Sports

Twitter et le sport, le mariage du siècle

Yannick Cochennec, mis à jour le 03.07.2011 à 9 h 09

Le direct, la masse d'informations publiées, les relations entre les fans et les sportifs scellent cette alliance.

Andy Murray en 2010. REUTERS/Phil Noble

Andy Murray en 2010. REUTERS/Phil Noble

Est-il désormais possible de suivre une retransmission sportive sans être connecté à Twitter? Ma réponse est très claire: NON. Evidemment, celui qui n’a pas ses habitudes sur le site de microblogging, qu’il ne connaît probablement pas (ils sont nombreux dans ce cas en France), ne sera pas d’accord avec moi, mais il se trompe au moins par ignorance. Et il doit urgemment s’y mettre à son tour…

Je me suis inscrit sur Twitter voilà plus d’un an avec la réticence de celui qui imaginait que cette nouvelle technologie n’était pas faite pour lui. J’étais dans l’erreur la plus complète. Si vous aimez le sport, Twitter est aujourd’hui l’élément absolument indispensable pour agrémenter votre passion et égayer vos soirées sportives devant la télévision ou devant votre ordinateur si vous avez choisi l’option du streaming.

Twitter a soulevé bien des débats sur la façon dont il révolutionnerait le monde de l’information, mais il n’a jamais été dit combien il est surtout adapté au mode de narration du sport dont les grands événements s’étirent pendant des jours en maintenant un même niveau de passion jusqu’au bout.

Combien de temps a vécu l’affaire DSK à son plus haut niveau médiatique, avant son dernier rebondissement en date? Une semaine, dix jours tout au plus… Une durée qui a été à peu près celle qui a correspondu à notre intérêt pour le tremblement de terre au Japon et ses conséquences sur la centrale nucléaire de Fukushima. Alors que débute le Tour de France qui va nous tenir en haleine pendant trois semaines entières entre démarrages fulgurants, descentes de col à toute berzingue et éventuelles descentes de police.

Sans oublier la prochaine Coupe du monde de rugby qui va s’étirer du 9 septembre au 23 octobre en Nouvelle-Zélande. En attendant, en 2012, l’Euro de foot organisé pendant un mois entre Ukraine et Pologne et, bien sûr, les Jeux Olympiques de Londres, rendez-vous où le monde communiera dans un même temps pendant plus de deux semaines.

L’actualité est un feuilleton continu aux rebondissements imprévus, mais le sport a cette singularité de nous offrir de longues sagas clairement inscrites dans un calendrier. Et contrairement à d’autres sujets qui supportent parfaitement le léger différé, le sport ne peut se vivre que d’une seule manière: en direct. Or Twitter, média de l’immédiat, épouse complètement cette double contingence liée au sport. Précision non négligeable également: l’amateur de sport est l’internaute qui, globalement, fréquente le plus le Net. Plus que les autres, il est donc fait pour Twitter.

Le public du sport est particulier: pour une grosse part, il s’agit d’un bataillon immense de fans, c’est-à-dire à des gens qui n’auront jamais suffisamment d’informations sur ce qui les captive et qui, pour certains enragés, sont même mieux informés que ceux qui sont supposés les informer, à savoir les journalistes.

L’économie, la politique ou la culture ne draineront probablement jamais autant de cinoques toujours à la recherche d’un écho ou d’une statistique en direct ou à l’affût de croiser leurs avis avec d’autres sur l’évolution d’une partie.

Et c’est ce qu’offre Twitter encore mieux que tous les directs proposés par les sites de sport. Car Twitter est une pompe d’alimentation incessante à multiples tuyaux qui permet en plus de voyager à travers le monde et de choisir les gens qui vous intéressent et avec lesquels vous avez envie de dialoguer –et que vous finissez donc par suivre («follower»). Twitter est un fil d’agence personnel incroyablement efficace qui enrichit considérablement une retransmission sportive par le biais des liens envoyés par les événements sportifs eux-mêmes, par les sportifs ou les journalistes sportifs qui y sont inscrits (les accros de NBA sont forcément reliés au compte du reporter Bill Simmons), par les différents membres des entourages ou même par d’autres fans sur place lors des manifestations.

Avec Twitter, tout va toujours plus vite que la musique. Lors de la chute mortelle, en mai dernier, du Belge Wouter Weytlandt lors de la troisième étape du Tour d’Italie à une vingtaine de kilomètres de l’arrivée, il est clair que vous aviez un coup d’avance sur l’information avec votre ordinateur sur les genoux branché sur Twitter tout en gardant un œil sur l’écran de télévision. En followant des spécialistes du cyclisme, parfois sur la route du Giro, vous avez su, avant le commentateur d’Eurosport, que le cycliste était malheureusement décédé.

On pourrait multiplier les exemples à l’envi, du plus tragique au plus anecdotique comme lundi 27 juin à Wimbledon, lorsque Nadal a écopé d’un avertissement et que son attaché de presse a immédiatement tweeté depuis la tribune que si l’Espagnol s’était adressé à son camp (dans lequel figurait l’attaché de presse), c’était pour réclamer de nouvelles paires de chaussures et certainement pas pour gagner quelques secondes de répit supplémentaires. Si ce n’est pas être au cœur de l’action et de l’info… 

Rappelons que Shaquille O’Neal a confirmé sa retraite sur Twitter et que si vous étiez à cette seconde-là le nez sur votre écran, vous avez dû vous sentir privilégié.

Pour le passionné de sport, plus que chez d’autres lecteurs d’autres rubriques, il y a une autre donnée importante qui entre en jeu: l’affect. L’univers des fans déborde d’émotions, d’amour, parfois de haine, et Twitter a cette qualité rare, plus que Facebook, de nous mettre directement en relation avec la vedette –s’il vous plaît d’envoyer un tweet à Sébastien Chabal, vous pouvez le faire et il est même possible qu’il le lira— et de nous permettre d’être au plus près des champions dans bien des circonstances.

Jeudi 30 juin, un journaliste de la BBC, à la demande de sa rédaction en chef, a ainsi tweeté presque minute par minute l’entraînement d’Andy Murray à la veille de sa demi-finale de Wimbledon, histoire de rassurer la colonie tremblante de supporters du joueur écossais inquiets de l’avoir vu se blesser à la hanche lors de son quart de finale.

De nombreux sportifs connus jouent le jeu de Twitter, parfois avec un énorme succès comme Shaquille O’Neal, Lance Armstrong ou Serena Williams jusqu’à rassembler des centaines de milliers de followers. Ils n’ont pas peur d’ouvrir leur intimité par le biais de messages parfois drôles, parfois émouvants, ou de photos qui non seulement donnent une information sur leur localisation, mais nous en disent plus aussi sur ce qu’ils sont réellement dans la vie.

Parfois lointaine et intouchable, la star devient soudain accessible et proche en nous faisant pénétrer les coulisses de l’événement auquel elle participe –et ça, le fan de sport (et le journaliste) adore voir ce qu’il n’a pas le droit de voir, en principe, y compris les vestiaires par exemple à l’image de cette photo prise dans ceux de Wimbledon en compagnie de Rory McIlroy, le récent vainqueur de l’US Open de golf.

Les sportifs, qui sont des joueurs avant tout, ont décidé de jouer avec Twitter, loin des tweets formatés des politiques notamment. Et c’est un jeu amusant et passionnant auquel il est bon que tout le monde participe, vedettes, journalistes, fans…

Yannick Cochennec

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