Economie

La «ville durable», un vivier d'emplois

Gilles Bridier, mis à jour le 28.10.2011 à 13 h 57

Faire des économies d'énergie pourrait bien aider à sortir de la crise.

Une maison bioclimatique en Espagne. REUTERS/Santiago Ferrero

Une maison bioclimatique en Espagne. REUTERS/Santiago Ferrero

Dans les métiers du développement durable, et surtout dans ceux dédiés à la ville durable, Pôle emploi est catégorique: «Nous recevons actuellement moins d’offres que de demandes.» C’est ce qu’a récemment indiqué un cadre de cette spécialité à l’occasion d’un débat organisé par l’Agence Descartes Développement de Marne la Vallée, près de Paris. Les jeunes sont motivés, pas les opérateurs urbains; et les collectivités locales tardent à franchir le pas.

Un comble alors que, pour réaliser 20% d’économies d’énergies supplémentaires à l’horizon de 2020, une grosse partie du travail porte précisément sur le résidentiel, et particulièrement le résidentiel urbain dans un pays où trois habitants sur quatre vivent en ville.

Engager les projets urbains

Pourtant, combien de colloques, débats et conférences ont été organisés depuis plusieurs années pour mettre ce concept de ville durable au service de la lutte contre le chômage et le gaspillage de l’énergie.

Car les projets urbains sont porteurs de multiples ressources. Lorsque les écologistes ou le Conseil d’orientation pour l’emploi (COE, qui dépend de Matignon) parlent de 400.000 à 500.000 emplois induits par un mode de croissance verte, une bonne partie porte sur de nouveaux métiers inhérents aux nouveaux projets urbains.

Lorsque le Grenelle de l’Environnement donne pour objectif une réduction de 38% des consommations énergétiques du parc des bâtiments existants d’ici à 2020, on perçoit bien les gains à espérer du passage à l’acte. Surtout si on considère que le résidentiel existant émet à lui seul 40% des gaz à effets de serre en France!

Si on introduit les économies d’énergies possibles grâce à une gestion des déchets plus rationnelle, à une réutilisation des calories des eaux chaudes domestiques aujourd’hui évacuées en pure perte, à un développement de la géothermie largement sous-utilisée, à une plus large exploitation des rayons du soleil en ville pour produire aussi bien de l’électricité que de la chaleur, sans parler de tous les aspects de la mobilité… combien de nouveaux emplois seraient ainsi générés!

Installer des plateformes de compétences

On pourrait, bien sûr, créer de nouvelles compétences en rapprochant par exemple le métier de couvreur de celui d’électricien, et en créant un nouveau «référentiel métier» adapté à la couverture des toits avec des tuiles photovoltaïques.

On pourrait aussi rapprocher les fonctions d’hydraulicien et de thermicien pour créer une expertise dans la gestion de l’eau et du chauffage. Des expériences sont menées, trop isolées. Il faudrait plutôt imaginer des ruptures méthodologiques pour travailler autrement, en créant des plateformes de compétences pour favoriser le travail en commun de toutes ces spécialités.

De telles plateformes impliqueraient la définition de nouveaux profils de managers, qui intègrent les critères de développement durable pour répondre aux nouveaux enjeux énergétiques et environnementaux des collectivités locales. Ces formations existent, comme à l’ESIEE, école d’ingénieurs de la Cité Descartes. Et comme toutes ces nouvelles spécialités supposent de pouvoir gérer les multiples données fournies par les capteurs électroniques, pour parvenir à une gestion optimale de systèmes interconnectés, de nouveaux métiers feraient aussi leur apparition dans la gestion de l’information.

L’ultime coup de pouce politique

Une expérience est même menée dans le Val Maubuée (Seine et Marne) avec le cluster Grennov, qui a débuté en 2010 et doit se poursuivre jusqu’en 2015.

Cette sorte de démonstrateur en grandeur réelle doit mettre en valeur les synergies possibles grâce à la mise en réseau des acteurs économiques. Le tout avec le soutien du pôle de compétitivité Advancity où des entreprises travaillent avec des chercheurs à l’émergence de la ville numérique de demain.

Et pourtant, on n’avance guère, comme si la crise avait gelé les initiatives alors qu’elles pourraient favoriser la sortie de crise. Mais la réglementation concernant la passation des marchés publics n’est, entre autres, pas adaptée à un franchissement de seuil vers un urbanisme plus soucieux d’environnement.

De nouvelles initiatives se font jour pour pousser dans le sens d’une croissance verte, comme le projet de la Ville de Paris et de la région Ile-de-France pour créer un Institut de la ville durable.

Fort bien. Mais il existe déjà des laboratoires urbains, comme la Cité Descartes. Pour véritablement franchir une étape, il faudrait sortir des laboratoires pour aller sur le terrain, bâtir des projets et créer des emplois. Les urbanistes ont travaillé, les étudiants et les apprentis sont prêts, de grandes entreprises (comme Veolia Environnement qui assure des formations pour les métiers de demain) également.

Reste à réunir les financements afin que les établissements publics et les collectivités locales donnent le coup de pouce pour passer de la théorie à la pratique. Et débloquer les emplois qui, entre autres, naîtront de l’émergence des nouveaux métiers. L’impulsion décisive sera avant tout politique.

Gilles Bridier

Chronique également parue sur Emploiparlonsnet

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Journaliste
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