Monde

Pourquoi Ghesquière et Taponier sont restés si longtemps aux mains des talibans

Françoise Chipaux, mis à jour le 30.06.2011 à 14 h 56

Des insurgés divisés mais puissants et une forte corruption ambiante expliquent la durée de détention des deux journalistes français.

Une photo d'Hervé Ghesquière, déployée pour son 500e jour de détention, à Paris.

Une photo d'Hervé Ghesquière, déployée pour son 500e jour de détention, à Paris. REUTERS/Charles Platiau

Le lent processus de libération d’Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier qui ont passé 18 mois aux mains des talibans dans une province où est déployée l’armée française illustre les multiples obstacles inhérents à la situation afghane. Pris le 30 décembre 2009 sur le chantier d’une route en reconstruction par l’armée, les deux journalistes de France 3 ont été victimes des différents groupes qui opèrent parmi les insurgés, de la mésentente entre les acteurs de la scène afghane, de la corruption ambiante et du manque de coopération entre la population et les forces étrangères.

Anciennement dominée par le Hebz-e-Islami, parti fondamentaliste de l’ancien Premier ministre Gulbudin Hekmatyar, la province de Kapisa où s’est déroulée toute l’affaire est aujourd’hui tenue par les talibans. Mais comme toujours en Afghanistan, la chaine de commandement au niveau local n’est pas vraiment stricte. Enlevés parce qu’ils se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment plus que dans une opération ciblée, les journalistes ont d’abord été détenus par de petits commandants.

Fiers de leur prise, ceux-ci ne savaient toutefois pas quoi demander pour leur libération et leur mésentente a longtemps empêché toute véritable ouverture de négociation.

Le rôles des intermédiaires

Il aura fallu plusieurs mois pour que les otages passent sous la responsabilité du gouverneur taliban en titre Qari Baryal. Les demandes se sont alors précisées mais elles étaient démesurées en termes financier et politique, c'est-à-dire en ce qui concernait la libération de prisonniers talibans. La difficulté de cette dernière revendication reposait aussi sur le fait que plusieurs des noms demandés étaient introuvables, d’autres étaient détenus à Guantanamo ou Bagram donc par les Etats-Unis et d’autres enfin par les Afghans.

Comme toujours aussi dans ce genre d’affaires, de multiples intermédiaires intéressés par une éventuelle récompense se sont présentés assurant tous qu’ils pouvaient influencer les talibans. La multiplication des canaux d’intervention n’aboutit généralement qu’à faire monter les enchères et à plusieurs reprises les négociations ont été interrompues. Les talibans ont aussi joué la montre pour prouver qu’ils contrôlaient la situation et pour tenter de pousser la France à accepter leurs revendications.

Le fait qu’ils aient pu garder sans trop de problèmes pendant un an et demi deux otages français et leurs trois accompagnateurs afghans à moins de 100 km de Kaboul dans une province où les troupes françaises sont présentes depuis 3 ans en dit long sur le contrôle de la coalition internationale en Afghanistan. Tenir la province de Kapisa est fondamental pour protéger Kaboul. Cette province est un lieu de passage pour les militants venant de l’Est et du Pakistan qui peuvent aussi gagner de là le nord de l’Afghanistan. De plus la route entre la frontière pakistanaise et Kaboul, empruntée quotidiennement par des centaines de camions traverse la province.

Revendications revues à la baisse

Ces faits expliquent le choix d’un gouverneur taliban fort et expérimenté. A ce niveau, les liens avec l’état-major taliban et mollah Omar, le chef du mouvement, sont réels et malgré les difficultés les ordres venant de la direction sont respectés. Une des particularités et des forces des talibans afghans est la centralisation du pouvoir qui permet un certain ordre et ouvre la voie à des recours. Le gouvernement du président Hamid Karzai est loin d’avoir une administration structurée:  miné par la corruption, il est bien incapable de répondre aux besoins minimums de la population.

Après de longues négociations, les talibans ont petit à petit revu à la baisse leurs revendications, maintenant toutefois leurs deux volets financier et politique. Les dénis officiels français sur le paiement d’une rançon sont habituels mais tous les otages ont été libérés contre rançon et ceux là ne font pas exception.

A en croire Paris Match, les talibans auraient limité leurs demandes politiques à la libération de deux des leurs. Les remerciements du président Sarkozy au président Karzai veulent sans doute dire que celui-ci les a accepté. En Afghanistan la résolution de telles affaires se fait toujours en toute discrétion.

Françoise Chipaux

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