Sports

Cesse-t-on d'être fan de sport?

Yannick Cochennec, mis à jour le 17.06.2011 à 17 h 59

Malgré les scandales, la violence, le racisme ou encore le dopage, les fans de sport restent toujours aussi nombreux.

Pendant le Tour de france 2010, REUTERS/Jacky Naegelen

Pendant le Tour de france 2010, REUTERS/Jacky Naegelen

Samedi 18 juin, la Fédération française de football (FFF) élit son nouveau président dont beaucoup d’observateurs anticipent qu’il s’agira de l’actuel tenant du titre, Fernand Duchaussoy. A cette occasion, le football français fête aussi un anniversaire: celui du fiasco des bleus symbolisé par la célèbre Une de l’Equipe du samedi 19 juin 2010 mettant en exergue des prétendus mots crus attribués à Nicolas Anelka à l’adresse de Raymond Domenech dans le vestiaire de France-Mexique. Un an a donc passé pour le sport national qui ne s’est pas franchement refait une réputation dans l’intervalle à l’image du récent «scandale» lié aux révélations de Mediapart chargeant une barque déjà lourde.

Malgré ses déconvenues successives, le football n’a pourtant pas vraiment fléchi au niveau de ses audiences télévisuelles comme il est aisé de parier que des millions de personnes continueront de s’agglutiner devant les écrans ou au bord des routes lors des trois premières semaines de juillet quand passera la caravane des cyclistes du Tour de France avec au départ, dans la peau du favori, l’Espagnol Alberto Contador en dépit d’un contrôle positif lors de la précédente édition. Il semble que le dopage n’aura jamais raison de l’intérêt du Tour de France, n’en déplaise à ceux qui, chaque année, espèrent que la Grande Boucle la bouclera enfin pour de bon.

Il serait facile de multiplier ainsi les exemples de désenchantement liés à tous les sports professionnels entre dopages, tricheries, violences et délires financiers, aucune discipline n’étant épargnée. La formidable ville de Vancouver, souvent citée comme l’un des endroits au monde où il fait si bon vivre, vient de connaître une nuit d’émeutes consécutives à la défaite de l’équipe locale de hockey sur glace en finale de la Stanley Cup.

Un point de non retour?

Et pourtant, donc, le bataillon des fans de sport résiste, vaille que vaille, et continue même à recruter des flots de nouveaux aficionados à travers le monde. Mais à partir du moment où on l’est devenu, y a-t-il un jour où l’on cesse d’être un fan de sport? Déserte-t-on un tel camp?

C’est la question que je me suis posée en me disputant avec un ami, indéfectible supporter de l’Olympique de Marseille. A 39 ans, sain de corps et d’esprit, ayant fait de bonnes études et bénéficiant d’une bonne situation, il continue de suivre, chez lui, les matchs de son équipes favorite cintré dans le maillot de ses héros qu’il revêt comme une aube. Quand il parle de l’Olympique de Marseille, il dit «nous»: «nous avons gagné», «nous avons été volés par l’arbitre», «nous sommes les meilleurs»… Pour lui, Bernard Tapie reste un guide éternellement regretté et il se rend au stade Vélodrome comme il irait communier à l’église. J’ai probablement dépassé les bornes de la moquerie le jour du sacre de Lille. Depuis, c’est silence radio. Dans son cas, l’OM, c’est à la vie, à la mort. Ne plaisantez jamais avec un fan de l’OM!

Je sais que quel que soit son âge, le fan de sport n’a généralement aucun humour sauf quand il s’exerce aux dépens de l’adversaire. J’ai connu personnellement cet état sectaire que j’ai déjà décrit ici. La récente finale NBA entre les Dallas Mavericks et les Miami Heat a déchaîné les passions et s’est terminée en enfer pour les Floridiens dont l’échec a suscité des plaisanteries par vagues entières qui ont déferlé sur la tête des Heat à commencer par celle de LeBron James, victime de «haters» très en verve, ravis de se payer sa tête. Mais je dois constater que je ne suis plus fan de sport car je ne suis plus capable de m’impliquer émotionnellement dans le moindre événement sportif.

Ne pas se poser de questions

Quand ai-je cessé de l’être? Certainement pas en devenant journaliste sportif -j’ai eu mes excès, parfois, dans l’exercice de mes fonctions- mais j’ai dû égarer quelque chose en chemin alors que certains de mes confrères continuent d’exercer leur profession vent debout avec une sorte de fraîcheur parfois juvénile (ou effrayante). Je regarde le sport différemment, avec une distance froide, souvent coupable.

Je manque de m’étouffer souvent à la vue des Unes emphatiques de L’Equipe. «Sensationnel!» et «Fantastique» sont deux accroches qui m’ont paru, par exemple, dénuées de sens au cours des dix derniers jours, mais il est probable que des fans de Tsonga (sensationnel), vainqueur de Nadal à Londres, et d’Audi (fantastique), vainqueur des 24h du Mans, n’ont rien trouvé à y redire –et peut-être avaient-ils raison. Peut-on s’intéresser au sport sans en faire des tonnes?

On devient probablement fan pour combler une sorte de vide affectif, pour s’identifier à un idéal, pour faire partie d’une collectivité ou pour sublimer un manque de confiance en soi, comme le raconte avec humour l’anglais Nick Hornby, obsédé par l’équipe d’Arsenal, dans son livre autobiographique Carton jaune. Et un fan de sport défendra toujours sa cause jusqu’au bout question de loyauté quels que soient les échecs de son(es) préféré(s).

Le quarteron de supporters de l’AS Monaco, qui avaient déjà du mal à mettre de l’ambiance au Stade Louis II au temps où l’équipe disputait la finale de la Champions League, sera probablement le même que celui qui s’apprête à encourager la même équipe dans la torpeur de la Ligue 2. Plus que les autres, le fan de sport peut y laisser son argent, son temps et aussi sa dignité comme ceux des Canucks de Vancouver qui n’avaient plus disputé la finale de la Stanley Cup depuis 1994 et n’ont pas supporté le fait de devoir attendre encore plus longtemps pour décrocher une première victoire.

En musique, il n’y a personne pour arbitrer quel groupe est meilleur qu’un autre. Rien ne le mesure. En sport, il y a toujours un vainqueur à la fin, c’est la dure règle du jeu à laquelle doit se confronter le fan. Reste à croire en la sincérité du vainqueur. C’est sans doute là que le bât blesse, que l’on regarde gagner un président de la FFF ou un vainqueur du Tour de France, si l’on a commencé à perdre du temps, comme moi, à se poser des questions sur le sport. Or un vrai fan de sport ne doit jamais se poser la moindre question ou faire de la philosophie. Un fan de sport a toujours raison contre les faits.

Yannick Cochennec

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Journaliste
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