sans doute l’arme la plus puissante de la dernière super puissance planétaire.
X-Men Le commencement (X-Men First Class) -... par Marvelll94
X-Men: le commencement sorti le 1er juin en France propose une curieuse version de la crise des missiles de Cuba. A la manière des James Bond, le véritable méchant de cette fiction n’est pas le bloc soviétique ou les démocraties occidentales, mais une organisation ultra-secrète ayant intérêt à faire s’affronter les deux camps ennemis.
007 devait affronter le SPECTRE, les mutants de X-Men doivent faire face à leurs homologues désireux de détruire les humains avant que ceux-ci ne les éliminent à cause de leur différence.
Parabole sur l’Autre et le monstre qui n’est pas toujours celui qui en possède l’apparence, X-Men réécrit l’histoire de la Guerre froide en réconciliant Est et Ouest puisque les humains ont été manipulés par une force extérieure pour se combattre.
Cette idée de manipulation de l’humanité se retrouve dans Transformers 3 sorti le 29 juin en France, où les super héros font place à des extraterrestres cybernétiques. La guerre entre decepticons partisans de la dictature et autobots favorables à la démocratie se poursuit sur la Terre, ou plutôt sur la Lune, car on apprend que la véritable motivation de la course à l’espace entre Américains et Soviétiques résidait dans la nécessité de récupérer un vaisseau spatial appartenant à une race venue d’ailleurs.
Tout comme dans X-Men, des images d’archives sont mélangées aux prises de vues du film et on peine à reconnaître la vérité historique de l’invention scénaristique.
X-Men comme Transformers 3 proposent une version revisitée de l’histoire de l’humanité, évidemment centrée sur les Etats-Unis. Nouveauté intéressante, Transformers 3 place l’action non pas dans les métropoles habituelles de Los Angeles ou New York chères aux blockbusters hollywoodiens, mais à Chicago, la ville du président Obama.
Ce n'est «que» du cinéma?
Les deux films de science-fiction ont peu en commun, X-Men étant un film de genres réussi alors que Transformers 3 présente nombre de défauts habituels à son réalisateur, Michael Bay étant un adepte des explosions en série et de la technique du «plein la vue».
Toutefois, le point commun réside dans cette volonté de disculper l’humanité de ses erreurs. Introduire l’idée d’un complot téléguidé par des aliens ou des mutants mérite qu’on s’y attarde en regardant avec plus d’attention l’histoire et le rôle des films hollywoodiens.
On pourrait passer sur ce curieux phénomène, en le balayant d’un «ce n’est que du cinéma» si la présentation d’une théorie du complot n’était pas si présente dans le cinéma made in Hollywood dès ses débuts.
Ainsi, celui qu’on considère généralement comme le premier vrai film de l’histoire, Birth of a Nation (1915) adapte un roman ouvertement raciste, The Clansman, publié en 1905. Le film de D.W. Griffith, bien que salué pour ses prouesses techniques et esthétiques, est encore considéré comme dangereux au même titre que le film de propagande nazi Triumph des Willens de Leni Riefenstahl.
Birth of a Nation présente des Afro-américains sournois et lubriques comme responsables de la Guerre de sécession, et a été utilisé comme un film de recrutement par le Ku Klux Klan jusque dans les années 1970. Absolvant presque le Nord et le Sud de tout crime, le film de Griffith présente les protagonistes blancs comme des frères abusés par ces mêmes noirs qu’ils tenaient en esclavage. La démonstration est facile et abjecte, mais permet de réconcilier une nation dont les traumatismes de la vie réelle sont souvent soignés par la thérapie des histoires hollywoodiennes.
Plusieurs décennies plus tard, Forrest Gump (1994) utilise la même technique de réconciliation des deux Amériques par la légende.
Obéis, tu seras un bon Américain
Cette fois, il ne s’agit pas d’utiliser le bouc émissaire afro-américain, politiquement correct oblige, mais bien de passer complètement sous silence l’histoire de la minorité issue de l’esclavage. Utilisant des images d’archives qu’il mélange à des prises de vues mettant en scène Tom Hanks, mais également des extraits de Birth of a Nation, le réalisateur Robert Zemeckis propose une relecture de près de quarante années d’histoire de l’Amérique qui gomme tous les aspects contestataires ou honteux.
Forrest Gump, nommé ainsi en hommage à son grand-père membre du Ku Klux Klan, est un simple d’esprit qui, à force de travail mais surtout d’obéissance, deviendra un héros de l’Amérique médaillé, riche et adulé. En revanche, Jenny, sa meilleure amie partisane de la réflexion voire de l’action contre le gouvernement, connaîtra une vie malheureuse et un destin tragique puisqu’elle sera une des premières à succomber au sida.
