A quoi ressemblerait une filière nationale du cannabis?
Difficile à savoir, puisque cela n’a jamais été fait.
- Plantation de marijuana au Swaziland, en 2005. REUTERS/Mike Hutchings -
La remise du rapport du député PS et ancien ministre de l’Intérieur Daniel Vaillant préconisant la légalisation du cannabis en France a divisé la gauche et fait quasiment l’unanimité contre lui à droite. Daniel Vaillant, qui a auditionné des policiers, des magistrats, des sociologues, des addictologues et aussi des patients, propose notamment que l’Etat encadre une filière nationale de production de cannabis et un réseau national de distribution en France, à l’image du tabac et de l’alcool.
Au-delà du débat autour des dangers du cannabis pour la santé, de l’efficacité de la dépénalisation sur le trafic illégal ou du signal envoyé à la jeunesse, à quoi ressemblerait un marché national légal du cannabis en France?
La difficulté d’essayer d’imaginer ce à quoi ressemblerait une filière nationale de production du cannabis en France tient dans le fait qu’il n’y a pas d’exemple de pays ayant mis en place une telle politique, à part «au Maroc du temps de la colonisation avec les anciens comptoirs du kif», explique le député-maire du XVIIIe arrondissement de Paris, qui a donné les grandes lignes de son projet à travers une synthèse de quelques pages et une campagne médiatique intense…
Les pays comme l'Irlande, l'Italie, l'Espagne, la République tchèque et le Portugal qui ont dépénalisé la consommation du cannabis n’en ont pas pour autant légalisé la production. Même les Pays-Bas, l’un des pays les plus tolérants vis-à-vis de la vente et de la consommation, n’ont pas créé de filière de production nationale.
Production
Selon le rapport Vaillant, l’enjeu est que l’Etat parvienne à «fournir cette substance, sous forme de résine ou d’herbe, à l’ensemble des consommateurs […] car une carence dans cette production nationale risquerait de favoriser la survie du trafic que nous souhaitons éradiquer».
A l’heure actuelle, le cannabis consommé en France est principalement issu de l’importation, du Maroc pour la résine et des Pays-Bas pour l’herbe. Selon les estimations de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), seulement 11,5% du cannabis consommé en France est produit localement en «autoculture», c’est-à-dire à petite échelle par des personnes qui cultivent pour leur propre consommation.
Mais ce chiffre ne prend pas en compte une évolution récente dans la production de cannabis en France et en Europe, notamment au Royaume-Uni, en Belgique et aux Pays-Bas: le développement d’une production en intérieur, ou en «indoor», de grande échelle destinée à la revente. Ces producteurs appliquent les méthodes de l’agriculture intensive pour cultiver la plante avec du matériel comme des lampes chauffantes et des conduits d’irrigation dans des hangars, ce qui permet notamment de se dégager des contraintes climatiques.
Ainsi, 60% du cannabis consommé en Grande-Bretagne est désormais produit sur place. Les Pays-Bas exporteraient actuellement 80% du cannabis produit sur leur territoire vers d’autres pays européens. Ce phénomène de culture «professionnalisée» se développe également en France, comme l’a souligné le rapport 2010 de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP).
Certains économistes estiment que grâce à ces nouvelles méthodes de production, l’Europe et la France ont le potentiel pour produire la totalité du cannabis qu’elles consomment et ne plus dépendre des importations. Il faudrait selon les estimations du rapport de 53.000 hectares de culture répartis sur 1.500 «cannabiculteurs» officiels pour satisfaire la demande nationale.
La qualité du produit
La production de cannabis à grande échelle existe donc déjà en France, et tend à se développer. Mais pour les auteurs du rapport Vaillant, pas question de récupérer les cultures de cannabis illégales actuelles pour les transformer en productions agréées. Car un des points fondamentaux du projet est que la production légale permette de contrôler la qualité du cannabis consommé par les Français.
