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Scandale sexuel: nom très commun, plutôt masculin, tout à fait pluriel

Amanda Marcotte, mis à jour le 20.06.2011 à 18 h 48

Pourquoi les femmes politiques déclenchent-elles moins de scandales sexuels?

Le torse du député Anthony Weiner

Le torse du député Anthony Weiner

Il semble que dans l’affaire Anthony Weiner [député démocrate américain qui a démissionné après avoir envoyé des photos osées de lui à des femmes de son entourage], nous soyons en fin de phase 1 du mode scandale sexuel (consistant en diverses manifestations d’indignation morale devant une perversion, accompagnées néanmoins de l’exigence de voir davantage de photos et d’avoir davantage de détails devant lesquels s’ébaubir), et que nous passions à la phase 2, dite phase John Gray [auteur de Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus], où l’on exploite l’affaire pour faire de grandes déclarations sur l’opposition totale entre l’homme et la femme, qui sont deux espèces différentes en fin de compte.

Ego masculin et servilité féminine

La forme que la phase 2 est en train de prendre à la lumière du scandale Weiner est la question: «Pourquoi les femmes ne déclenchent-elles pas de scandale sexuel?» ou au moins «Pourquoi la grande majorité des scandales sexuels implique-t-elle des hommes, alors qu’ils ne représentent que la moitié de l’humanité?»

Sheryl Gay Stolberg, du New York Times, réussit à ne pas tomber dans le piège du catalogue des spectaculaires différences entre les sexualités féminine et masculine (hélas, elle est bien la seule. Parmi les variations sur ce thème, on peut lire que les femmes de pouvoir ne sont pas sexy et que les femmes préfèrent le travail au cul). Mais elle remplace le stéréotype homme obsédé contre femme asexuée par un autre: l’homme dirigé par son ego contre la femme servile.

«Ce qu’il faut comprendre, c’est que les femmes se présentent à des postes électifs pour faire quelque chose, alors que les hommes le font pour être quelqu’un», interprète Debbie Walsh, directrice du Center for American Women and Politics de la Rutgers University. «Les femmes se présentent parce qu’elles se sentent concernées par un sujet d’intérêt public en particulier, qu’elles veulent apporter un changement, parce qu’un sujet leur semble être une priorité, et les hommes ont plutôt tendance à se présenter parce que c’est pour eux un moyen de faire carrière».

Une fausse dichotomie

Je ne doute pas une seconde qu’interrogés par des chercheurs et des journalistes, les hommes et les femmes n’avancent des motivations très éloignées. Mais à mes yeux, cela ne reflète pas une vraie différence dans ce que sont les hommes et les femmes, mais davantage dans la façon dont ils sont traités.

Les femmes savent pertinemment que le public a beaucoup moins d’indulgence pour une femme avec un gros ego que pour un homme, et par conséquent, elles se protègent en minimisant la place que prend leur amour propre. L’ironie est que l’une des raisons pour lesquelles les femmes endossent le rôle de l’altruiste désintéressée est pour préserver leur ego de la critique dont elles font l’objet quand elles donnent l’impression d’être ambitieuses.

Je dirais que le problème de la déclaration de Walsh est qu’elle crée une fausse dichotomie. J’imagine que la plupart des gens qui se présentent le font à la fois parce qu’ils veulent être quelqu’un, et parce que certains sujets leur tiennent à cœur. Les deux ne sont pas forcément incompatibles. Prenez Weiner, il est certainement ambitieux, mais je crois qu’il se soucie sincèrement des causes progressistes qu’il passe son temps à promouvoir à la télévision.

Attention aux stéréotypes «positifs»

Beaucoup des stéréotypes négatifs sur les femmes sont badigeonnés d’un vernis qui les faire paraître positifs pour que nous les avalions sans nous sentir insultées, voire que nous les appliquions aux autres.

Quand [la sénatrice] Kirsten Gillibrand raconte que les femmes politiques ne vont pas voir ailleurs parce qu’elles sont «dans les couches, les biberons, les projets de loi, les votes et les adoptions de propositions de loi», cela ressemble à une déclaration pro-femmes, mais quand on y regarde d’un peu plus près, elle ne fait que régurgiter les stéréotypes sociaux sur les femmes qui ne s’intéressent pas au sexe, ce qui expliquerait qu’elles ne lui accordent qu’une importance très modeste.

Et imaginer les femmes comme des croisées désintéressées est bien joli jusqu’à ce que l’on se souvienne que cette image de la femme qui vit pour les autres a été utilisée pendant des milliers d’années pour nous cantonner aux basses tâches mal rémunérées.

En réalité, les femmes ont toujours été tout à fait capables de risquer leur carrière et leur réputation pour le sexe. Je tiens à signaler que non seulement c’est vrai, mais que l’espèce humaine dans son intégralité existe notablement parce que depuis l’aube de l’humanité, les femmes ont accepté de risquer un accouchement souvent fatal pour une partie de jambes en l’air.

Peut-être la contraception et l’accouchement médicalisé nous l’ont-ils fait oublier. Le mot bâtard n’existe que parce que le sexe est capable de rendre les femmes idiotes.

S’il n’y a pas davantage de scandales sexuels impliquant des femmes en politique, c’est principalement parce qu’il n’y a pas autant de femmes que d’hommes dans ce domaine. La deuxième raison est que les conséquences sont plus graves pour les femmes si elles se font prendre, ce qui est susceptible de décourager les femmes à la sexualité plus agressive d’envisager une carrière politique, étant donné que l’infidèle moyenne a sans doute déjà commis deux-trois incartades bien avant d’avoir envisagé de se présenter à un poste électif.

Amanda Marcotte

Traduit par Bérengère Viennot

Amanda Marcotte
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