Ce que la Grèce, le FMI, les banques, l'Europe auraient dû apprendre de la crise argentine
La crise grecque ressemble, dix ans plus tard, à la crise argentine, mais en beaucoup plus grave. En Argentine, la situation avait explosé. En Grèce, une question: quelle est la longueur de la mèche ?
- Manifestation devant le parlement grec, à Athènes, le 21 juin 2011. Yiorgos Karahalis/Reuters -
Aujourd’hui, la Grèce est en situation de faillite. Dix ans plus tôt, c’était l’Argentine. Certes, on ne peut parler de faillite d’un Etat comme de celle d’une entreprise (car on n’a jamais vu un Etat disparaître en mettant la clé sous la porte). Mais un Etat en défaut de paiement est quasiment dans la même situation, avec les conséquences induites pour les créanciers privés.
Le sauvetage de la Grèce implique de mobiliser bien plus de moyens que l’Argentine jadis: celle-ci ne supportait qu’une dette de 132 milliards de dollars correspondant à une grosse moitié de son PIB, alors que celle-là fait face à un endettement de 350 milliards d’euros correspondant à plus d’un an de PIB. Mais on retrouve à peu près les mêmes acteurs : un gouvernement, une nation, le FMI, et des créanciers privés. Qui jouent des partitions relativement identiques à dix ans d’intervalle. Et avec en plus dans le cas de la Grèce, des pays partenaires dans le cadre d’une même zone monétaire.
L’emprunt pour compenser des contre-performances économiques
On passera sur les raisons qui ont amené ces deux économies au bord du gouffre. Dans le cas de l’Argentine, la gestion calamiteuse des finances publiques a été aggravée par une politique monétaire et un régime de change non adaptés à la réalité du pays. Le peso argentin était alors arrimé au dollar. Lorsque les Etats-Unis décidèrent de renforcer leur monnaie, le peso devint surévalué pour l’économie argentine.
C’est un peu le problème de la Grèce avec l’euro: si Athènes n’avait pas triché sur ses comptes publics pour être admissible à la monnaie européenne selon les critères établis, la Grèce n’aurait pas intégré la zone euro en 2001. Du même coup, Athènes s’est retrouvé avec une monnaie trop forte pour ses performances économiques. Et a réglé ses problèmes de déficit en lançant des emprunts sur les marchés financiers. Ceux-ci ont été souscrits par les acteurs de la finance internationale, comme ce fut le cas pour l’Argentine dans les années qui précédèrent l’explosion de 2001.
On peut se demander pourquoi des pointures de la finance prennent le risque d’engranger des obligations d’Etat lorsque les risques grandissent, alors que le creusement de la dette publique ne peut qu’affaiblir un peu plus l’Etat en question et compromettre le remboursement de la dette. C’est que les taux auxquels les emprunts sont souscrits grimpent en même temps que les risques augmentent. D’une certaine façon, les risques sont dans les taux et les créanciers contrôlent leurs engagements plus qu’il n’y paraît.
Le FMI, un père fouettard en Argentine
En outre, ces créanciers ont un filet de sécurité avec le FMI. Lorsqu’il fallut sortir de la crise asiatique à la fin des années 90, puis de la crise argentine ou de la crise brésilienne, le Fonds monétaire international est intervenu pour permettre aux Etats défaillants de rembourser leurs dettes aux créanciers privés, en se portant caution si les Etats en question consentaient à de lourds sacrifices pour redresser leur situation.
En Argentine, le Fonds avait apporté son soutien après que l’Etat eut décidé des privatisations dans des secteurs clés, réduit la dépense publique (généralement en licenciant des fonctionnaires et en réduisant les salaires dans la fonction publique), et augmenté les impôts.
A défaut de pouvoir contraindre les dirigeants à régler rapidement les problèmes posés par une corruption quasiment institutionnalisée jusqu’au plus haut niveau de l’Etat, le Fonds conditionnait ses soutiens à l’application de mesures qui pénalisaient d’abord la classe moyenne.
Au point que le FMI est vite apparu comme un filet de sécurité pour les créanciers internationaux, mais comme un père fouettard pour les populations mises ainsi au pain sec.
Des crises sociales et politiques s’en suivirent, notamment en 2001 lorsque les classes les moins favorisées d’Argentine refusèrent de nouvelles mesures d’austérité et que, en conséquence, le FMI refusa une nouvelle aide à Buenos Aires… malgré son montant de 1,3 milliard de dollar, soit quasiment rien.
Le risque de déstabilisation sociale et politique
A y regarder assez globalement, les Grecs connaissent une situation pas si éloignée de celle qu’ont vécu les Argentins. A ceci près que, même si la Grèce ne représente guère que 2% de la production de richesse en Europe, elle pose un problème infiniment plus grave à la finance internationale. Car malgré après un premier plan de sauvetage de 110 milliards d’euros en 2010, la dette publique s’est alourdie de quelque 15% en un an et qu’un autre plan de même ampleur est maintenant nécessaire.