Pour ce faire, le rapport veut cultiver un cannabis qui pousse «à l’air libre et pas dans des cultures intensives en hangar avec des lampes à sodium», qui ne contiendrait que «7-8% de THC au plus» —le THC est le principe actif du cannabis— et qui serait soumis à des normes de qualité strictes.
A l’image des coffee shop néerlandais, il n’y aurait pas un produit mais une gamme de produits disponibles à l’achat. Comme on peut choisir entre de la bière à 5°, du vin à 12° ou de la vodka à 40°, les consommateurs de cannabis auraient le choix entre des produits aux effets différents, et seraient informés sur les propriétés de chaque variété.
Mais Christian Ben Lakhdar, professeur à l’Université catholique de Lille qui a été auditionné dans le cadre du rapport Vaillant, rappelle que «si on sait potentialiser la concentration de THC, on n’est pas encore capable de produire avec un niveau de THC fiable à 100%». En d’autres termes, on ne maîtrise pas la teneur en THC du cannabis comme on maîtrise celle en alcool des boissons alcoolisées.
Il est également possible de produire du cannabis légal et de bonne qualité en intérieur, notamment dans le cadre de la production de cannabis thérapeutique. Au Canada, l’entreprise privée qui fournit le ministère de la Santé, et qui produisait en 2005 420 kg de cannabis, fait pousser la plante en sous-sol.
Distribution
Autre objectif d’une légalisation: en finir avec le deal dans les cages d’escalier ou chez le dealer. Dans le scénario proposé par Daniel Vaillant, l’Etat contrôlerait la distribution du produit dans deux types d’établissements dédiés. Un premier qui ressemblerait aux tabacs actuels, et qui serait consacré uniquement à la vente. Le second, des «cannabistrots équipés de fumoirs, pour que les jeunes ne fument pas dans les cages d'escalier» qui permettraient l’achat et la consommation sur place, à l’image des coffee shop néerlandais, et où la vente d’alcool serait strictement interdite.
La légalisation de la production permettrait d’éviter la principale contradiction du système néerlandais, où les coffee shop ont le droit de vendre du cannabis à leurs clients, mais n’ont pas le droit d’en acheter. Cela entraîne une situation où les distributeurs que sont les coffee shop achètent leur stock à des producteurs illégaux, et courent le risque d’être utilisés comme de simples points de vente par ces derniers.
Les «cannabistrots» à la française seraient donc des coffee shop qui se procureraient leurs stocks de cannabis légalement par l’intermédiaire d’une Seita du cannabis, un organisme qui gèrerait le monopole d’Etat sur la production et la commercialisation du produit comme c’est le cas avec le tabac.
Economie
En contrôlant la production et la distribution du cannabis, Daniel Vaillant entend dans son rapport «protéger l’ordre public par l’éradication du trafic», mais aussi «renforcer le monopole fiscal de l’Etat». L’idée est simple: s’il est possible d’acheter légalement du cannabis, les consommateurs vont délaisser les filières illégales qui monopolisent actuellement le marché, et même remplir les caisses de l’Etat en payant des impôts sur le produit.
Mais ce mécanisme dépend d’un facteur inhérent à tout marché de l’offre et de la demande: le prix. A combien l’Etat va-t-il vendre le gramme de cannabis, et à quelle hauteur va-t-il le taxer? L’enjeu de la question est de taille, explique Christian Ben Lakhdar:
«S’il est vendu trop cher, beaucoup de consommateurs préfèreront prendre le risque d’acheter du cannabis “illégal” à moindre coût, et le marché noir perdurera. S’il est vendu à un prix trop bas, on peut s’attendre à une augmentation du nombre de consommateurs.»
De même, si la concentration en THC du cannabis légal ne dépasse pas 7%, les consommateurs à la recherche de produits plus puissants iront vers le marché noir.