Forrest Gump est un film clair dans sa morale: l’obéissance au gouvernement est le meilleur moyen de réaliser le rêve américain.
Toute l’histoire des minorités et de leurs luttes politiques sont non seulement minimisées, mais les rares références qui y sont faites tendent à les ridiculiser. Le déhanchement d’Elvis Presley, célèbre pour avoir «emprunté» son style à la musique afro-américaine, serait due à son imitation des mouvements de Forrest Gump engoncé dans des attelles, et non aux mouvements de danse de la musique noire.
Pas de complot ici, mais un effacement de l’histoire non officielle pour mieux réconcilier l’Amérique Wasp qui cherche à se rédimer non dans les actes mais dans la mémoire collective.
On pourrait multiplier les exemples où la cinématographie hollywoodienne réécrit l’Histoire. Celle de l’Europe est largement revisitée, souvent en multipliant les erreurs historiques comme les kilts prématurés de Braveheart mais surtout de façon insidieuse en mélangeant idéologie et passé.
Les historiens eux-mêmes ne sont pas neutres dans leurs réflexions, mais Hollywood, sous couvert de distraction, produit de l’infotainment dont les conséquences ne sont pas innocentes.
A l’heure où certains doutent de l’alunissage américain de 1969, Transformers 3 se présente comme une confirmation de leurs doutes sur l’air de «on nous cache tout, on nous dit rien ». Quant à X-Men, on ressort de la séance avec l’impression qu’un des épisodes les plus sombres de la Guerre froide n’est pas de la responsabilité de l’humanité.
Que ces exemples soient loufoques ne changent rien pour les adeptes de la théorie du complot, celle-ci reposant souvent sur des spéculations échappant à toute logique. Au final, considérer toutes les productions hollywoodiennes comme de la propagande paraît très exagéré. En revanche, constater que Hollywood produit depuis des décennies une mémoire collective à l’échelle de l’humanité paraît plus proche de la réalité. Et s’avère un concept bien plus effrayant.
Etienne Augé
Mis à jour le 09/07/2011 à 9h12
















































Sous le couvert d'un film policier (prostituées, joueurs, faux curés, escrocs et flics etc) Micheaux fait une critique voilée de non seulement la société blanche, mais aussi des "Oncles Toms" et Pasteurs qui font le jeu des ségrégationnistes.
J'ai projeté ce film en public probablement pour la première fois en Europe l'année dernière à Lisbonne. On le croyait disparu, mais l'essentiel des bobines ont été retrouvées à Madrid et il a été restauré aux US. Comme les partitions ont aussi disparues, j'ai demandé à une équipe de DJ Angolais de refaire une bande originale qu'ils ont jouée "live".
Je vous invite à vous renseigner d'avantage sur Oscar Micheaux, un des pionniers du cinéma, ainsi que sur le contexte dans lequel il opérait.
Voilà un grand Monsieur du Cinéma, descendant directe d'esclaves, qui: -écrivait ses scénari -finançait et produisait de A à Z ses films (cameraman, banc titre, photo, metteur en scène, acteur, monteur etc...). Il en a fait 44. - distribuait lui même avec sa camionnette dans un réseau qu'il avait crée. Ses films se jouaient dans le monde entier.
Pour lui pas d'avance du CNC ou de papa et maman Césarisés pour le "lancer" dans le métier. Il avait même de la chance, quand dans le sud, il ne finissait pas en "fruit étrange".
Il est très probable que vous lisiez son nom pour la première fois. Alors, renseignez vous plus sur ce grand Monsieur et SVP faites tourner l'info... Lui, à titre posthume, il le mérite.
Je ne passerais malheureusement pas vos salutations à ce pauvre Spiroute qui nous a quitté pour un monde meilleurs. Artiste de grand talent il ne supportait plus l'anonymat et a mis fin à ses jours. Sa verve littéraire et son esprit acerbe nous manquent, B-(
Loin de moins l'idée de critiquer l'ensemble de cet article qui est plutôt réussi et très agréable à lire, ces deux lignes m'ont toute de même un peu étonnées. Je ne vois vraiment comment vous pouvez affirmer que Forrest Gump est une ode à l'obéissance à l'Etat américain. Tout d'abord, Gump dans le film obéit à tout le monde sans exception (ou presque). La morale de Forrest Gump est que parfois il vaut mieux être un "crétin heureux" qu'un "cerveau triste", que la vie vaut parfois le coût d'être vécu sans réfléchir aux conséquences de nos actes et en se laissant porter par le doux fleuve tranquille qu'est la vie. Si vous y voyez une certaine adulation de l'Etat Nation, revoyez le film une fois de plus. Que pensez-vous du Lieutenant Dan qui est sur un fauteuil roulant après une blessure de guerre, délaissé, sans allocations (compte tenu de ses conditions de vie on peut le présumer), je vois ici une belle critique de l'Etat nation américain.
