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La bande passante ne se trouve pas sous les sabots d'un cheval

Le concept de «user-generated content» a peut-être révolutionné Internet, mais des sites comme YouTube étouffent sous les coûts de fonctionnement.

Mercredi 22 Avril 2009
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C'est une évidence: notre génération traite les journaux comme un reliquat du passé. Dans les villes les plus connectées, la compétition avec le Web les a vraiment mis mal en point. Mais ce que vous ignorez sûrement, c'est qu'un des sites les plus importants et les plus renommés de ces «nouveaux média» dépense des sommes ahurissantes à un rythme si effréné qu'on se dirait presque qu'investir dans la presse papier est finalement une décision plus sage. Son nom: YouTube. Selon un récent rapport des analystes financiers de la société Crédit Suisse, avec son site de partage vidéo Google perdra cette année 470 millions de dollars. Autrement dit, le Boston Globe, qui est bien parti pour perdre, lui, 85 millions de dollars en 2009, est cinq fois plus rentable ou plutôt, cinq fois moins non-rentable que YouTube. Tout ça pour que vous puissiez regarder à tout moment une espèce d'énergumène qui parle juste après avoir pris de l'hélium.

Les soucis de YouTube sont, et c'est plutôt surprenant, les mêmes auxquels sont confrontés les journaux. Tout comme votre quotidien régional, YouTube aussi lutte pour essayer de vendre assez d'espace publicitaire afin de couvrir les coûts faramineux d'hébergement et de diffusion de son contenu. Alors que les journaux doivent payer pour publier et livrer des arbres morts, ce qui coûte de l'argent à YouTube c'est une connexion Internet avec un débit qu'on ose à peine imaginer, capable de vous donner accès à toutes les vidéos ; vous et les millions d'autres utilisateurs qui réclament le dernier mash-up du Dramatic Chipmunk. Google ne révèle ni les pertes ni les bénéfices de YouTube lorsque la société communique sur ses gains, et, bien entendu, il est possible que les estimations du Crédit Suisse ne soient pas tout-à-fait exactes. Mais si jamais les analystes sont un tant soit peu près de la vérité, YouTube, que Google a racheté en 2006, est vraiment dans le pétrin. Comme l'a récemment fait remarquer Benjamin Wayne, le PDG de Fliqz, une société concurrente de streaming vidéo, dans un article du Silicon Alley Insider, il n'est pas possible même pour Google de continuer à faire vivre une société qui perd un demi-milliard de dollars chaque année.

Mais les difficultés de YouTube ne sont que les symptômes du mal auxquelles sont confrontées beaucoup de startups sur le Web: le «user-generated content» s'avère à terme être un véritable fardeau, économiquement parlant. Il y a deux ans, Time «vous» désignait comme la personnalité de l'année pour avoir apporté votre pierre à la révolution du Web 2.0, expliquant qu'en rassemblant et en faisant circuler les créations de millions d'individus, le Web était en train de bouleverser complètement la façon dont les gens découvrent le monde autour d'eux et ce qu'il s'y passe. Cela ne fait aucun doute. Chacun d'entre vous a vécu l'investiture présidentielle à travers des millions d'images prises par des gens parfaitement ordinaires, et la plupart des choses que vous apprenez de nos jours sont issues d'articles écrits par les hordes d'anonymes qui alimentent Wikipedia. Pourtant, même s'ils ont révolutionné notre mode de vie, ces sites qui rassemblent et partagent du contenu produit par nous tous n'ont pas fait des bénéfices considérables, donnant tort aux prédictions de nombreux tech-évangélistes. D'ailleurs, la plupart n'a pas fait de bénéfices du tout.

Il y a une raison simple à tout cela: les annonceurs n'ont pas tellement envie de payer pour soutenir les vidéos et les photos maison. En conséquence de quoi, la conjoncture économique de ces sites est encore plus précaire que celle de l'industrie de la presse. Cette dernière voit au moins une relation proportionnelle entre tirages et revenus: si un journal publie de supers articles, il attirera plus de lecteurs, et donc, plus d'annonceurs. Chez YouTube ce lien de cause à effet peut s'inverser: les vidéos les plus vues ?et donc celles qui coûtent le plus cher à YouTube ?ont ce je-ne-sais-quoi d'ordurier qui est loin de faire l'unanimité auprès des annonceurs. Il suffit de regarder les gros cartons du site ces derniers jours: un extrait pris sur Fox News de l'émission de Glenn Beck où l'on voit un invité s'évanouir ; une séquence récupérée elle aussi à partir d'une émission télé d'un entraîneur de foot brésilien qui frappe un arbitre ; une vidéo filmée avec un téléphone portable où Britney Spears se trompe en criant le nom de la ville dans laquelle elle donne son concert; et un pelotage de sein express dans le public d'un Masters de golf. Vous payeriez pour que votre logo apparaisse sous l'une de ces vidéos ?

