Monde

DSK peut s'en sortir, même si sa victime dit vrai

DoubleX, mis à jour le 02.07.2011 à 1 h 39

Aux Etats-Unis, le processus judiciaire fait qu'il n'est pas facile de faire aboutir des accusations de viol.

Dominique Strauss-Kahn et Anne Sinclair, le 1er juillet 2011, à la sortie du tribunal à New York. REUTERS/Lucas Jackson

Dominique Strauss-Kahn et Anne Sinclair, le 1er juillet 2011, à la sortie du tribunal à New York. REUTERS/Lucas Jackson

Il semble que l'article jailli dans la nuit de jeudi à vendredi des colonnes du New York Times soit correct: que l'accusation contre Dominique Strauss-Kahn soit sur le point de s'effondrer. L'ancien directeur général du FMI a été libéré sur parole, vendredi, tout en restant pour l'instant accusé d'avoir violé la femme de chambre d'un hôtel Sofitel dans lequel il séjournait lors de son passage à New York, le 14 mai. Comme l'expliquait le quotidien,«les enquêteurs ont découvert des failles importantes dans la crédibilité de la femme de ménage», partiellement détaillées dans un courrier envoyé par le bureau du procureur au défenseur de DSK.

Cela dit, la femme maintient qu'elle a été agressée, et rien dans le New York Times ni dans le courrier du district attorney n'indique qu'elle ait menti sur ce qui s'est passé entre Strauss-Kahn et elle, excepté sur le fait qu'elle a reconnu auprès des enquêteurs ne pas s'être cachée immédiatement après les faits présumés, mais avoir nettoyé une autre chambre avant d'alerter ses supérieurs... Et il reste toujours les éléments ADN qui prouveraient de manière irréfutable que quelque-chose s'est passé entre eux deux.

Le problème est apparemment que 1) selon le New York Times, la femme a «des liens possibles avec des personnes impliquées dans des activités criminelles, incluant du trafic de drogue et du blanchiment d'argent» ; 2) toujours selon le quotidien, elle s'est entretenue avec une connaissance emprisonnée sur les «possibles avantages de poursuivre les accusations portées contre lui» et 3) qu'il existe certaines incohérences entre sa demande d'asile et ce qu'elle en a dit aux enquêteurs, qui ont été détaillées vendredi après-midi devant le tribunal.

Se demander comment tirer parti d'un viol

En l'état actuel des choses 1) avoir des liens avec «des personnes impliquées dans des activités criminelles» ne suffit pas automatiquement à faire de vous un criminel; 2) est-il vraiment si grave, quand on a été violée par un homme riche et puissant, de se demander tout haut comment en tirer parti? Le viol bouleverse votre vie, vous vous sentez meurtrie et vous avez peur de vous retrouver seule. Ce n'est peut-être pas la décision la plus intelligente à prendre, non. Mais ce n'est pas comme si on l'avait enregistrée deux jours AVANT les événements en train de parler à quelqu'un de son idée de faire chanter un homme innocent en l'accusant de viol. Quant aux incohérences entre sa demande d'asile et ce qu'elle à dit aux policiers qu'ils trouveraient dans ce dossier, elles sont un peu troublantes, mais elles ne changent pas ce qui s'est déroulé dans cette chambre d'hôtel.

Il serait agréable de penser que les Etats-Unis sont un pays où même ceux qui ont eu des démêlés avec la justice ont le droit aux même protections que les citoyens modèles. Ce n'est pas parce que vous avez quelques PV de stationnement en retard que des voleurs peuvent se ruer sur votre portefeuille, ce n'est pas parce que votre adolescence est parsemée de vols à l'étalage que vous pouvez vous faire renverser par une voiture, ou passer à tabac dans la rue.

Mais le processus judiciaire fait qu'il n'est pas facile de mener à bien des accusations de viol. Avec Emily Bazelon, j'avais écrit un article pour Slate, en 2009, sur les fausses accusations de viol, quand une étudiante d'Hofstra (New York) avait fait les gros titres pour s'être rétractée après avoir accusé cinq hommes de l'avoir violée dans une salle de bains. Ce que nous avions appris, c'est que quel que soit le véritable pourcentage des fausses accusations (des données qui sont bizarrement difficiles à chiffrer), les dommages qu'elles causent sont sans commune mesure avec leur réalité.

Des jurys très durs avec les accusatrices

Une de nos sources nous avait dit que, avant toute chose, les policiers se méfient extrêmement des accusatrices, soit parce qu'ils ont déjà été échaudés par de fausses accusations, soit parce qu'ils ont entendu des histoires similaires chez certains de leurs collègues. Ce n'est visiblement pas ce qui s'est passé dans l'affaire Strauss-Kahn –la police a réagi rapidement et avec sérieux. Mais même si une femme arrive à porter plainte, et que ses accusations débouchent sur un procès, elle devra affronter un autre obstacle. Les jurys sont, eux aussi, très durs avec les accusatrices. Steve Cullen, un avocat militaire qui a travaillé très souvent au service du ministère public, nous avait expliqué:

«Souvent, dans les cas d'agressions sexuelles, il n'y a aucun débat sur les rapports sexuels, mais il s'agit toujours de prouver l'absence de consentement –et cela ne peut se faire que par un témoignage de la victime crédible et convaincant. Souvent, ce témoignage doit se dépêtrer de circonstances qui sont loin d'être idéales –elle avait bu, des gens l'ont vu flirter avec l'agresseur, etc.»

Non, dans le cas présent, la victime ne buvait pas et ne flirtait pas. Mais des questions sur son intégrité pourraient avoir le même effet sur un jury. Si elle a pu mentir lors de sa demande d'asile, pour quelque raison que ce soit, alors elle a pu mentir sur son agression. En tant que tel, quel procureur ira risquer sa carrière ou sa réputation pour une affaire qu'un jury ne prendra probablement même pas au sérieux? C'est une triste réalité. Selon un vieil adage, «il vaut mieux laisser libres dix coupables que de condamner un seul innocent». Peut-être, mais voir une accusation s'effondrer avant même le procès a quelque chose de frustrant.

Et bon courage à la prochaine femme qui essayera d'accuser un homme puissant de viol.

Rachael Larimore

Traduit par Peggy Sastre

DoubleX
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