France

Affaire DSK: rappelons quelques grands principes

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 01.07.2011 à 14 h 39

Pour éviter de passer d’un excès à l’autre et du déferlement accusatoire à une entière absolution, retenons que la présomption d’innocence, la présomption de victime, et la prise de conscience des violences faites aux femmes sont les leçons à retenir de l'affaire DSK.

Audition du 19 mai. REUTERS/Richard Drew/Pool

Audition du 19 mai. REUTERS/Richard Drew/Pool

En attendant la décision du juge de New York qui statuera sur le nouvel état du dossier de DSK, il faut envisager la scène politico-médiatique française sous un nouveau jour. En commençant par éviter de passer d’un excès à l’autre et du déferlement accusatoire à une entière absolution.

Preuve est faite, une nouvelle fois, qu’en ces matières il faut toujours s’en tenir au respect des grands principes: présomption d’innocence encore et toujours, comme il y avait aussi présomption de victime. A ce stade donc, et selon les éléments donnés par le New York Times, en provenance du bureau du procureur de New York, l’accusation de viol aurait du mal à tenir devant un jury.

Cela change évidemment tout pour DSK qui pourrait recouvrer sa liberté. Et cela nous ramènerait à une image de ce dernier plus conforme aux comportements récemment révélés: un «sex addict» certes, donc susceptible de harceler —ce qui en soi pose un grave problème— mais probablement pas un homme de violence.  Mais encore une fois, il faut attendre ce qui sera dit à la barre du tribunal de New York.

En attendant, nous sommes face à quelques confirmations. 

  1. Les Etats-Unis sont un état de droit. Se trouve en effet confirmé le fait que, dans le système américain, la défense peut se battre à armes égales avec l’accusation; que le système fonctionne d’autant mieux que celui qui est accusé a les moyens financiers de se défendre; mais aussi que le procureur mène une enquête sérieuse et qu’il peut, contrairement à certains de nos juges d’instruction, instruire à charge et à décharge. Dans ce système, le prix médiatique est certes très élevé, mais il laisse toujours la possibilité d’un «happy end» pour l'accusé. Pour celles et ceux qui veulent en savoir plus, procurez-vous une excellente série, «The Good Wife», où l’héroïne pourrait avoir les traits d’Anne Sinclair…

  2. On peut être riche et innocent. La presse s’était en effet engouffrée un peu vite dans une lutte des classes par procuration: un blanc riche venu du Nord contre une noire venue du Sud et pauvre. S’il y a, comme le suggère désormais l’enquête du procureur de New York, volonté d'en tirer un bénéfice financier de la part de l’accusatrice de DSK, il faudra constater une nouvelle fois que l’abus des clichés ne sert pas la presse.
  3. La validation dans le journalisme contemporain est aujourd’hui aussi nécessaire et importante que la révélation. Et la presse française en particulier devrait garder en mémoire les  leçons de l’affaire Baudis. Les accusations portées par certains enquêteurs, et relayées par tous les journaux, faisaient à l’époque de Dominique Baudis, alors président du CSA,  un monstre au-delà de tout ce qui était reproché à DSK. Il n’était rien resté de cette pseudo enquête. Dominique Baudis a pu être nommé au poste si prometteur de Défenseur des droits, né de la réforme constitutionnelle. C’est une réparation justifiée, mais ô combien tardive.

Bien sûr, la grande question posée par l’amorce de ce retournement spectaculaire est politique. DSK, qui faisait la course en tête en vue de l’élection présidentielle, a été sorti du paysage politique national en même temps que de son poste au FMI. Et le PS a enregistré des candidatures à la primaire dont l’une au moins, celle de Martine Aubry, est née de la défaillance de l’ancien ministre. Là encore, il est bien trop tôt pour tirer des plans sur la comète. Mais il me semble qu’un retour pur et simple de DSK sur la scène politique, dès lors qu’il serait libéré, paraît malgré tout impossible. En revanche, il est probable que DSK retrouve un droit de paroles, donc d’influence, sur ses anciens camarades, dont certains sont peut-être restés ses amis.

L’effet principal, pour le moment, affecte Nicolas Sarkozy et son camp. Ce dernier avait lancé un mot d’ordre: la gauche avait, disait-il, perdu la bataille de la morale. L’affaire Tron était venue rétablir un semblant d’équilibre, mais surtout les Français n’avaient pas du tout embrayé sur cette thématique. Toutes les tentatives faites par porte-paroles et quelques médias interposés pour tenter de faire porter à tous les socialistes l’opprobre jeté sur DSK, s’étaient heurtées au refus des Français d’y souscrire.

Ces derniers, à bon droit, séparaient en effet la responsabilité d’un homme (à laquelle d’ailleurs il croyait modérément, tant était présente la thèse du complot) et la responsabilité collective, qui n’avait lieu, à aucun moment, d’être engagée. Ainsi, les intentions de vote du premier tour, qui se portaient auparavant sur DSK, se sont presque instantanément transférées sur François Hollande et, dans une moindre mesure, au bénéfice de Martine Aubry.

Pour l’heure, les Français continuent de souhaiter l’alternance et une majorité d’entre eux préféreraient voir François Hollande affronter Nicolas Sarkozy.

Deux choses encore. Je continue de considérer que l’entourage politique de Dominique Strauss-Kahn a péché par imprudence ou par omission en ne dissuadant pas DSK de concourir. Car si l’accusation de viol disparaît, des problèmes demeurent qui seraient de nature sans doute à nourrir de nouvelles campagnes. Il serait donc imprudent, pour ce même entourage, d’inciter DSK à vouloir se remettre dans le jeu.

Il ne faudrait pas enfin que ce retournement fasse oublier l’essentiel. A savoir que l’affaire DSK a contribué à une prise de conscience que trop de facilités, trop d’inattentions font perdurer, en France, une sorte d’accoutumance à des comportements qui sont, vis-à-vis des femmes, des faits de harcèlement et donc de violence condamnables. Ce fil-là, d’une réalité dans les rapports homme/femme qui doit changer, ne doit pas être perdu.

Jean-Marie Colombani

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