Humain, plus qu'humain
Après s’être débarrassé de Dieu, l’homme est en passe de se débarrasser de lui-même par les manipulations génétiques.
- Matériel génétique humain dans un laboratoire à Munich Michael Dalder / Reuters -
Depuis très longtemps, on sait que le jour viendra où la génomique tiendra ses promesses. Il fallait pour cela que les progrès informatiques dégagent la puissance de calcul nécessaire pour réduire massivement le coût du séquençage du génome (végétal, animal et humain); et que les leçons soient tirées des premières expériences de clonage d’un être vivant et d’introduction de gènes d’une espèce dans une autre. Ce jour est arrivé. Et les exploits les plus insensés, rêves et cauchemars, sont désormais réalisables.
Ainsi, une équipe de chercheurs argentins, qui avait déjà su cloner une vache capable de produire de l’insuline, vient d'introduire simultanément deux gènes humains dans le génome d'un mammifère: une vache a reçu deux gènes humains contrôlant la production du lait maternel chez la femme; ils permettront au lait de cette vache de contenir de la lactoferrine et du lysozyme, deux protéines tres abondantes chez la femme et presque absentes chez la vache, favorisant chez les enfants qui en consommeront l'assimilation du fer, la fabrication des globules rouges, le développement des dents et de certaines cellules intestinales. Plus encore, les veaux issus de cette vache auront une chance sur trois de disposer des mêmes gènes modifiés.
A priori, il s’agit d’un grand progrès: qui peut critiquer une technique qui permettra d'améliorer la santé des enfants en améliorant les qualités du lait qu’ils consomment? Pourtant, bien des questions se posent: le lait d’une telle vache sera-t- il consommable sans risque? Une vache ainsi clonée et modifiée génétiquement est-elle encore une vache, ou bien constitue-t-elle l’amorce d’une nouvelle espèce animale? A-t-elle une dimension humaine? Enfin, consommer sa viande serait–il cannibale?
Ces questions sont d’autant plus importantes que cette innovation, en apparence mineure, s’inscrit dans un ensemble de mutations beaucoup plus vastes , qui permettent déjà, et permettront plus encore demain, de faire porter des gènes humains par des animaux et, en travaillant sur les cellules souches, de rendre des organes animaux compatibles avec l’espèce humaine, afin de les y greffer. Plus loin encore, on créera des espèces animales nouvelles, des chimères, capables d’intervenir dans des milieux difficiles, radioactifs par exemple, ou de remplacer les hommes au combat. Et même, transgression suprême, de doter des animaux d’un cerveau proche de l’humain. Un peu plus tard, la rencontre de l’informatique, de la génomique, des nanotechnologies et des neurosciences permettra à l’homme de créer d’autres espèces, ultra-humaines, hyper-humaines.
Qu’on n’espère pas y mettre une barrière. A moins d’une très improbable police mondiale, faisant du génome un sanctuaire, on trouvera toujours un lieu pour mener ces expérimentations, peu coûteuses, en les justifiant par la promesse de guérir des maladies rares ou de prolonger l’espérance de vie des hommes. Et même si l’Occident y résiste, les pays émergents, de l’Argentine à la Chine, en passant par le Brésil et demain le Nigéria et l’Indonésie, accueilleront des chercheurs prêts à tout. Après s’être débarrassé de Dieu, l’homme se sera débarrassé de lui-même.
Jacques Attali
Cette chronique a été publiée dans L'Express
Mis à jour le 13/06/2011 à 11h15















































Cependant, comme vous commencez à le suggérer, les nouveautés se vendent en général cher, ce qui, dans une certaine mesure, protège les pauvres dans notre société, et encore plus, ceux des autres continents...
Les pauvres seront les survivants du futur !
Sauf quand les fabricants de cigarette se reconvertissent dans le Tiers-Monde, et quand on voit la généralisation du téléphone portable...
