Sports

Tennis: petite histoire des 6-0

Yannick Cochennec, mis à jour le 22.06.2011 à 9 h 38

Habituellement, on s'intéresse aux matchs les plus longs. Mais il y a un autre type de record: les rencontres les moins disputées de l'histoire.

Lors du match Mahut-Isnner à Wimbledon en 2010, REUTERS/Suzanne Plunkett

Lors du match Mahut-Isnner à Wimbledon en 2010, REUTERS/Suzanne Plunkett

Mise à jour 22/06/11: Comme on pouvait s'y attendre, le match Isner-Mahut s'est terminé beaucoup plus vite que la rencontre historique de 2010. Pas de revanche pour le Français, l'Américain s'est imposé 7/6; 6/2; 7/6 en 2h03. Nous republions l'article de Yannick Cochennec, écrit avant le match, et qui s'intéressait aux matchs les moins disputés.

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Quelles étaient les chances pour que Nicolas Mahut et John Isner se retrouvent opposés deux années de suite au premier tour du tournoi de Wimbledon? Beaucoup de pourcentages ont circulé sur la Toile à l’annonce de ce coup du sort. Gilbert Ysern, directeur du tournoi de Roland-Garros, ancien juge arbitre des Internationaux de France et ex professeur de mathématiques, est arrivé à la conclusion que l’éventualité d’un tel remake, à douze mois d’intervalle, était de 0,0109%.

Quelles sont désormais les probabilités que ce match, qui avait duré 11h05 en 2010 et était devenu le plus long match de l’histoire du jeu, batte ce record de durée? Je dirais autant qu’il y a de chances que cette rencontre se termine, cette fois, par un 6-0, 6-0, 6-0 aussi rapide qu’une éclaircie dans le ciel souvent gris de Wimbledon.

Ne nous prenons pas la tête là-dessus et, à l’occasion de cette nouvelle confrontation entre Mahut et Isner, amusons-nous plutôt à prendre le problème à l’envers en nous s’intéressant aux duels les moins disputés des épreuves du Grand Chelem: ceux qui se terminent, chez les hommes, par un infâmant triple 6-0 et chez les femmes par un cuisant 6-0, 6-0.

18 jeux?

Contrairement à 2010, où ils ont accumulé un total de 183 jeux (6-4, 3-6, 6-7, 7-6, 70-68), Mahut et Isner pourraient, en effet, se contenter, mardi 21 juin (weather permitting, selon la formule utilisée à Wimbledon), de disputer 18 jeux, le plus petit nombre possible en Grand Chelem en excluant, évidemment, les parties abrégées par des abandons sur blessures.

Dans l’ère open, depuis 1968, combien, croyez-vous, qu’il y a eu, dans les tournois majeurs, de «triple bagels», comme on dit dans les pays anglo-saxons pour qualifier les défaites sur le score de 6-0, 6-0, 6-0? Seulement cinq et à chaque fois lors des tours initiaux:

  • Nicky Spear (Yougoslavie) b. Daniel Contet (France) 6-0, 6-0, 6-0 Roland Garros 1968
  • Karel Novacek (Tchécoslovaquie) b. Eduardo Bengoechea 6-0, 6-0, 6-0 (Argentine) Roland Garros 1987
  • Stefan Edberg (Suède) b. Stefan Eriksson (Suède) 6-0, 6-0, 6-0 Wimbledon 1987
  • Ivan Lendl (Tchécoslovaquie) b. Barry Moir (Afrique du Sud), 6-0, 6-0, 6-0 US Open 1987
  • Sergi Bruguera (Espagne) b. Thierry Champion (France) 6-0, 6-0, 6-0 Roland Garros 1993

Cette petite catastrophe est rarissime, on le voit, sachant que l’année 1987, avec trois cas pour elle seule, s’est particulièrement illustrée. Avec désarroi, il faut bien aussi constater que le tennis français, avec deux joueurs laminés de la sorte, a payé cher son tribut à cette drôle de gloire. A ce jour, Thierry Champion reste donc le dernier à avoir grillé aux enfers, il y a 18 ans. Et ce n’était pas n’importe où puisque l’Espagnol Sergi Bruguera, qui allait remporter les Internationaux de France quelques jours plus tard, le découpa en tranches dans le cadre majestueux du central de Roland-Garros.