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Comments

prévisible...

C'était prévisible, Youtube et beaucoup d'autres utilisent un modèle trop centralisé, le streaming tel qu'il existe aujourd'hui est condamné car il n'y aura difficilement assez de bande passante simultanément pour tous les clients potentiels à partir d'un petit nombre de gros serveurs, et le coût a tendance à augmenter de manière exponentielle et non linéaire, même si le service devient payant il restera des limites techniques, le peer-to-peer est la seule solution vraiment rentable pour distribuer des quantités aussi massives de données et c'est valable aussi pour le streaming (TVAnts, Sopcast, etc...) De toute façon l'esprit d'internet c'est la décentralisation...

Le marché et les internautes victimes de la même erreur ?

Pourtant, même s'ils ont révolutionné notre mode de vie, ces sites qui rassemblent et partagent du contenu produit par nous tous n'ont pas fait des bénéfices considérables, donnant tort aux prédictions de nombreux tech-évangélistes. D'ailleurs, la plupart n'a pas fait de bénéfices du tout.
Les actionnaires du CAC40 ne sont-ils pas victimes de la même chimère que l'internaute qui exige des contenus culturels gratuits au nom de la défense de la culture et des droits de l'homme ?
Dans les deux cas il y a l'idée que s'il y a quantité, il y aura nécessairement rentabilité. Les investisseurs se disent que tôt ou tard YouTube va bien finir par être rentable et que ces millions de connexion sont un capital, et les internautes expliquent qu'ils ne "volent" pas les artistes, car la notoriété apportée par internet profite aux artistes les plus pillés.
Dans les deux cas, les seuls à gagner réellement leur vie sont les fabricants de hardware (serveurs, disques durs, appareils photos, téléphones, fournisseurs d'accès, tireurs de cables etc.) qui, s'ils sont des acteurs indispensables à la nouvelle économie, fonctionnent selon les principes de l'ancienne économie: paiement cash au cul du camion d'un prix défini en ajoutant une marge à un coût de production. :-)
Les règles de la vieille économie font de la résistance. Ca ne sert à rien de conquérir un nouveau public, si chaque nouveau "client" creuse un peu plus le déficit de l'entreprise. Les artistes ne vivent pas que de leur notoriété. Même pour le pain sec et l'eau, ils ont besoin d'argent.

Alors après la crise bancaire, une nouvelle bulle internet ?

El Gato

Et dire qu'il existe une solution toute simple

Sans vouloir relancer la polémique, il existe malheureusement pour nos chers majors et autres sites gros consommateurs de bandes passante une solution évidente : le pair à pair, qui s'oppose au système client-serveur.
Cela permettrait justement d'alléger les coûts de serveurs, puisque les fichiers (vidéos, audio...) populaires à fort trafic seraient dans cette éventualité "partagés" par le plus grand nombre moyennant un petit encombrement de leur connexion personnelle, principe même de la philosophie du système p2p.

Enfin bon, tant que les médias (en règle générale) et surtout les industriels et politiques continueront à diaboliser cette technologie, plutôt que d'en chercher les avantages et les capacités d'intégration -> cf Spotify qui parvient à bâtir un modèle économique en se basant sur le protocole pair à pair, il y'a fort à parier que le fossé se creusera entre la vision payante, de plus en plus institutionnalisée et juridicisée d'Internet des sites et la vision communautaire, centrée sur le partage et l"échange (gratuit ou payant à vrai dire, du moment que cela se justifie), la coopération et la solidarité.

En extrapolant un peu, on se rend compte qu'il est en train de se produire la même chose que dans la vie réelle : un marché guidé par une logique de profit, où l'offre crée désormais la demande, contre une masse diffuse de consommateurs biaisés et surtout blasés qu'on lui impose ses choix de consommations.

Avec Internet, les internautes ont le sentiment de rendre la pareille et la gratuité n'est que juste réparation des abus marchands perpétrés dans la "vraie vie".D'où cette solidarité et cet esprit de communautarisme entre utilisateurs, pour faire front contre un ennemi qui a outrepassé ses droits et ses limites, et qui ne jouit plus d'aucune crédibilité en ce contexte de crise financière, politique et économique : le marché.

Bref tout ça pour dire qu'il serait temps de revoir les termes de l'échange, de façon à réequilibrer la relation Offre/Demande selon une logique gagnant/gagnant et plus gagnant/vache à lait.

Alex

en effet...

on a absolument rien gagné a tenter de transformer internet, systeme de pair a pair par définition, ou chacun est client et serveur a la fois, en une espece de minitel 2.0.
la non symétrie des débits telle que pratiquée actuellement est une aberration uniquement basé sur le coté mercantile, qui se doit de disparaitre.
lorsque tout les systemes connectés au net le seront grace a des systemes de transmission a vitesse symétrique, les problemes de cout de bande passante disparaitront comme par magie.
en attendant...

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