Une notion essentielle, que des dizaines d'exemples nous ont appris, c'est qu'une nouveauté, quelle qu'elle soit, peut souvent attendre plusieurs décennies avant que ses inconvénients n'apparaissent au grand jour. (en médecine, on appelle cela des "effets secondaires") Et une constatation, désolante pour l'estime que nous pouvons porter à la nature humaine, c'est que la première réaction de ceux qui constatent ces phénomènes négatifs est, dans la très grande majorité des cas, de les cacher le plus longtemps possible, et ensuite, quand le secret commence à être dévoilé, là aussi, de les nier le plus longtemps possible...
Ai-je besoin de citer le Distilbène, le Médiator, le Tabac, l'Amiante, la couche d'Ozone, et même si cela reste encore discuté, le Réchauffement Climatique...
Les pires cas sont ceux où nous ne sommes même pas informés de la nouveauté, quand un fabricant change un composant d'un produit, en général pour en abaisser le coût de production, sans nous le dire...
Face à tous ces gros nuages noirs qui s'accumulent à l'horizon, certains d'entre nous pourrons adopter une philosophie très fataliste et se dire que s'il n'y a que l'espèce humaine qui disparaît, ce sera probablement un grand soulagement pour les animaux...
Pour les autres, ceux qui veulent "survivre", il n'y a pas d'autre choix que de devenir très "conservateurs" et à chaque fois que l'alternative restera possible, d'adopter une attitude de rejet assez systématique de toutes les nouveautés...
Les innovations les plus dangereuses sont celles qui concernent le plus de monde : les médicaments qui ne traitent que des maladies rares peuvent ne causer des problèmes que pour quelques milliers de patients (c'est bien sûr toujours trop!) Avec l'Amiante, cela fait des dizaines de milliers d'ouvriers en France! Mais, si les téléphones portables causent vraiment des cancers du cerveau après deux ou trois décennies d'utilisation, il serait bon de prévoir de solides budgets additionnels pour la Sécurité Sociale, pour les années 2020-2030 !
Et encore heureux que nous ne mangeons pas trop d'OGM ...
Monsieur Attali fait preuve dans son billet d'une lucidité qui n'est obscurcie ni par le pessimisme ni par l'optimisme.
Il est objectif et ce dont il parle, ce sont de faits. Il me semble bien connaître l'être humain et donc pouvoir parler du sujet choisi.
Par ailleurs, et pour appuyer un peu de l'autre côté de la balance, ça fait près de trente ans qu'à l'endroit du monde où vis, on s'alimente à l'OMG sans que personne parmi les 300 millions de gens qui se nourrissent ainsi n'ait eu à déplorer le moindre accident à cause de ça, contrairement à ceux qui se nourrissent à la culture bio, comme on l'a vu dernièrement avec l'agriculture allemande.
Quand aux médicaments, sans ceux que je prends quotidiennement depuis une dizaine d'année avec les gens qui les prennent par millions de par le monde aujourd'hui, je serais mort et enterré depuis un bon moment avec eux. Et pourtant, il a bien fallu qu'un jour, il y a près de 50 ans, ces médicaments soient mis sur le marché avec tous les risques inconnus quant à leurs effets secondaires.
Ne fonctionnons pas sur les idées reçues, voilà mon souhait...
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je vous ai toujours ecouté avec une grande admiration . un homme d'un tres grand savoir et un professionalisme certain.
l'expression " se debarasser de Dieu" est une expression tres pejorative se rapportant au createur de l'univers va choquer tous les croyants qui vous lirons .
mettre le "sacré" dans une expression de "debarras" "d'élimination genante" est inadmissible de la part d'un homme que je considerai d'une tres grande culture et respectant les croyances monotheistes de milliards d'etres humains .
en ce qui me concerne je me "debarasse" dès maintenant de vos idees
Vous avez peut être noté que l'on ne paie plus la dîme, que l'on est pas réveillé tout les matins par un muezzin et qu'enfin le Sabbat n'est pas une institution nationale.
Vous faites du K-Dick M. Attali?
L'exposé de Monsieur Attali n'est entaché d'aucune moraline, d'aucune complaisance, face à la réalité du monde.
Monsieur Attali montre une facette de la pensée et des actions humaines qui ne trouveront sans doute aucune entrave sur leur cheminement, à mesure que le temps passera.
La lucidité, voilà le fin mot de l’Histoire. La lucidité et le raisonnement juste.
Merci.