Bien sûr, de nouvelles mesures d’austérité sont assorties au versement de cette deuxième aide. Mais comme en Argentine, l’opinion publique se cabre: «les indignés» grecs refusent les conditions imposées par le FMI et les autres membres de la zone euro pour la verser. Dans ces conditions, le gouvernement avance sur le fil du rasoir, sous le regard d’autant plus inquiet des autres capitales que le risque de contagion de cette indignation est bien réel. Comme en Argentine.
Responsabiliser les créanciers dans les crises
Après les crises qui marquèrent la fin du XXe siècle, le FMI procéda à une forme d’autocritique discrète à propos des conséquences de son mode opératoire sur la stabilité sociale et politique des pays où il intervenait. Pour ne pas porter seul le chapeau des crises engendrées par les cures d’austérité, le Fonds convint que les établissements financiers privés avaient une part de responsabilité dans le laxisme de certains gouvernements qui préféraient emprunter sur les marchés plutôt que de gérer leur pays pour remplir les caisses. Car certains crédits avaient été octroyés en dépit de toute rationalité économique, du fait que la caution du FMI était considérée acquise.
Pour amener les uns et les autres à mieux prendre en compte les conséquences de leurs décisions, le Fonds décida que les opérateurs privés seraient également sollicités pour redresser les pays défaillants lorsqu’ils compteraient au nombre des créanciers, selon le principe du «partage proportionnel de la charge».
Le secteur privé était donc invité à participer à la résolution des crises. Alors directeur général du Fonds, Michel Camdessus avait répondu aux critiques en plaidant en faveur d’un système où «les risques seront évalués avec réalisme et où le succès sera récompensé, et l’échec sanctionné, de manière équitable». Parce que, «après tout, le marché, c’est la liberté et la responsabilité», avait-il soutenu en bon libéral.
Des plans de sauvetage pour éviter l’explosion
Le débat sur la contribution des créanciers pouvait sembler tranché. Pourtant, comme le montre la construction du deuxième plan de sauvetage de la Grèce, il reste d’actualité. On sait que les banques allemandes et françaises sont les plus exposées au risque grec: les allemandes détiennent 15 milliards d’euros de dette souveraine, les françaises quelque 10, et elles ont ensemble dans leurs coffres plus des deux tiers de la dette publique grecque. En clair, elles sont celles qui ont financé le dérapage de la Grèce. On comprend donc pourquoi c’est en France et en Allemagne que le débat sur la contribution des créanciers privés a été le plus chaud. Comme quoi elle ne coulait pas de source!
Les élus allemands sont montés au créneau, pour que le poids de ce sauvetage ne soit pas supporté par les seuls contribuables. Les positions de la France et de l’Allemagne se sont rapproché. Et il fut convenu que les créanciers privés seraient sollicités sur le mode de «l’initiative de Vienne» prise pour éviter la fuite des capitaux d’Europe de l’Est lors de la dernière crise. A savoir qu’ils reporteraient le remboursement de leurs créances. Beaucoup de bruit pour une conclusion qui s’imposait au regard des enjeux sociaux et politiques et qui, en plus, ne devrait pas mettre ces établissements en difficulté.
Finalement, la Grèce n’aura guère profité de l’expérience de l’Argentine: même inadéquation, même remède, même rejet, et même débat sur la responsabilisation des banques. Sauf que si la crise argentine était déjà de la dynamite, la crise grecque l’est encore plus, et on ignore encore la longueur de la mèche. Et ce sont les marchés qui jouent avec le feu.
Gilles Bridier
Mis à jour le 30/06/2011 à 9h18














































Avec des politiques de plus en plus impuissants, de plus en plus aveugles voire de plus en plus en plus en plus corrompus, ce sont les pays qui deviennent des marchandises.
Y a-t-il quelqu'un pour dire à Madame Lagarde que la Grèce, ce sont d'abord des Grecs?
L'Europe, par son appellation même, a commencé par la Grèce. Si l'Europe n'est pas assez forte pour empêcher la Grèce de se casser la gueule, l'Europe se cassera la gueule aussi.
Je ne sais pas comment seront les révolutions du XXIème siècle. Mais elles ont déjà commencé, et j'ai peur qu'il y ait de la casse, beaucoup de casse.
Quand après la Grèce, la révolte touchera un autre pays (Portugal?) nous commencerons à penser à un autre enchaînement historique : Budapest en 1956 puis Prague en 1968 nous annonçaient l'effondrement de l'autre "grand empire économique"...
