Economie

Jeunes, ne laissez pas les vieux tout décider!

Gérard Horny, mis à jour le 28.06.2011 à 15 h 49

La révolte des Grecs contre l’austérité et le mouvement espagnol des indignés font des émules: un peu partout, les jeunes protestent contre le sort qui leur est réservé. Réduire les problèmes actuels à une querelle de générations ne résoudra rien, opposer les jeunes aux vieux ne peut mener très loin, mais il est sûr que les jeunes seraient bien inspirés de ne pas commettre les mêmes erreurs que leurs parents.

Lors d'une manifestation à Paris en octobre 2010. REUTERS/Charles Platiau

Lors d'une manifestation à Paris en octobre 2010. REUTERS/Charles Platiau

Les chiffres, en apparence, parlent d’eux-mêmes: il ne fait pas bon être jeune en ce moment, même si la situation des jeunes Français peut paraître enviable par rapport à celle des Grecs  ou des Espagnols avec des taux de chômage des moins de 25 ans qui atteignent respectivement 43% et 44% dans ces deux pays. En France, au premier trimestre, alors que le taux de chômage s’élève globalement à 9,2% dans la métropole, il atteint 22,8% dans la tranche d’âge 15-24 ans.

Notons au passage qu’il est encore plus difficile d’être à la fois jeune et femme, avec un taux de chômage de 25% pour les jeunes femmes contre 21,1% pour les jeunes hommes, et la situation ne s’améliore pas: alors que le taux de chômage a légèrement reculé pour toutes les tranches d’âge chez les hommes en un an, il a encore augmenté de 2,8 points de pourcentage pour les femmes de 15 à 24 ans.

Un très faible niveau de vie

Cette difficulté d’insertion dans la vie active se retrouve évidemment au niveau des revenus. Là, les chiffres ne sont connus qu’avec un certain retard, mais on peut voir que, en 2008, les 18-24 ans ont le niveau de vie moyen le plus faible parmi les adultes.

Deux cas de figure se présentent: ou ils dépendent encore financièrement de leurs parents et leur présence pèse sur le niveau de vie de l’ensemble du ménage, ou ils vivent dans un logement indépendant (pour 30% d’entre eux), mais leur niveau de vie est tout de même faible parce que leurs revenus d’activité sont bien inférieurs à ceux de l’ensemble de la population active.

Ainsi que le constate l’Insee, c’est parmi les jeunes adultes que le taux de pauvreté est le plus élevé: 20,1% pour les 18-24 ans contre 10% pour les 50-64 ans, 10,3% pour les 65 ans et plus, et 11,8% pour l’ensemble de la population. Ce taux de 20,1% est à mettre en relation avec la proportion de jeunes de 18-24ans dans la population: 10,3 % seulement.

La seule consolation que l’on peut avoir quand on est jeune et pauvre, c’est que l’on n’est pas seul dans cette situation et que ses difficultés ne sont pas à considérer comme un échec personnel, mais bien comme un problème global…

Un danger se profile alors: celui du sentiment d’appartenance à une classe d’âge, en opposition avec les autres classes d’âge. Pourquoi est-ce un danger? Parce que cette opposition est stérile et n’aide en aucun cas à résoudre le problème.

Exemple: peut-on aider les jeunes à entrer plus tôt dans la vie active en faisant partir les vieux?

C’est ce qu’on a tenté de faire, mais le résultat n’a pas été merveilleux. On n’a fait que déplacer le problème. Car, la durée de vie s’allongeant, les départs à la retraite anticipée ont un coût insupportable pour les régimes sociaux.

Partout, la tendance est au recul de l’âge de la retraite. Il y a encore de gros écarts entre l’âge théorique de départ et l’âge réel; dans les entreprises, les départs plus ou moins volontaires avant l’âge restent légion, mais la tendance qui s’amorce devrait se confirmer: les vieux resteront de plus en plus longtemps et ce n’est pas de ce côté qu’il faut chercher la solution.

Les vieux partent encore trop tôt à la retraite

En France, au premier trimestre 2003, le taux d’activité des 55-64 ans était de 36,5 %; huit ans plus tard, il est encore très faible (à 40,3%), mais il est en hausse et ce n’est pas une mauvaise nouvelle. L’équilibre des régimes de retraite passe par le prolongement de cette tendance et on est encore très loin d’une solution satisfaisante: on ne peut reprocher aux vieux de pénaliser les jeunes en s’accrochant à leur poste; ils sont en réalité nombreux encore à partir beaucoup plus tôt qu’il ne le faudrait et qu’ils ne le souhaiteraient.

Les espoirs mis dans le départ à la retraite des générations nombreuses du baby-boom à partir de 2005 a aussi suscité des illusions excessives.

Cette évolution démographique pouvait avoir un effet positif si les partants étaient remplacés poste pour poste. Que ce soit dans la fonction publique ou les entreprises, on voit bien que ce n’est pas le cas; les départs naturels sont considérés comme un bon moyen d’alléger les effectifs. Bref, ce n’est pas en chassant les vieux que les jeunes peuvent espérer se faire une place au soleil.

Où sont les jeunes électeurs?

Le vrai problème est le manque de dynamisme de l’économie et l’insuffisance des créations de postes. Mais, sur ce point, il n’y a pas de remède miracle: il faut des idées, des moyens pour les mettre en œuvre et du temps.

Si les jeunes peuvent avoir un reproche à faire à leurs aînés, c’est bien de n’avoir pas su gérer l’économie et de ne pas les avoir formés correctement aux métiers dont le monde va avoir besoin.

Les aînés ont une excuse: les bouleversements ont été si rapides et violents au cours des dernières décennies qu’aucun programme politique n’apportait une réponse toute prête et qu’il a fallu constamment improviser, avec toujours un temps de retard.

Et les politiques sont d’autant moins enclins à se montrer audacieux que leur électorat vieillit. En 2012, l’âge moyen des électeurs à la présidentielle avoisinera 55 ans.

Jeunes, ne laissez pas les vieux prendre seuls toutes les décisions, indignez-vous, révoltez-vous, mais surtout ne vous contentez pas de manifester: engagez-vous à fond dans la vie de la cité. Votre avenir, c’est vous qui le ferez.

Gérard Horny


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