Quelles qualités pour un président?
La campagne pour la primaire socialiste arrive à grands pas: il va falloir dépasser les petites phrases pour mettre en valeur les traits de caractère des candidats pour savoir s'ils correspondent à ce que la Nation attend d'un chef de l'Etat.
- Le palais de l'Elysée. REUTERS/Charles Platiau -
La saison des candidatures à l’élection présidentielle est ouverte. A droite, comme à gauche. Pour l’instant, on n’a pas réussi à voir surgir les vraies raisons d’être de ces candidatures, sinon des ambitions personnelles, ou un soi-disant dévouement à la cause nationale. Et pour l’instant, on en est à des querelles d’écolier.
Choisir un candidat, à l’intérieur d’un camp, c’est choisir un programme et un profil psychologique. Parlons ici d’abord du profil psychologique. Il sera temps, plus tard, de parler en long et en large des programmes.
Pour avoir été pendant dix ans le plus proche collaborateur d’un président de la République, associé à toutes les réunions et à toutes les procédures de la présidence, mêlé à toutes ses décisions, je crois pouvoir dire quelles qualités sont nécessaires pour exercer cette fonction si particulière.
D’abord, un président n’est ni un ministre, ni un Premier ministre. Il incarne la nation. Il doit d’abord penser à cette incarnation, à chaque instant, qui détermine tout. Il doit la vivre profondément. Il doit sans cesse penser à la trace de son action dans l’histoire de France, passée et future.
Il doit avoir un caractère solide, une grande capacité de travail. Il doit s’habiller de façon élégante, s’exprimer dans un français sans faute; parler au moins parfaitement l’anglais; et si possible au moins une autre langue étrangère. Il doit lire tous les jours la presse étrangère et connaître parfaitement les nouvelles technologies: un président qui ne saurait répondre lui-même à ses emails, envoyer un tweet ou naviguer sur Google serait aujourd’hui incapable de comprendre le monde.
Il doit aussi avoir une capacité à ne pas mentir à lui-même, à garder un secret, à travailler en équipe mais à décider seul, sans le faire en fonction de ses intérêts propres ou de rancunes personnelles. Il doit être capable de ne pas se mêler des détails, s’en tenir à de grandes directives, et seulement corriger les ministres quand ils s’écartent de la ligne qu’il a tracée pour le pays.
Il doit avoir aussi une grande connaissance des sujets les plus essentiels pour l’incarnation de la nation: les problèmes militaires, financiers, éducatifs, et sociaux. Il doit avoir une grille de lecture des événements qui nous attendent. Et en particulier des conséquences de la crise financière, qui ne peut manquer de revenir, et qui exigera des décisions nécessairement impopulaires.
Il devra être capable de créer un consensus avec l’opposition sur les grands sujets de défense et de finances publiques.
Pour avoir ses qualités, un candidat à la présidence de la République ne doit donc pas nécessairement avoir été ministre. Au contraire même, cela pourrait fausser ses réactions, en le ramenant à des considérations de détail. Il doit sûrement avoir été élu local, même si, dans son nouveau rôle, il ne devra pas représenter les intérêts des communes, des départements ou des régions, mais ceux du pays tout entier.
Une campagne de primaire n’est pas, par nature, faite pour révéler ces traits de caractères. Pour y parvenir, il ne faudra pas se contenter de petites phrases, de postures, de ralliements et de trahison. Il faudra oser poser ces questions à ces candidats.
Jacques Attali
Chronique également parue dans L’Express
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Mis à jour le 27/06/2011 à 10h20















































la démocratie meurt, lentement, par spasmes, de la personnalisation du pouvoir. Notre désir d'homme providentiel, alimenté par le discours automatique médiatico-politique, fait de nous des citoyens infantilisés. L’élection présidentielle, même si sa méthode est plus ou moins démocratique, est en fait totalement antidémocratique dans sa nature. La mise en place du quinquénat renouvelable a fini de vider de sa substance ce poste, devenu celui de VRP en campagne perpétuelle.
Tout comme la personnalisation(peoplisation ?) du débat politique est la mort de la réflexion politique.
petit PS : tristement, l'article aurait gagné à glisser en alternance des "elle" au milieu des "il", cela aurait montré un tout petit peu de pensée latérale...
Pour tout le reste je partage complètement votre opinion ! ce qui me semble aujourd'hui mourir c'est l'exigence du politique, la volonté de voir loin, d'incarner, de dépasser les intérêts personnels ou de l'élection à venir. Plus on est dedans et plus je me dis que le quinquénat renouvelable est l'une des pire réformes de notre système électoral !
C'est bien connu que notre président n'est pas très à l'aise avec la langue de Shakespeare ni avec les ordinateurs...
"Il doit être capable de ne pas se mêler des détails, s’en tenir à de grandes directives, et seulement corriger les ministres quand ils s’écartent de la ligne qu’il a tracée pour le pays."
Aucune allusion à N. Sarkozy, bien sur...
"Pour avoir ses qualités, un candidat à la présidence de la République ne doit donc pas nécessairement avoir été ministre. Au contraire même, cela pourrait fausser ses réactions, en le ramenant à des considérations de détail. Il doit sûrement avoir été élu local."
Quel candidat à la présidentielle n'a jamais été ministre,mais a enchaîné les mandats d'élu local... Ne serait ce pas un socialiste légèrement dégarni?
C'est vraiment bizarre... Pour être président,il faut avoir les qualités de Mr Hollande sans avoir les défauts de N.Sarkozy? Je suis navré Mr Attali,mais aucun candidat ne semble avoir ce profil,et surtout pas Mr Hollande! bien que doté de ses propres qualités,évidemment,il est loin d'être dépourvu des défauts de Mr Sarkozy,et lors que vous parlez de la gestion de la crise...Je demande à voir si Mr Hollande en aurait eu une gestion plus avertie.
Citation 2: "Un président qui ne saurait répondre lui-même à ses emails, envoyer un tweet ou naviguer sur Google serait aujourd’hui incapable de comprendre le monde."
Ah bon, Mitterrand était du genre "tweeter" ? Attali est pour moi un mystère insondable, comment un homme avec une telle expérience peut-il écrire de telles platitudes (il n'en est pas à son coup d'essai) ?
Naviguer sur net etc non concerné oui oui oui Esprit de consensus oui non oui oui Grandes connaissances oui non non non Capacité de travail non ? oui non Caractère solide oui non non oui Pas le premier ministre. Oui non Oui oui Pas de rancune non non oui oui Ne pas avoir été ministre non non non oui
J'ai rajouté Mitterrand pour mesurer les candidats par rapport au président "Etalon" que Mr Attali a servi. Difficile pour Sarkozy... Et pour les autres, personne n'est parfait.