H.W.S 76
Une analyse, même rapide, des conditions dans lesquelles la vie s'est développée depuis son émergence, il y a plus de 3 milliards d'années, nous permet de penser que toute notion d'espoir ou de désespoir n'a pas de valeur, face à l'innocence et la cruauté intimement mêlées qui caractérisent le vivant.
Il y a cela dit une nouveauté à laquelle personne ne s'attendait jusque-là, à savoir la capacité par l'humain d'intervenir avec les manipulations génétiques sur sa propre évolution naturelle et sur celle des autres être vivants avec une rapidité inimaginable.
C'est la soudaineté, voire la brusquerie d'une accélération sans pareil des mécanismes de sélection naturelle qui peut faire l'objet d'une crainte ou d'une inquiétude, mais aussi d'une adhésion et d'une approbation, selon qu'on aura senti l'importance de la cruauté ou de la compassion dans les actions et les pensées des savants, techniciens, financiers et politiciens du monde.
On ne peut détruire que ce que l'on connait. Certains hommes se sont un jour rendu compte que Dieu les aliénait. Ils s'en sont donc débarrassés. Certains hommes se sont un jour rendu compte que d'autres hommes les aliénaient. Ils s'en sont débarrassés également. Mais qu'est ce que l'homme?
L'homme est désormais libre d'agir a sa guise. De quoi pourrait on avoir peur si l'on a foi en lui? Je ne vois pas vraiment ce qu'il y a de nouveau dans tout ça?
Cordialement
Même si la phrase est jolie et inspirante, elle est -pardonnez-moi- quelque peu limitative. Oui, Dieu est mort. Oui, tout le monde le sait. Pour autant, Dieu n'a jamais autant occupé nos vies de nos jours que depuis la Seconde (voire la Première) guerre Mondiale : dieu est à la mode, c'est la fin du monde. Dieu est à la mode, et est au centre des questions dites "de société", c'est la question "du voile" et "des minarets". Dieu est à la mode, c'est le Dalaï Lama qui continue sa politique de "recherche" de "l'Elu".
Soit. Oui, plus on est pauvre, et plus l'on croit. Aujourd'hui, selon où l'on habite sur le globe, l'on peut remplacer croire par "boire". Pour autant, ne sont-ce pas les pauvres qui seront les premiers concernés par le clonage ? Tout comme pour les OGM ? Les parts de marché dans le domaine de l'alimentaire -oui, car l'alimentation et les entreprises comme Unilever ne sont pas à proprement des organismes caritatifs - sont à prendre, et dans le tiers monde. Lorsque 1/3 à 1/2 du globe ne mange pas correctement, ca fait donc convoiter des bénéfices à outrance. Et pourquoi produire plus, pourquoi produire ces produits "améliorés", ou qui seront moins soumis aux aléas naturels ? Qui sont les premiers à gaver industriellement ? Ceux qui n'ont rien d'autre, et qui de toute facon, n'auront pas le choix : on le voit déjà à l'heure actuelle : les OGM cultivés au Brésil sont consommés par les Brésilien (et exportés, soit), mais l'on s'en sert d'un point de vue alimentaire - ou alimentaire pour nourri le bétail qui nourrit l'homme. L'occident, lui, se pose la question de savoir s'il est philosophiquement acceptable de s'en servir dans ses réservoirs.
Oui, et comme le dit l'expression "Oh la vache", des scientifiques jouent aux sorciers et injectent des souches humaines dans du bétail. Oui, c'est effectivement une abomination, et c'est le chemin que - non l'on prend - mais que l'on a pris, soit. Bon. D'un point de vue réel, la question est ailleurs, et demeure ouverte : doit-on plutôt laisser des gens mourir de faim ou leur donner à manger des organismes (végétaux ou vivants) génétiquement modifiés ? Je n'ai pas de réponse à la question (même si j'ai ma petite idée), mais je pense que c'est la question, ou le dilemme, devant lequel on devrait tous se poser.
Mais tout cela n'est-il finalement pas encore un peu prématuré ? Ce sont des réussites et découvertes scientiques, et non encore des théories passées à grande échelle. Un peu comme l'an 2000 où l'on promettait des voitures volantes et de la nourriture en pillule, et où on a eu Hello Kitty et le concombre tueur.