Sports

Tiger Woods sur les rotules

Yannick Cochennec, mis à jour le 16.06.2011 à 16 h 27

L'ancien numéro 1 mondial, forfait pour l'US Open, n'a rien gagné depuis 18 mois. Ses déboires physiques et conjugaux l'ont mis à l'écart des victoires. Dommage pour le sport.

Masters d'Augusta, en avril 2011. REUTERS/Mike Segar

Masters d'Augusta, en avril 2011. REUTERS/Mike Segar

Un seul golfeur vous manque et tout est dépeuplé. Telle pourrait être la complainte des passionnés de la petite balle blanche à l’heure où débute l’US Open, programmé du 16 au 19 juin. En effet, Tiger Woods ne sera pas au départ du deuxième tournoi du Grand Chelem de l’année qui se déroule, cette fois, au Congressional Country Club, situé à Bethesda, dans le Maryland.

Le 7 juin dernier, par le biais notamment de son compte Twitter, l’ancien n°1 mondial, retombé aujourd’hui à la 15e place, son pire rang depuis 1997, a annoncé officiellement son forfait en raison d’une blessure au genou gauche et à des douleurs au tendon d’Achille.

En dépit de son absence, Woods, âgé de 35 ans, fêtera pourtant un anniversaire à l’occasion de cet US Open qu’il n’avait jamais manqué depuis 1994. Voilà exactement trois ans qu’il n’a plus conquis le moindre tournoi majeur, son compteur restant désespérément bloqué à 14 titres du Grand Chelem depuis son triomphe, sur une jambe, à l’US Open en 2008.

Dans la carrière d’un champion aussi prodigieux, c’est une traversée du désert qui ressemble à celle du Sahara. Pour retrouver trace d’un trophée de Woods dans un tournoi traditionnel, il faut remonter à novembre 2009 et à l’Australian Masters, disputé à Melbourne, succès qui avait précédé de quelques jours le début du scandale lié à sa vie personnelle. Il n’a même plus rien grappillé sur le territoire américain depuis septembre 2009.

Déboires conjugaux, swing perdu et genou en carafe

Ses déboires conjugaux, médiatisés à l’extrême et dont on peut imaginer qu’ils l’ont profondément humilié, ne sont pas la seule cause de ses ennuis rencontrés sur les parcours de golf. Depuis 1994, son genou gauche a été une source constante de problèmes et a nécessité quatre opérations soulignant une véritable fragilité physique si bien que certains observateurs se demandent si Tiger n’est pas condamné à être l’ombre de l’immense golfeur qu’il a été.

Techniquement, il s’est mis aussi à ferrailler avec ses fondamentaux. Pendant de longs mois, après son retour à la compétition lors du Masters 2010 dans le sillage du purgatoire de son «sex scandal», son swing s’est perdu dans la nature.

Puis à force de s’être concentré sur cette partie «faible» de son jeu en compagnie d’un nouvel entraîneur, Sean Foley, il a fini par voir son putting se dérégler comme, début avril, lors du dernier Masters qu’il a pourtant terminé à une honorable 4e place.

Depuis, il n’a plus joué que neuf trous en compétition, à Ponte Vedra Beach, épreuve au cours de laquelle il fut contraint à l’abandon en plein premier tour à cause de son genou récalcitrant.

En fait, tout va mal dans l’existence de celui qui a passé 623 semaines aux commandes du golf mondial. Avec un divorce à la clé, sa vie personnelle a volé en éclats et on se demande même s’il lui est possible d’en avoir une, compte tenu de la surveillance dont il fait désormais l’objet. Son jeu est en morceaux, comme son physique qui donne des signes évidents de fatigue. Il est en passe de quitter IMG, l’agence qui représentait ses intérêts depuis 15 ans, pour suivre Mark Steinberg, l’homme qui le représentait à l’année au sein d’IMG. 

Le golf est orphelin

Autre nouvelle inquiétante: Steve Williams, son caddie néo-zélandais au côté duquel il a remporté 13 de ses 14 tournois du Grand Chelem, a bénéficié d’un étonnant bon de sortie de son «patron» pour faire équipe, lors de cet US Open, avec l’Australien Adam Scott comme s’il fallait se préparer à une longue mise en quarantaine du Tigre. Etrange décision prise à un mois seulement du British Open, troisième majeur de l’année, que Woods a peut-être déjà rayé de son calendrier comme le reste de la saison.

Le golf est orphelin de Tiger Woods et il faut bien avouer que cet US Open n’aura pas la même saveur sans le seul joueur capable de réveiller soudain une audience, qu’elle soit constituée de spectateurs agglutinés sur un parcours ou faite de téléspectateurs rivés devant leur écran. Souvenons-nous du dimanche du dernier Masters et de son final asphyxiant engendré par le seul Woods qui, l’espace d’une demi-heure, retrouva brusquement toute sa brillance pour apparaître pendant quelques minutes comme un vainqueur potentiel.

Même si la célèbre veste verte tomba sur les épaules du Sud-africain Charl Schwartzel, elle n’aurait pas eu un aussi joli lustre si Tiger Woods ne l’avait pas convoitée avec autant d’énergie. Et qu’a-t-on conservé en mémoire de ce Masters, si ce n’est aussi l’hallucinante interview que la star donna à un journaliste de CBS une fois terminé son quatrième et dernier tour. Un moment d’anthologie de froideur et d’antipathie tant Woods s’ingénia à se montrer désagréable.

Car c’est également pour cette raison qu’on aime Tiger Woods et qu’il manque à tous, à commencer par ses détracteurs les plus zélés qui n’ont plus la moindre leçon de morale à lui faire. Woods a cette capacité, très rare, à jouer en même temps le rôle du bon et du méchant si bien qu’il ne laisse jamais indifférent. Il peut être grossier sur un parcours et afficher son hostilité vis-à-vis de journalistes qui peinent à l’approcher.

On ne lui demande pas d'être sympa

Mais après tout, qu’est-ce qu’on s’en fiche! Généralement, ce sont les mêmes qui s’en prennent à Serena Williams, parce qu’elle disjoncte lors d’une demi-finale de l’US Open ou parce qu’elle est généralement imbuvable face à la presse. Mais quand elle n’est pas là, comme ce fut le cas lors de l’année écoulée en raison d’une grave blessure au pied et d’une alerte pulmonaire, elle manque à tous les observateurs étourdis d’ennui par des « remplaçantes » tragiquement fades.

Comme je l’ai déjà dit ici, un champion n’a pas être un modèle. Seul importe ce qu’il est capable de réaliser et d’engendrer sur son terrain de jeu de prédilection. Club en main, personne n’est en mesure aujourd’hui de rivaliser avec Woods sur bien des points. Alors qu’il était envisageable de le voir très vite battre le record historique de Jack Nicklaus et de ses 18 titres du Grand Chelem, il n’est pas interdit de croire que la marche est désormais trop haute pour quelqu’un qui claudique actuellement appuyé sur des béquilles.

Certains, les plus conservateurs du jeu, s’en réjouiront peut-être. Le golf, et le sport en général, a, lui, beaucoup à regretter avec cette mise à l’écart prolongée d’un joueur de cette dimension lors d’années qui auraient dû être les plus fécondes pour lui et les plus extraordinaires pour les témoins que nous sommes.

Yannick Cochennec

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