J'espère que vous ne voyez pas tout le film d'un aspect politico-social car, le film, est un film qui parle de la vie tout simplement.
Nous en induisons une histoire qui est loin de la réalité historique. Amérique pré-holywoodienne est en réalité un ensemble de colonies dominées par les Anglais évidement, mais aussi, à égalité, par les Hollandais, les Français et les Espagnoles. L'anglais n'y est même pas la langue la plus commune. Du Canada à la Nouvelle Orléans, le Français domine, la région est peu peuplée, mais les Trappeurs y sont souvent Français ou plus souvent encore "sang mêlés", ou métisses d'Indien et de Français. L'ouest est d'influence espagnole. En fait les langues les plus parlées à cet époque sont les langues natives, principalement Sioux (Lakota, Dakota et Nakota) et surtout les langues Sioux.
Dans l'est, les Anglais dominent militairement, mais pas économiquement. Les Hollandais y sont très bien implantés. New York est déjà une ville de prédilection pour les Juifs venus des Provinces Unies (la Hollande)ou du Brésil. Ils sont nombreux à tracer leur origines au Portugal de l'inquisition et certains étaient déjà sur les navires de Christophe Colomb. Bien évidemment, la traite négrière, qui commence dans l'Est par l'esclavage domestique, puis dans le sud avec les plantations, contribue de manière très significative à la population des USA.
Cet "histoire", qui ne représente pas les premiers Américains comme des Blancs Anglo Saxons ne semble pas intéresser Hollywood. Je trouve cela bien stupide. Il y a là des trésors de scénari à écrire.
Des films comme "Forrest Gump" ou "Pearl Harbor" se veulent réalistes, et la frontière entre la réalité historique, et les libertés prises dans le cadre d'un film de fiction, est très floue. Si le public se doute bien que Forrest n'a pas serré la main d'un Président, le film entier se veut embrasser des pans entiers de l'Histoire des USA, et je trouve cela plus pervers.
A contrario, les deux films que vous prenez en exemple ("Transformers 3" et le dernier "X-Men") sont de pures fictions, et n'importe quel gamin de 5 ans en aura conscience. Les super-héros n'existent pas, et les robots qui se transforment en bagnole non plus ... Dans ces films là, l'Histoire n'est là que pour crédibiliser la fiction (et combler des trous de scénario ...). On place nos héros dans un contexte précis car celui-ci permet d'expliquer beaucoup de choses (ex: la haine de Erik/Magneto, enfant juif, contre le nazi Shaw), c'est une facilité d'écriture en même temps qu'un bon moyen de donner de l'ampleur à l'histoire du film.
C’est une technique narrative courante que de prendre des événements connus de tous et de les faire se dérouler autrement. C’est une façon de toucher le plus grand nombre, de parler aux gens de choses qu’ils connaissent, pour les impliquer, prendre de l’ampleur, créer de l’émotion collective, permettre une reconnaissance propice à la projection cathartique. C’est le mantra d’une série comme Code Quantum, par exemple, où le héro, Sam, s’incarne dans des personnages divers au travers de multiples voyages dans le temps. Sam y enseigne déjà le twist à Chuck Berry, dérobe les pilules de Marilyn Monroe ou bien sauve JFK après lui avoir tiré dessus comme Lone Gunman dans de nombreuses mises en scène du paradoxe de l’écrivain.
Bien sûr, cette technique est une solution de facilité. Cependant, vous ne citez que des blockbusters dont le principe même est de présenter ce genre de facilité – ce que, ce faisant, vous faîtes vous-même.