Une étude américaine des économistes de la RAND Corporation publiée en 2010 estimait ainsi que la légalisation de la production et de la distribution du cannabis en Californie, Etat où le produit est actuellement disponible légalement à des fins thérapeutiques, pourrait rapporter jusqu’à 1 milliard de dollars en taxes, mais ferait chuter son prix de 80%, entraînant inévitablement une hausse importante de la consommation.
Grégoire Fleurot
Mis à jour le 20/10/2011 à 10h12















































Les jeunes sont pour la légalisation, mais ils sont abstentionnistes...
Ce qui est extraordinaire, c'est le nombre de gens qui se sentent investis de la mission de décider de ce qui est bon ou mauvais pour leur voisin... Parmi ces farouches opposants, combien ne conduisent-ils pas leur voiture sous l'emprise de l'alcool, ou en bavardant sur leur portable ?
Votre lien internet sur les dangers pour la santé renvoie sur un article assez pondéré, qui illustre bien le caractère toujours contradictoire des études scientifiques... Ce qui m'a plu, c'est qu'on y torde le cou à "la théorie de l'escalade" et que l'on y rappelle que le principal danger du cannabis, c'est de le mélanger avec le tabac...
Avant la folie prohibitionniste qui ne date que du XXème siècle le chanvre récréatif était vendu comme l'alcool, le tabac et les autres épices dans les magasins d'alimentation, tandis qu'on trouvait le chanvre à usage médical chez l'herboriste.
Si on n'a aucune imagination, le plus simple est de revenir à la situation telle qu'elle était avant la prohibition.
Si on a de l'imagination on peut essayer de proposer autre chose, bien sûr, mais cela ne doit en aucun cas retarder l'indispensable abrogation de toutes les lois de prohibition.
Comme vous le faites remarquer l'industrie cannabique en Hollande est bancale, la vente au détail étant autorisé, mais l’approvisionnement des coffeeshops étant toujours illégale. Il est cependant important de rappeler que les Pays-Bas ont tenté par le passé de régler ce problème mais ont dus retirer leur projet sous les pressions insistantes de la communauté internationale et plus particulièrement celles des États-Unis, de la France et la Suède. Car le problème en Hollande n'est pas leur politique envers les drogues, mais bel et bien celles de leurs voisins Européens. C'est aussi pour cela que le gouvernement essaye à présent d'interdire l’accès des coffeeshops aux touristes, car aucun pays frontalier ne tolère la vente de cannabis, même au détail.
Si vous regardez plus au sud, toujours en Europe, le Portugal continue de prouver que la dépénalisation des substances stupéfiantes n'entraine aucun hausse de consommation, mais réduit significativement les risques pour les usagers.
Le fait est que la France de par ses lois répressives et la propagande qui les entourent a vue sa population considérer le cannabis comme une plante dangereuse. Sans lui pourtant la société actuelle ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui. Sans ses fibres qui ont permis au voiliers de traverser l'Atlantique la découverte des Amériques aurait pris bien plus de temps. Sans ses graines riches en vitamines, AGE et Omega, la population d'Australie aurait pu voir la famine détruire une nation entière. Et sans son effet qui inspire certains, le monde musical actuel serait bien moins dynamique.
Plutôt de se demander pourquoi légaliser le cannabis, il faudrait se demander pourquoi ne pas le faire? La population se rendrait ainsi compte que les seules raisons qui s'y opposent sont d'ordre économique, pour protéger les intérêts de plusieurs industries en compétition et principalement l'industrie pétrolière.
La France pourrait retrouver son statut de référence sur la scène internationale en prenant une décision qui permettrai de réintroduire le chanvre comme une culture essentielle à la survie de l'humanité et la protection de la planète. Brisons le tabou!
Si le seul problème du cannabis est son utilisation comme drogue, la prohibition vaut-elle mieux que tout les avantages écologique que le cannabis a à offrir?
Le jour ou la cannabis sera légalisé en France, les poules auront des dents...