Un clown

Ce match du deuxième tour dura exactement 60 minutes, laps de temps pendant lequel Champion grappilla 28 points et obtint seulement quatre balles de jeu… dans le 18e et dernier jeu. Il déclara à l’époque en expliquant son cauchemar:

«J’avais l’impression que je ne pouvait plus frapper et que la balle pesait trois tonnes. Je n’avais qu’une envie, c’était sortir du court. (…) Pour les gens, j’étais un pantin, un clown, je n’étais plus un joueur de tennis, c’est terrible

Le pire, c’est que quelques heures plus tôt, sur ce même central de Roland-Garros, juste avant Bruguera-Champion, l’Espagnole Arantxa Sanchez avait anéanti la Japonaise Naoko Sawamatsu sur le score de… 6-0, 6-0 –heureux possesseurs d’un billet ce jour-là! Thierry Champion raconta:

«Je regardais l’évolution du score dans les vestiaires et je me disais qu’il y avait une très grande différence de niveau entre les filles. Mais de là à imaginer que j’allais subir la même correction.»

Les doubles 6-0 sur le circuit féminin sont évidemment plus fréquents dans la mesure où, CQFD, il est plus facile de coller deux 6/0 que trois et où il est admis que les différences de niveau entre les femmes sont plus grandes que chez les hommes. Depuis 1981, soit 30 ans, ce cas de figure s’est présenté… à 117 reprises dans un tournoi féminin du Grand Chelem, dont une fois… en finale, à Roland-Garros, en 1988, où l’Allemande Steffi Graf avait exterminé la Biélorusse (alors Soviétique) Natasha Zvereva en 34 minutes et en cédant 13 misérables points. Sacrée finale heureusement interrompue par la pluie pendant une heure, histoire de prolonger le «suspense» pour les malheureux détenteurs de billets. Ce n’était pas, cependant, la première finale du Grand Chelem qui s’achevait de cette manière brutale. En 1911, en finale de Wimbledon, l’Anglaise Dorothea Chambers n’avait eu aucune pitié pour sa compatriote Dora Boothby, châtiée 6-0, 6-0 en 25 minutes chrono.

Les boules Quies de Tanvier

Roland-Garros eut encore beaucoup de chance en 1984 avec une demi-finale que l’on pouvait donc qualifier de «nulle» à tous points de vue entre les deux Américaines Chris Evert, la gagnante, et Camille Benjamin, la victime. N’oublions pas non plus en visitant ce petit musée des horreurs le 6-0, 6-0 infligé par Martina Navratilova à la Française Catherine Tanvier, en 1985, toujours sur le central de Roland-Garros, au 3e tour. Apeurée à l’idée d’affronter Navratilova et ce central impressionnant, la Française avait joué la rencontre… avec des boules Quies pour s’isoler de cette double pression. Elle n’avait non seulement rien entendu, mais rien vu non plus au cours de ce match en quittant le court «à bicyclette».

Chez les filles, il est amusant de remarquer que les bourreaux peuvent aussi devenir les victimes. En 2009, la Russe Dinara Safina domina 6-0, 6-0 la Britannique Anne Keothavong à Roland-Garros, avant d’être à son tour punie de la même façon par la Belge Kim Clijsters lors du dernier Open d’Australie –qu’une ancienne n°1 mondiale écrase une autre ancienne n°1 mondiale sur ce score soulève également son lot d’interrogations sur le tennis féminin, mais ce n’est pas le sujet ici.

A l’image de ce site Internet qui propose différents types de paris sur le choc Isner-Mahut, vous pouvez aussi vous amuser sur l’issue du score de cette partie tant attendue en 2011. Mais un conseil, toutefois: ne vous risquez pas à trop parier d’argent sur un éventuel triple 6-0 même si c’est «possible». Parmi les joueurs répertoriés dans le Top 50 du classement ATP, Isner est, en effet, le 5e serveur le plus efficace, mais le «pire» (50e) relanceur. Ce qui signifie qu’il gagne ses jeux de service (dans 88% des cas selon les statistiques), mais qu’il a de très grosses difficultés à faire le break. Donc, en principe, «zéro» chance pour un 6-0, 6-0, 6-0…

Yannick Cochennec

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (575 articles)
Journaliste
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