Forrest Gump est, à l’inverse de ce que vous y lisez, une ode à la vie libre en dehors du gouvernement : son meilleur ami platoonesque est massacré par son expérience de guerre et rentre au pays seul, brisé, sans ressources, désabusé, écœuré ; sa femme a été rejetée et violentée (au propre comme au figuré) par une Amérique WASP bien-pensante et dominante qui n’a jamais toléré « sa liberté de pensée »…
X-men est –entre autre- une invitation à s’interroger sur le mensonge perpétuel des dirigeants, sur la nécessité de questionner l’évidence et de ne pas accepter tout prêt ce qu’on essaie de nous faire gober du prêt-à-penser. Il va justement dans le sens des conspirationistes que vous semblez pourtant décrire comme prompts à pourfendre son message…
Transformer… Qui prend au sérieux le ‘‘scénario’’ de Transformer ? MDR
Bientôt, vous allez nous dire que le King Kong de Peter Jackson porte le message de la nécessité d’imposer/exporter la civilisation et la démocratie américaine aux pays de l’axe du mal…
Xmen et Transformers sont avant tout des films d'Hollywood, licence Marvel et produit ultra marketé. Ces contraintes laissent peu de place à la folie scénaristique, elle va se limiter aux classics du genre qui ont déjà fait leurs preuves. Avant d'être des idéologues, les producteurs sont des investisseurs qui gèrent le risque. Réécrire l'histoire,ficelle ancestrale de la SF, une technique de scénariste que l'on retrouve dans de nombreux romans (Le maître du haut château par exemple), BD/Comics/Manga (Watchmen qui est plus ambitieux qu'Xmen) et sûrement dans plein de films magnifiques ou pourris. Je ne verais pas de la propagande dans ces fictions mais plutôt de la facilité, comme l'écrit Julien Trichard, Xmen et Transformers représentent l'éssouflement du genre à l'écran. Rien de nouveau depuis Alien et Blade runner, j'oublie peu être Matrix 1 il y a 12 ans. Le fait est que les romanciers ont aujourd'hui beaucoup de mal à se projetter dans l'avenir pour en retirer ces anticipations qui ont fait le bonheur de tous. Les miroirs de notre société ne voient plus l'avenir et c'est préoccupant je pense.
Si Holywwod est assurément un puissant vecteur de la consommation à l'américaine, la meilleurs communication possible de sa production, sa propagande politique ne se trouve pas dans Xmen ou Transformer, produits qui seront oubliés 30 minutes après leur visionage par99,8% des consommateurs. Je ne me prononce pas sur les autres films, ce serait trop long, Hollywood fait de la politique c'est évident, par contre sa manière est si grossière que les résultats escomptés sont souvent contraires à ceux qui étaient voulus.
Si à première vue, je trouvais l'angle de votre article intéressant, j'ai très vite été surprise par les arguments que vous défendez et que je ne partage absolument pas. 1. Ce n'est pas Hollywood qui initie une quelconque propagande ici. Elle n'est à l'origine de rien. Elle diffuse un propos qui existe depuis longtemps : les X-Men, Transformers, James Bond et compagnie sont des créations littéraires qui, pour certaines, existent depuis plus de cinquante ans. Hollywood ne fait qu'adapter à l'écran l'imagination singulière de certains auteurs de fiction. 2. Loin de dédouaner l'Humanité pour sa responsabilité dans les grands événements du siècle dernier et notamment la Guerre Froide, les X-MEN s'inscrivent comme une critique acerbe de l'Humanité et de l'Humain en général car n'oublions pas que le professeur Shaw n'est autre qu'un ancien nazi (donc bien humain malgré sa mutation) qui, mu par son illusion de toute puissance et sa soif du mal, continue à vouloir diriger le monde. Les puissances Américaines et Soviétiques se font manipuler, certes, mais d'une façon "active" en ne remettant jamais en cause les propose de Shaw, en les prenant pour argent comptant. Les deux puissances sont résolument responsables de leur bêtise et de leur manque de vision. C'est donc un peu facile d'affirmer que : "Toutefois, le point commun réside dans cette volonté de disculper l’humanité de ses erreurs. Introduire l’idée d’un complot téléguidé par des aliens ou des mutants mérite qu’on s’y attarde en regardant avec plus d’attention l’histoire et le rôle des films hollywoodiens". Car Shaw n'est que l'étincelle qui a mis le feu aux poudres (à travers la crise de Cuba) du conflit qui existait déjà entre les deux blocs (la Guerre Froide dont l'origine est bien humaine). En outre, il est évident dans le film que la 2GM est bien le résultat des Hommes aussi. C'est justement à cette occasion que l'existence des mutants est découverte et que Shaw initie sa propre métamorphose d'Humain vers Mutant.
X-Men ne disculpe en rien l'Humanité, mais critique les Hommes pour leur faiblesse et leur volonté de toute puissance, ce qui les rend bien responsables de leurs actions. Les Mutants ne sont qu'une vague (plus ou moins grosse, il est vrai) dans l'océan des actions humaines.
Cordialement. AngW