La petite mèche qui manque pour l'explosion finale, c'est un homme (ou une femme) qui nous propose "un nouveau système"...
Les Grecs (et les Irlandais et nous autres) se sont endettés parce que l'Euro fort a permis d'emprunter à des taux bas. Mais l'insouciance des politiciens grecs (et irlandais et les nôtres) n'est pas la faute du FMI ou à l'UE mais due à l'irresponsabilité de ces mêmes politiciens – et indirectement par nous car ils ont été élus par nous.
Ces endettements souverains sont dus à nos dépenses non couvertes par nos impôts. Comme dans la plupart des pays occidentaux, du plus faible (à qui le titre?) au plus fort Uncle Sam. Des politiciens démocratiquement élus par nous les ont laissé s'accumuler. Pour ne pas nous offusquer et, parfois, pour en mettre plein dans leurs propres poches.
Calmez-vous donc, vous autres révolutionnaires de fauteuil, si prêts à appeler à l'insurrection contre le méchant loup capitaliste - tout en oubliant que les plus grandes crises financières de l'histoire ont eu lieu, précisément, dans des pays non capitalistes, l'URSS en tête.
Et calmez-vous, vous autres souverainistes, heureux de voir dans les difficultés de l'Union Européenne la preuve que tout système économique ou monétaire qui dépasse les normes nationalistes du 19e siècle est voué à l'échec – tout en oubliant d'expliquer comment sur notre grande planète un pays devient plus fort et plus influent en devenant insulaire, ou comment on devient plus riche en préférant à une monnaie forte commune une monnaie nationale forcément dévaluée.
Les institutions internationales que l'homme moderne a eu le bon sens de mettre en place ne garantissent pas l'intelligence et l'incorruptibilité de tous. Ils corrigent, comme ils peuvent, les erreurs commis, et ils trouvent des remèdes.
Ici en Grèce, sur mon île qui ne représente qu'environ 1% du PIB grec, j'énumère au moins quatre grands projets BTP – non terminés – qui ont dû coûter quelques centaines de millions d'Euros chacun. Tout le monde ici le sait, personne ne dit rien. (Multipliez par 100 pour arriver au coût au niveau national grec!)
Bien sûr je plains le petit citoyen, le retraité, l'handicapé, le paysan, l'ouvrier. Mais non pas les fonctionnaires (40% de la masse salariale) qui depuis des décennies sont 10 pour faire le travail d'un, l'armateur qui ne paie pas d'impôts – comme l'église! - le médecin qui demande toujours du cash...et al.
La Grèce, bien sûr, n'a pas le monopole de ces tricheries-là. Mais mettons le blâme là ou il se trouve. Nous arriverons plus vite ainsi aux vraies solutions.
En Grèce, au Portugal, en Irlande, les citoyens ont exprimé toute leur colère et leur exaspération...en se contentant de chasser un gouvernement de droite modéré pour le remplacer par un autre issu de la gauche modérée (socialiste..) ... ou tout simplement l'inverse ! Ces gens ont pourtant des décennies d'expérience de la Démocratie, et s'ils ont encore la naïveté stupide de croire qu'une telle "claque électorale" est un tant soit peu susceptible de changer en quoi que ce soit l'avenir de leur pays, je dis, donc, que j'essaie de ne pas les mépriser, mais que j'éprouve néanmoins beaucoup de difficultés à ressentir de la compassion pour leur situation actuelle..
Si les jeunes et les progressistes s'abstiennent le jour du scrutin et que les vieux ont perdu toute capacité de raisonnement et en sont réduits à des automatismes électoraux... tant pis pour eux !
Que la foule des "indignés" essaie ensuite de se rattraper en affrontant les matraques et les gaz lacrymogènes de la police, ne m'impressione pas beaucoup non plus : cela semble pouvoir aboutir à la fuite de dictateurs dans des pays du Sud, mais il me semble , ou du moins j'espère, que dans nos pays, les révolutions se feront désormais dans l'isoloir, par le bulletin de vote...
Je m'adresserai ici à d'éventuels contradicteurs : serait-il possible de limiter dans cette discussion l'usage de l'argument Godwin ? Je pense pouvoir bénéficier d'un large consensus en déclarant qu'aucun système politique ou économique n'est réellement parfait, mais j'irai plus loin en affirmant qu'aucun n'est non plus, du moins à son origine, fondamentalement mauvais... Il y simplement des dérives qui, la nature humaine et l'imperfection du monde étant ce qu'ils sont, finissent toujours par apparaître ! Mais comme nous ne sommes pas non plus, tout à fait "diaboliques", en général, nous évitons le plus souvent, de persévérer...
