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Payer plus pour rouler moins

Hugues Serraf

La bagnole reste une formidable vache à lait, mais le passage par la trayeuse publique ne mobilise plus les foules.

Attack of the Piggy banks / Cheezsy via FlickrCC License by

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Les automobilistes français adorent se plaindre d’être les vaches à lait du «système». C’est comme ça, c’est dans leur code génétique. A moins que ça ne soit livré avec le permis ou la carte grise. Le truc, c’est qu’ils n’ont pas totalement tort: en taxes diverses et variées, ils auront été ponctionnés de 60 milliards d’euros en 2010, soit davantage que le produit de l’impôt sur le revenu (54,7 milliards la même année).

D’un autre côté, notre «IR» est notoirement l’un des moins élevés au monde (14% en moyenne pour 70.000 euros de salaire contre 29% en Grande-Bretagne ou 34% en Suède, par exemple) et ceci explique peut-être cela: les sous pour les écoles et les porte-avions, il faut bien les trouver quelque part…

L’Automobile Club, qui est un peu le Calimero du lobby motorisé, ne se lasse pourtant pas de répéter que «c’est vraiment trop injuste». Enfin, pas dans ces termes, parce qu’ils n’émeuvent guère Bercy et qu’il vaut mieux aligner deux-trois chiffres en renfort, mais c’est l’idée.

Dans son rapport 2011 sur le budget moyen du conducteur français, l’AC s’étonne ainsi de ce que l’ensemble des dépenses liées à la voiture (dont 25 à 37% de taxes) continue de progresser plus rapidement que l’inflation (+3% sur le prix de revient au kilomètre) quand les distances parcourues régressent (d’environ 1%, mais tout de même…). Et à examiner les quatre profils-types élaborés pour l’occasion, tout le monde passe effectivement à la caisse (ok, ok, elle était fastoche, celle-ci):

  • Clio d’occasion essence: 10.000 km effectués, 2.515 euros dépensés en 2010; 941 euros de taxes
  • Clio neuve diesel: 9.076 km, 5.744 €; 1.481 €
  • 308 diesel neuve: 15.648 km, 7.466 €, 1.845 €
  • 607 diesel neuve: 35.000 km, 18.806 €, 4.822 €

«Les taxes augmentent, mais tous les postes progressent, de l’entretien à l’assurance, des péages au stationnement, s’indigne Robert Palluat de Besset, président de l’Automobile Club Ile-de-France. Franchement, si les Français étaient moins individualistes et mobilisables comme le sont les motards, ils ne se laisseraient pas faire!»

Et la TIPP flottante? Elle a coulé?

De fait, c’est justement ce qui intrigue, cette non-transformation d’une grogne diffuse en contestation violente dans un pays où l’on prend la Bastille tous les matins avant son petit-déjeuner. «Les gens ont été habitués à voir leur budget auto dépasser l’inflation tous les ans depuis un quart de siècle à l’exception de 1993, analyse-t-il. D’une certaine manière, il y a peut-être une acceptation fataliste d’un phénomène sur lequel personne ne semble avoir prise: l’Etat a des besoins d’argent, tout le monde ou presque possède une voiture, l’automobiliste est donc une proie facile…»

Ah bon? Les Français seraient mécontents d’avoir à se saigner mais suffisamment philosophes et réalistes pour accepter la légitimité de l’impôt qui alourdit le PTAC de leur véhicule? Oui mais non:

«Le gros de la fiscalité automobile, c’est sur le carburant et les gens comprennent qu’il y ait des contraintes extérieures dépassant la volonté de l’Etat. Ils trouveraient toutefois plus équitable que l’on réintroduise un mécanisme comme la "TIPP flottante", qui s’ajuste aux évolutions des cours du pétrole et limite la casse. Dans le système actuel, plus le prix du hors-taxes augmente, plus l’Etat se remplit les poches!»

«En fait, et c’est justement ce qui rend difficile une mobilisation collective des automobilistes, il y a d’immenses différences dans les styles de vie et l’usage de la voiture, poursuit Palluat de Besset. Si vous habitez une grande ville, Paris ou autre, vous pouvez prendre le métro pour aller travailler puisque c’est pratique et économique même si ça ne sent pas très bon; vous êtes alors moins concerné par ces hausses. Si vous vivez en dehors des zones urbaines et que vous n’avez pas le choix, c’est une autre affaire, mais vous êtes trop isolé pour revendiquer

Selon lui, «l’arrivée des voitures "low cost" aide d’ailleurs à juguler la contestation puisque qu’en termes réels, les dépenses liées à l’achat d’un véhicule progressent moins vite que par le passé».

Là où il est assez difficile d’aller chercher une vague légitimité républicaine dans l’accroissement des dépenses, en revanche, c’est sur le poste assurance:

«Le nombre d’accidents diminue régulièrement, mais les assureurs font financer les catastrophes industrielles ou climatiques par les automobilistes et les primes augmentent d’ailleurs de manière étonnamment homogènes dans un secteur en principe soumis à une forte concurrence (+ 2,1% en 1010 et de 3 à 5% annoncés pour 2011)… Et même l'entretien coûte de plus en plus cher (de + 2,7 à 2,8%): c’est clair, l’Etat n’est pas le seul à prendre les conducteurs pour des vaches à lait!»

Meuh non voyons… Quelle idée!

Hugues Serraf

Hugues Serraf
Hugues Serraf (165 articles)
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