Monde

Afghanistan: de la difficulté de finir une guerre

Françoise Chipaux, mis à jour le 23.06.2011 à 16 h 34

Le conflit afghan est encore loin d’être terminé et la sortie du pays sera beaucoup plus difficile à entreprendre pour la communauté internationale que son entrée triomphante de 2001.

Des soldats américains à Arghandab, en Afghanistan, en avril 2011. REUTERS/Bob Strong

Des soldats américains à Arghandab, en Afghanistan, en avril 2011. REUTERS/Bob Strong

Le compte à rebours a commencé pour la fin du présent conflit en Afghanistan et, au-delà du nombre et du calendrier de retrait des troupes annoncés par le président Barack Obama, c’est cette perspective qui va retenir l’attention de tous les acteurs.

Le début du retrait américain risque de générer un mouvement plus général au sein de la communauté internationale. Paris a d’ores et déjà emboîté le pas à Washington.

Les talibans risquent de jouer la montre

Le départ programmé ne va pas non plus encourager les talibans à véritablement négocier s’ils sentent que la fin de la présence étrangère est proche. Les contacts établis entre les combattants islamistes et les Etats-Unis n’en sont qu’à un stade très préliminaire et la pression militaire imposée dans le sud n’est pas de nature à forcer les talibans à accepter les conditions imposées par la communauté internationale pour les négociations.

Au cours de ces dix dernières années, les objectifs de la guerre ont constamment oscillé entre la volonté de détruire le sanctuaire d’al-Qaida en Afghanistan et celle de reconstruire politiquement, économiquement et socialement un pays miné par trente ans de conflit.

Le coût humain –1.633 morts et 11.000 blessés– et financier –2 milliards de dollars par semaine– a clairement pris le dessus et comme l’a affirmé le président américain, «il est temps pour l’Amérique de se concentrer sur son développement». «L’Afghanisation» à marche forcée imposée par le président américain va donc continuer, même si la capacité des institutions afghanes à prendre le relais des troupes étrangères en 2014 reste plus que douteuse.

Des objectifs de fin de guerre réduits

L’objectif pour la fin de la guerre a de nouveau été réduit à empêcher l’Afghanistan d’être un refuge pour al-Qaida et ses affidés. En abandonnant leurs buts plus ambitieux de remettre le pays sur les rails, les Etats-Unis vont faire porter leurs efforts sur le contre-terrorisme plus que sur la contre-insurrection.

Dans cette perspective, plus que l’Afghanistan, c’est le Pakistan qui inquiète le président Obama et c’est Islamabad qui est dans l’œil du cyclone pour Washington. L’Afghanistan avec lequel les Etats-Unis veulent établir un partenariat stratégique pourrait à l’avenir servir de base pour surveiller le Pakistan qui risque de demeurer pour de longues années l’épicentre du terrorisme international.

Al-Qaida bénéficie d’un réseau de soutien beaucoup plus grand au Pakistan qu’en Afghanistan. Les groupes extrémistes pakistanais poursuivent depuis de longues années l’objectif d’un djihad à l’échelle mondiale, ce qui n’a jamais été le cas des talibans afghans. Les extrémistes islamistes évoluent d’autre part jusqu’au cœur du système pakistanais, ce qui complique grandement les moyens de pression sur Islamabad.

«Mettre un terme à cette guerre de façon responsable» comme le souhaite le président Obama est toutefois loin d’être garanti.

L'Afghanistan, un Etat fragile

Les gains militaires acquis grâce à l’augmentation de nombre des troupes en 2009 sont très fragiles et impossibles à maintenir par un gouvernement afghan dont l’essentiel des ressources provient encore de l’aide étrangère. Toutes les institutions afghanes demeurent dépendantes de l’aide internationale et aucune n’est capable de survivre sans assistance.

Les efforts désordonnés faits par la communauté internationale depuis dix ans n’ont pas permis de construire de solides bases politiques, économiques ou sociales pour le développement du pays.

Le partenariat que Washington cherche à négocier avec Kaboul pourrait souffrir de la méfiance tenace du président Karzai à l’égard des Etats-Unis.

Les étrangers «sont là pour leurs objectifs propres et ils utilisent notre sol pour cela», a déclaré le chef de l’Etat afghan le 18 juin dans une nouvelle salve de critiques vis-à-vis de la communauté internationale. Isolé et très fragilisé, Hamid Karzai pourrait hésiter à faire la part trop belle aux demandes américaines, de crainte de provoquer l’hostilité de certains de ses voisins.

Le conflit afghan est encore loin d’être fini et la sortie du pays sera beaucoup plus difficile à entreprendre pour la communauté internationale que son entrée triomphante de 2001.

Françoise Chipaux

Christopher Beam, de Slate.com, avait passé 9 jours «Embedded» avec les soldats de la 372e compagnie de Police Militaire. Leur mission: former la police afghane.

Françoise Chipaux
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