Vive la crise!
Contrairement à ce que pensent les politiques, les périodes d'instabilité sont de très bons moments pour oser les réformes.
- Des Indignados s'embrassent, Puerta del Sol, à Madrid, le 13 juin 2011. REUTERS/Susana Vera -
Les dirigeants politiques européens regardent avec effroi ce qui se passe en Grèce, au Portugal, en Irlande et en Espagne. Les manifestations de colère contre l'austérité et les «réformes» imposées par Bruxelles ou le FMI débouchent, à chaque élection, sur une éviction du pouvoir.
Fin février, les électeurs irlandais ont infligé au parti centriste Fianna Fail une très sévère défaite. Dimanche 5 juin, au Portugal, le Premier ministre socialiste, en place depuis 2005, et qui n'avait pas démérité, a été remercié sèchement. En Espagne, le mouvement des Indignés a rencontré un succès populaire, lourd de conséquences pour les futures échéances. En Grèce, le gouvernement du socialiste Georges Papandréou affronte les manifestants et cherche le salut dans une coalition avec la droite.
La peur de bouger
Partout, les peuples, justes ou injustes, sanctionnent les dirigeants. Comme la crise est loin d'être achevée, les politiques tremblent.
Car les dirigeants des autres pays ne sont pas à l'abri. Ils sont aussi confrontés au besoin de réformes et à l'austérité. A cause de la crise, à cause bien plus largement de la mondialisation et des évolutions démographiques et technologiques.
Partout, il faut imposer des choix difficiles aux opinions publiques: ouvrir à la concurrence, libéraliser le code du travail, retarder la retraite, diminuer le nombre de fonctionnaires...
Et partout les hommes et femmes politiques s'inquiètent de voir ces potions affaiblir leurs chances de réélection. Tous renâclent et cherchent des prétextes pour remettre au lendemain. Parfois, les plus couards arrivent à se convaincre eux-mêmes que l'immobilisme est, somme toute, la voie de la sagesse: les Mémoires de Jacques Chirac en sont une démonstration ahurissante!
L'immobiliste le plus honnête reste Jean-Claude Juncker, qui a théorisé la trouille politique des dirigeants européens en déclarant:
«Nous savons tous ce qu'il faut faire. Ce que nous ne savons pas, c'est comment être réélus si nous le faisons.»
Phrase mémorable...
Eh bien, c'est faux! L'idée que les réformes ont un coût électoral et qu'il faut en conséquence les mener avec parcimonie pour être réélu, est démentie par l'histoire récente. Deux perfides économistes, Alessandra Bonfiglioli et Gino Gancia, ont examiné les réformes et les votes dans 20 pays de l'OCDE entre 1975 et 2000, pour conclure qu'elles n'avaient pas d'incidence sur le résultat électoral (Why are reforms so politically difficult?).
Ne mollissez pas!
Les auteurs avancent que les électeurs ne sont pas des idiots qui se font berner par les atermoiements des gouvernements. L'esquive, la ruse, la fausse réforme ne passent pas inaperçues et ne donnent aucune prime à leur auteur. La réforme est, ou pas, sanctionnée mais l'absence de réforme tout autant. Jean-Claude Junker a tort. Bonne nouvelle pour la démocratie!
Ce résultat démonétise tous les discours des hésitants sur l'«acceptabilité» des réformes et plus encore, pour ce qui concerne notre pays, sur «une France irréformable».
En outre, et c'est le deuxième enseignement des auteurs: les moments de crise sont des opportunités à saisir. Si le «coût» des réformes est faible, il l'est encore plus dans les moments d'«instabilité». Les auteurs, décidément malins, en donnent la froide raison: dans les crises, la réélection d'un dirigeant dépend plus de la chance que de son action, le voilà soulagé de sa peur et libre d'agir. Ne regardez pas les votes irlandais et portugais et ne mollissez pas! Vive la crise!
Tout ça pour dire que la crise des dettes souveraines doit conduire au courage de la réforme en Europe. Voilà un an et demi que la crise grecque dure, les gouvernements sont toujours en retard sur les doutes des marchés. Ils discutent aujourd'hui de savoir comment restructurer la dette d'Athènes sans le dire.
Mais l'économiste américain Nouriel Roubini a déjà chargé le fusil des marchés avec la prochaine balle: cela ne suffira pas. La monnaie unique impose une politique commune. Jean-Claude Trichet l'a dit aussi. La direction fédérale est incontournable.
Il faut le dire franchement aux peuples: la zone euro ne tiendra que si, au-delà de l'austérité, on aide financièrement les Grecs à retrouver une croissance, que si l'on se dote d'un budget commun nettement plus vaste, et que si on donne à la zone euro tout ce qu'il lui faut, fiscalement et économiquement, pour être durablement crédible. C'est le moment.
Eric Le Boucher
Chronique également parue dans Les Echos
Mis à jour le 18/06/2011 à 9h45














































pour une fois, je suis d'accord avec vous, l'europe ne s'en sortira pas si elle n'agit pas de façon unie. Donc celà implique une politique économique au niveau européen, pour soutenir notre monnaie commune, et donc in fine notre système économique commun.