A quoi pourraient ressembler nos systèmes politiques et économiques dans les (cinq ou dix) années qui viennent ? Soyons raisonnablement optimistes et imaginons quand même qu'il y aura des "mécanismes" qui rendront les dérives financières que nous connaissons actuellement, totalement impossibles !
Le Capitalisme survivra-t-il ? Il me semble que même poser la question, c'est faire preuve d'aveuglement : de toute évidence, ce système est déjà bel et bien mort, et son cadavre commence même à nous imposer une odeur insoutenable...
Le communisme reviendra-t-il ? Cela me paraît plus probable qu'une hypothétique "troisième voie", mais sous une forme extrêmement modifiée, bénéficiant des expériences malheureuses du passé...
Il y a des cycles, des chapitres, des "âges" et des époques, et ce qui me paraît définitivement terminé, c'est l'élan du libéralisme, de la liberté d'entreprendre et de la croyance dans l'effet assurément bénéfique de toute innovation technologique... Cela a commencé, disons approximativement, en 1789, dans toute l'Europe et avec la naissance des Etats-Unis d'Amérique...mais cela s'achève sous nos yeux !
Il y a incontestablement un grand mouvement "écologique" qui constate la somme incroyable de désastres et d'effets secondaires imprévisibles de ce qui nous était initialement apparu comme étant de merveilleuses inventions...
Une deuxième exigence forte, sera celle d'un revenu minimum garanti : suivant notre caractère et notre personnalité, nous acceptons plus ou moins bien l'étalage insolent des richesses de certaines classes privilégiées, mais ce qui est de plus en plus "inadmissible", c'est que même le plus paresseux, le plus lâche, le plus malchanceux, le plus stupide ou le moins éduqué d'entre nous, nous aggresse en nous exposant sa misère... Je ne sais pas s'il y aura un jour, vraiment, un revenu maximum, mais il me semble presque certain que dans un avenir proche, le "RMI-RSA" assurera à tous un réel "minimum vital décent" ! Et, comme malgré tout, le progrès technologique est là, le travail sera désormais seulement un choix délibéré, apportant certes un supplément raisonnable de "niveau de vie", mais plus vraiment une obligation...
1. Le Capitalisme est condamné et que “même poser la question, c'est faire preuve d'aveuglement : de toute évidence, ce système est déjà bel et bien mort, et son cadavre commence même à nous imposer une odeur insoutenable... »
Que la mort du capitalisme paraît souhaitable ne suffit pas pour assurer qu'il le soit. Il suffit de regarder autour pour voir que ce n'est pas le cas.
2. Le retour du communisme est probable « mais sous une forme extrêmement modifiée, bénéficiant des expériences malheureuses du passé...”
Siddartha ne nous donne pas les détails de ces « modifications » Le monde retient son souffle
3. « l'élan du libéralisme, de la liberté d'entreprendre” est “définitivement terminé”, car “cela s'achève sous nos yeux !”
Pas sous les miens mais peut-être Siddartha regarde ailleurs
4. Heureusement, dit Siddartha qu'il y a le mouvement écologiste “qui constate la somme incroyable de désastres et d'effets secondaires imprévisibles de ce qui nous était initialement apparu comme étant de merveilleuses inventions...”
Puis sans crainte de contradiction, il nous apprend que malgré ces désastres “le progrès technologique est là, le travail sera désormais seulement un choix délibéré, apportant certes un supplément raisonnable de "niveau de vie", mais plus vraiment une obligation... “
Demandez aux Grecs!
Pour finir en beauté Siddartha nous informe que tout serait assuré par un revenue garantie pour tous.
Garantie par qui et par quoi au fait?
Le capitalisme est en crise sévère, oui. Il va s'effondrer? Pas sûr: le mode de production romain, basé sur l'esclavage était en crise très très grave au moment des guerres serviles. La crise a duré longtemps, la République en est morte, mais l'esclavage romain en a repris pour 500 ans... 500 ans! Rien n'interdit de penser que ce sont nos démocraties qui vont s'effondrer, et que le capitalisme reprendra un petit coup de jeunesse.
La confusion entre les deux, et l'incapacité du système à se sortir de la crise où il s'est fourré, produit aujourd'hui comme toujours, une floraison de discours apocalyptiques. Quand on fait croire aux gens qu'un système est nécessaire, bon, indépassable, quand on vante ses mérites comme on l'a fait du capitalisme ces 20 dernières années (la propagande capitaliste a dépassé en ampleur la propagande soviétique dont on disait tant de mal), il est normal que le jour où ce système s'effondre les gens paniquent et croient que c'est la fin du monde.
Le seul point commun à tout ça, c'est qu'à court terme ou à long terme, s'il y a une révolution comme s'il n'y en a pas, c'est nous, les peuples, qui allont payer la note.