La question de base, c'est : dans quelle mesure avons-nous le droit ou le devoir d'intervenir dans la vie privée de notre voisin ?
Je suis végétarien, mais mon voisin mange de la viande : du bœuf, du porc ou de l'agneau, en quoi cela me regarde-t-il ? Je bois du thé, lui du café ! Plus intéressante est la question de la cigarette et du tabac : des lois très strictes ont été édictées : il a le droit de fumer, mais il est hors de question que je risque moi aussi d'attraper un cancer du poumon avec la fumée qu'il produit...
Un dernier exemple : nous avons comparé nos habitudes culinaires : il apprécie les bières brunes d'abbaye et moi la bière blonde...sans alcool ! Mais surtout, il semble qu'il mange très gras : frites à tous les repas (il est d'origine belge) beurre et chocolat : je crains qu'il ne meure prématurément d'un infarctus : en conscience, dois-je intervenir et que faire ?
Ah, oui, j'y pense : d'après les bruits que j'entends à travers la cloison, je pense qu'il regarde des vidéos X, et aussi je sais qu'il élève des mygales et des serpents... mais j'avais promis d'être bref : venons en donc au point qui nous préoccupe : moi, je cultive des géraniums sur mon balcon, mais j'ai l'impression que lui, il cultive du cannabis dans son appartement!!!
D'ailleurs, les compteurs électriques sont sur le palier, et sa consommation me parait suspecte... Bien entendu, il doit "fumer sa production" et tout en vous parlant, je suis en train d'écrire une lettre de dénonciation anonyme à la Gendarmerie Nationale...
Cependant, il se pourrait, malheureusement, que d'ici quelques temps, le gouvernement décide de réassigner les "forces de l'ordre" vers d'autres tâches plus urgentes..
La légalisation prophylactique permet de légaliser la drogue sans être un signal favorable à sa consommation.
C'est le seul moyen politiquement correct de légaliser la drogue, y-compris l'alcool.
La consommation de drogue n'est pas recommandable, puisqu'elle restreint la liberté individuelle de qui en consomme, en le rendant dépendant.
La prophylaxie étant l'ensemble des moyens propres à prévenir l'apparition, la propagation et l'aggravation des maladies, et la dépendance à la drogue étant une maladie, alors la légalisation prophylactique ne peut pas être un signal favorable à la consommation de drogue, puisque le meilleur moyen de ne pas devenir dépendant d'une drogue, c'est de ne pas en consommer.
Le meilleur usage que l'on puisse faire d'une drogue est de ne pas en consommer, et le plus mauvais usage que l'on puisse faire d'une drogue est de la prohiber.
Cependant, ayant travaille plusieurs annees avec les associations anti-prohibitionnistes, il y a certains parametres qui echappent aux personnalites politiques qui ont favorisees le debat.
Il est evident que surtaxer le Cannabis laisserai une belle part aux trafics (comme c'est le cas avec le tabac de contrebande).
Mais affirmer qu'en cas de legalisation avec un prix attractif augmenterait sa consommation, cette retorique reste une ineptie facilement contredite dans les faits !
Tous les pays qui ont legalises ont constates une legere augmentation de la consommation, mais apres quelques mois, c'est l'effet inverse qui se produit.
Cette preuve est demontree au Portugal et en Hollande, il est evident que cet argumentaire fonde sur la crainte de l'acrossement de consommation est entretenu par les politiques repressives qui ne souhaitent pas perdre la "poule aux oeuf d'or" securitaire de la droite qui detient un marche d'equipementiers en ce domaine.
La legalisation ne viendra pas d'une decision politique, elle est deja de mise par les millions de consommateurs Francais qui cultivent cette plante a domicile et refusent legitimement d'en etres incrimines.
En dehors des gesticulations politiciennes de nettoyage de quartiers de banlieues, la seule chose que les trafiquants redoutent le plus, c'est une legalisation controlee par l'etat !
Alors, l'intelligence l'emportera sur l'odscurentisme des partisans de la prohibition.