Mais dans un espace démocratique, la politique doit être faite par le peuple et pour le peuple. En l’occurrence, la gouvernance européenne en est encore loin. Certes nous avons des députés européens, mais une grande partie des décisions sont prises par la commission européenne, qui n'est pas élue ni n'a reçu de mandat des peuples européens. Le président de l’Europe a moins de pouvoir que la reine d’Angleterre et jamais au grand jamais les dirigeants européens ne doivent rendre des comptes aux peuples qu'ils dirigent. Les rares fois où on a demandé l'avis des dits peuples lors de la mise en place de la "constitution" européenne, les dirigeants européens de l'époque ont fait revoter les peuples récalcitrants jusqu'à ce qu'ils votent comme on leur avait gentiment demandé.
Donc mettre en place une politique fédérale sans contrôle démocratique fédéral risque fort d'être perçu et sans doute à raison comme un diktat d'eurocrates déconnectés des peuples qu'ils dirigent, déroulant le tapis rouge à tous les partis d'extrême droite réclamant le retour à la souveraineté nationale.
une politique économique fédérale, oui, mais assorti d'un système démocratique fédéral sinon c'est la fin de l'Europe unie.
Avec des effets très clairs et de plus en plus perceptibles dans la vie quotidienne de la plupart d'entre nous... Un appauvrissement délibéré et généralisé .
Et pour le bénéfice de qui ? Je voyais encore ce soir à la télé les liasses de billet retrouvés, cachés derrière des rayonnages de livres, dans la bibliothèque d'un dictateur déchu... Et la liste de ses biens immobiliers en France!
Le but est donc que l'euro garde une certaine valeur, que ces trésors ne deviennent de la monnaie de papier et des petites maisons en bois (ou en plastique) rouges ou vertes...un simple jeu de Monopoly planétaire.
Et pour cela, ce n'est pas très compliqué : dans les séries télévisées policières, le scénario repose toujours sur le couple du flic "gentil" et du "méchant"... En France, pour l'instant, c'est Sarko-Hollande .
Ce qui fait peur au petit monde qui nous gouverne, ce sont les mouvements de masse, les "indignés", mais la police est apparemment bien entrainée... Et puis, il y a l'hypothèse dramatique : que l'année prochaine les électeurs sortent du carcan UMP-PS...
En fait des négociations doivent déjà être en cours avec les "étoiles montantes" des sondages, mais il faudra peut-être encore un certain temps pour commencer à les faire "fléchir"...
Ce qui me rend optimiste, c'est la conviction qu'un modèle économique et politique aussi unanimement détesté et rejeté partout dans le monde, a très peu de chances de survie à long terme.
Pour paraphraser Versailles en 1789 : des Réformes ou une Révolte ? Non, monsieur Le Boucher, une Révolution !
Une articulation entre gouvernance centralisée, garante de l'équité entre les régions; et une nécessaire délégation locale dans l'exécution, plus proche des gens et gage d'efficacité.. Large initiative d'organisation territoriale,d'utilisation des budgets attribués, de législation de tout ce qui concernent la vie quotidienne des individus, aux anciens territoires nationaux. Oui je crois à l'utopie Européenne, basée sur nos valeurs de liberté d'entreprendre, d'opinion et de vivre "raisonnablement" comme bon nous semble... nos valeurs de solidarité et d'équité...
Il y a très clairement pour moi un étage de trop dans l'organisation politique et administrative : l'état nation.
Les "opinions publiques" on les appelles citoyens en démocratie. Et en principe, on ne va pas contre leur volonté en avançant des consensus contrefaits obtenus entre "gens biens" au coude à coude du diner du siècle ...
Mais ce sont là précisément les recettes qui sont appliquées depuis des années, et dont l'inefficacité et la nocivité sont maintenant amplement démontrées !
Les vrais choix difficiles qui sont indispensables pour éviter la ruine et renouer avec la croissance, et ceux à qui il faut les imposer, tout le monde les connaît.
Augmenter drastiquement les impôts directs, supprimer les niches fiscales, les bonus, les stock-option, nationaliser les services publics, embaucher les milliers de fonctionnaires qui manquent, restaurer l'assurance maladie et l'assurance vieillesse, cesser de socialiser les pertes et de privatiser les bénéfices !
Si les banques font faillite ce n'est pas grave, il n'y a aucune raison de tondre le contribuable pour sauver les fonds de pension.
Si les fonds de pension font faillite ce n'est pas grave, il ne fallait pas toucher à la retraite par répartition, et il est bien temps d'y revenir.
Par contre si on ponctionne encore un peu plus les plus démunis pour renflouer les fonds de pension victimes d'un défaut grec ou autre, après avoir démantelé la retraite par répartition, ceux qui n'ont jamais pu se payer de fonds de pension risquent bien de prendre les fourches !
"De quels fonds de pension parlez vous ? quelles banques françaises ont été renflouées ? On n'est pas sorti de l'auberge avec ces platitudes."
Je fais allusion à un article qui est paru ici même, sous la plume de Jacques Attali.
http://www.slate.fr/story/39103/attali-democratie-financiere
Vous découvrirez que si la Grèce fait faillite, les banques qui ont acheté de la dette grecque font faillite aussi, et donc ceux qui auront acheté des fonds de pension ou d'autres produits financiers à ces mêmes banques risquent de se retrouver au minimum vieillesse, comme de vulgaires chômeurs ou ouvriers !
Voilà pourquoi le contribuable (indirect, c'est à dire le contribuable le plus pauvre, en France les riches ne paient presque rien) est appelé à la rescousse de la Grèce.
Vous vous rendez compte, des bourgeois réduits au minimum vieillesse, obligés d'attendre jusqu'à 67 ans pour pouvoir y prétendre comme les ouvriers auxquels ils ont volés les retraites du régime général par répartition !
Impensable, n'est-ce pas ?