France

L'agression de Sarkozy en questions

Slate.fr, mis à jour le 01.07.2011 à 17 h 58

Qui protège le président de la République? Y a-t-il eu une faille de la sécurité?

La voiture de Nicolas Sarkozy, en visite à Paradis le 23 juin 2011, REUTERS/Philippe Wojazer

La voiture de Nicolas Sarkozy, en visite à Paradis le 23 juin 2011, REUTERS/Philippe Wojazer

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Nicolas Sarkozy a été brutalement attrapé par le col par un individu lors d'un déplacement à Brax, en Lot-et-Garonne, alors que le président serrait les mains de personnes rassemblées derrière une barrière. Voici les réponses à certaines des questions que vous vous êtes posées suite à cet incident.

 

 

Qui protège le président?

La protection de Nicolas Sarkozy, hors l’enceinte de l’Elysée (à l’intérieur, ce sont les gardes républicains) est assurée par le Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), qui dépend du Service de protection des hautes personnalités (SPHP). Ce dernier s'occupe des hautes personnalités françaises et étrangères susceptibles de faire l’objet de menaces (ministres, magistrats comme le juge Bruguière, Ingrid Betancourt) tandis que le GSPR s’occupe exclusivement de la sécurité du Président et des membres de sa famille.

La composition du GSPR a fait l’objet de plusieurs changements au fil des ans. Composé exclusivement de gendarmes sous François Mitterrand puis de moitié de gendarmes et moitié de policiers sous Jacques Chirac, il compte désormais dans ses rangs uniquement des policiers, qui étaient au nombre de 80 en 2009. Le GSPR est dirigé par Michel Besnard, ancien commandant de police qui suit Nicolas Sarkozy depuis 2002 (après avoir protégé Lionel Jospin à Matignon) et préfet depuis décembre 2010.

Son rôle est défini par un arrêté datant du 17 décembre 2008

«Le groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), sur le territoire de la République et à l'étranger, assure la protection personnelle et immédiate du Président de la République et met en œuvre les mesures nécessaires à sa sécurité, notamment à l'organisation matérielle et à la sécurité de ses déplacements.»

Les épreuves d’accès au GSPR, réputées difficiles, se font en interne dans le SPHP, composé de 760 fonctionnaires de police de tous grades, recrutés au sein de la police nationale pour une durée de 5 ans renouvelable. Les policiers doivent passer des tests psychotechniques, des entretiens individuels, des épreuves physiques, des épreuves de tir et une évaluation des connaissances professionnelles. Ils ont ensuite des stages de spécialisation dès leur affectation au service, et une formation continue. 

Comment se prépare un bain de foule?

Les bains de foule font partie des événements les plus compliqués à gérer pour le GSPR. Avant chaque bain de foule, la géographie des lieux est étudiée avec les Renseignements Généraux (RG), des chiens détectent les éventuels explosifs, le risque est évalué et un dispositif de protection mobile est mis en place à proximité directe du président. Des policiers de la CRS n°1 de Velizy Villacoublay - ce ne sont pas les mêmes que pour les manifestations- participent au processus et suivent l’itinéraire du président.

Un dispositif, lourd ou léger, est mis en place en fonction du degré de risque. Dans le cas du déplacement à Brax, il y a des chances pour qu’un dispositif léger ait été choisi par le GSPR car la zone ne semblait à priori pas à risque. 

 S’agit-il d’une faille de sécurité? 

A priori non, le protocole semble avoir été respecté. Des forces mobiles étaient présentes autour du président (au moins quatre d’après les images) et dans la foule (au moins quatre également). Ce sont d’ailleurs ces derniers qui sont intervenues très rapidement, en moins d’une seconde. 

Il est aussi important de prendre en compte le contexte politique de l’événement. En démocratie, il y a un équilibre à trouver entre l’accessibilité du chef de l’Etat et sa sécurité. Il est important pour les présidents d’avoir un contact direct et même physique avec la population, d’où la tradition des bains de foule. Parfois, les présidents eux-mêmes demandent à avoir un contact plus direct avec la population. Jacques Chirac lors d’une fameuse visite en Israël avait été excédé par le service de sécurité qui l'empêchait de s’approcher de la foule.

Quoiqu’il en soit, les mesures de sécurité les plus strictes ne peuvent réduire le risque à zéro. Les services de sécurité israéliens, réputés dans le monde entier pour leur efficacité et opérant dans un contexte politique très tendu, n’ont pas pu prévenir l’assassinat du président Yitzhak Rabin en 1995, tué de deux balles à bout portant dans le dos.

Que risque-t-on quand on agresse le président?

Hermann Fuster, l'homme qui avait violemment agrippé Nicolas Sarkozy jeudi 30 juin à Brax (Lot-et-Garonne), a été condamné le lendemain de l’incident à six mois de prison avec sursis, une peine assortie de trois ans de mise à l'épreuve, d'une obligation de soins en milieu hospitalier et d'un stage de citoyenneté de deux jours.

Il était jugé pour violence n'ayant pas entraîné d'incapacité. Selon l’article 222-13 du code pénal, il risquait «trois ans d'emprisonnement et de 45.000 euros d'amende», les violences ayant été commises sur une «personne dépositaire de l'autorité publique».

Il n’y a pas de texte qui protège particulièrement le chef de l’Etat sur la violence. Maxime Brunerie, qui avait tiré sur Jacques Chirac, avait été condamné pour tentative d’assassinat. Mais il existe des textes de loi qui protègent les personnes dépositaires de l’autorité publique — Ce qui est le cas du chef de l’Etat. Elles sont plus sévères que celles appliqués aux autres résidants (750 euros d’amende).

Nicolas Sarkozy aurait pu invoquer une «atteinte volontaire à l'intégrité physique ou psychique» de sa personne, comme le précise l'article 222-12 du code pénal. Dans ce cas, la sanction est de 7.500 euros d'amende et cinq ans d'emprisonnement dans le cas particulier d'une «personne dépositaire de l'autorité publique».

Il aurait encore pu ressusciter du code pénal le poussiéreux «délit d'outrage à un chef de l'Etat», inutilisé depuis 1900 par un président en exercice. Selon l'article 433-5, «les paroles, gestes ou menaces, les écrits ou images de toute nature non rendus publics ou l'envoi d'objets quelconques» sont punies de 7.500 € d'amende et de 6 mois d'emprisonnement s'il s'agit d'une «personne dépositaire de l'autorité publique». Mais l’Elysée n’a pas souhaité intervenir, c’est donc le parquet qui a poursuivi.  

En 2008, l’homme ayant brandi une pancarte qui reprenait le fameux «casse toi pov' con» prononcé par le président au Salon de l'agriculture a été condamné à 30 euros avec sursis pour «délit d'offense à chef de l'Etat». Confirmée lors de l'appel, sa condamnation constituait la résurrection d'un délit apparenté au crime de lèse-majesté de l'Ancien Régime, qu'aucun chef d'Etat n'avait invoqué depuis Georges Pompidou.

Fanny Arlandis, Sébastien Jaime et Grégoire Fleurot

L'explication remercie Eric Mildenberger, secrétaire national de la section province du syndicat de police Alliance, Yannick Danio, délégué national Unité SGP Police-FO, et Patrice Ribeiro, secrétaire général adjoint du syndicat d'officiers Synergie.

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