France

Polyphonies corses au procès Colonna

Bastien Bonnefous, mis à jour le 13.06.2011 à 13 h 50

Alors que débutent les plaidoiries et que le verdict est attendu en fin de semaine, retour sur plus d'un mois d'audiences et de nombreuses contradictions.

Yavn Colonna devant la cour d'assises spéciale de Paris, par Laura Paoli, sur Lawra.fr

Yavn Colonna devant la cour d'assises spéciale de Paris, par Laura Paoli, sur Lawra.fr

Le procès d'Yvan Colonna touche à sa fin. Entamé le 2 mai, il est le troisième et sans doute le dernier pour tenter d'approcher la vérité sur l'assassinat du préfet Erignac en Corse le 6 février 1998. Sur plus de vingt-cinq journées d'audiences, près d'une centaine de personnes ont été entendues par la cour d'assises spéciale de Paris. Témoins, experts, proches de l'accusé, enquêteurs, juges d'instruction, membres condamnés du commando... les dix magistrats professionnels ont passé au crible l'ensemble du dossier. Ils ont même fait le voyage jusqu'à Ajaccio pour une tentative de reconstitution des faits.

Alors que devaient débuter vendredi les plaidoiries des parties civiles, suivies du réquisitoire et de celles de la défense – le verdict est attendu autour du 17 juin – que reste-t-il de ce procès fleuve? Beaucoup de zones d'ombre. Encore et toujours, comme une malédiction dans cette affaire vieille de treize ans.

Au fil des jours, l'oralité des débats a révélé des contradictions à tous les étages: parmi les déclarations des policiers antiterroristes sur la marche de l'enquête, parmi celles des magistrats instructeurs, et enfin parmi celles des conjurés entre eux et avec Yvan Colonna, condamné à perpétuité en première instance et qui clame son innocence. Passage en revue des différentes polyphonies de ce procès corse.

Les polyphonies policières

Plus d'une dizaine d'enquêteurs ont été auditionnés par la cour. Policiers de la Division nationale antiterroriste (DNAT) et de l'unité d'élite du Raid (Recherche, Assistance, Intervention, Dissuasion), fonctionnaires des Renseignements généraux (RG), tous ont été cuisinés par les avocats d'Yvan Colonna.

La défense a rappelé que l'ancien berger de Cargèse est le seul accusé dans ce dossier contre lequel l'enquête ne peut opposer aucun élément matériel. Ni téléphonie – pourtant la pierre angulaire de l'édifice policier, la DNAT ayant pu mettre à mal les alibis du commando grâce à la géolocalisation de leurs téléphones portables – ni ADN ou empreintes digitales, ni reconnaissances par des témoins oculaires. L'implication d'Yvan Colonna repose uniquement sur les aveux des conjurés durant leurs gardes à vue en mai 1999.

Une question est donc centrale: le nom d'Yvan Colonna était-il connu des enquêteurs avant les gardes à vue? La défense en est persuadée, au point même de nourrir l'idée d'un «complot policier»: la police antiterroriste avait un «scénario pré-établi» visant à impliquer le militant nationaliste, quitte à «souffler» son nom aux personnes interpellées.

Quand le nom de Colonna apparaît-il?

A la barre, les différents enquêteurs ne sont pas parvenus à répondre clairement à cette question. «En tant que membre du groupe, le nom d'Yvan Colonna est apparu pendant les heures de garde à vue et pas avant», a d'emblée affirmé le commissaire Roger Marion, à l'époque chef tout-puissant de la DNAT et policier à la forte réputation, ajoutant que «si Yvan Colonna était apparu avant, s'il avait été suspect, placé sous surveillance, il aurait fait partie des premières interpellations».

Ses différents subordonnés de l'époque – les policiers Philippe Frizon, Jean-François Lelièvre et Yves Dubuy notamment – comme son successeur à la tête de la DNAT, Frédéric Veaux, sont tous venus confirmer. A une variante près: selon eux, Yvan Colonna est bien apparu dans la procédure avant les gardes à vue, mais comme un élément «périphérique» identifié dans le «relationnel» d'Alain Ferrandi, le chef présumé du commando. «Son nom était intervenu dans la surveillance de Ferrandi mais comme un ami», a expliqué Philippe Frizon. En somme, Colonna était connu des services, mais son cas semblait sans intérêt, raison pour laquelle il n'a pas fait partie de la première vague d'arrestations le 21 mai 1999. 

Problème, d'autres enquêteurs ont déclaré sous serment l'exact contraire. Pour Eric Teissier, ancien de la DNAT désormais en poste à la police judiciaire de Caen, Yvan Colonna faisait carrément partie d'une «liste d'objectifs d'interpellations». «Policièrement parlant, Yvan Colonna faisait partie des objectifs sensibles, on en parlait», s'est souvenu le policier, ajoutant que l'objectif Colonna a subitement disparu quelques jours avant les arrestations. «Ce nom courait, à un moment donné il n'a plus couru, je m'en étonnerai toujours», a-t-il expliqué, précisant que «le seul qui décidait, c'était le chef Marion».

Déclarations confirmées par un second enquêteur, Jean-Pierre Stebel, capitaine de police dans les Alpes-Maritimes et ancien de la DNAT. Lui aussi a assuré que «Colonna était initialement prévu dans les objectifs, mais il en a été retiré». Pour quelle raison? L'enquêteur se risque à évoquer de «possibles instructions politiques, du ministère (de l'Intérieur) ou au-delà», sans plus de précisions. Une chose est sûre, selon lui : à l'époque, Roger Marion était le patron omniscient de la DNAT, «un service dans lequel on n'avait pas le droit de penser».

Yvan Colonna était-il surveillé ?

Dans ses mémoires parus en 2007, Roger Marion indique qu'Yvan Colonna a été surveillé, ainsi que son frère Stéphane, par les Renseignements généraux à la fin de l'année 1998. Une balise a même été placée sous leur véhicule pour les suivre à la trace. Une confidence qu'il avait déjà faite devant la commission d'enquête parlementaire sur l'assassinat du préfet Erignac en 1999.

A la barre, «Eagle four» a semblé avoir subitement perdu la mémoire. Invoquant le «secret défense», il a expliqué que «les moyens techniques» mis en œuvre à l'époque ne relevaient pas de son service. Traduction: il faut voir ça avec les RG et les RG seulement. Surtout, il a osé préciser qu'il n'était «pas forcément responsable» de tous les propos de son livre, co-écrit avec un journaliste, Francis Zamponi, «d'origine corse»...

Cette surveillance par les RG n'est pas sans conséquence. Elle prouve notamment que le nom d'Yvan Colonna est apparu en procédure plusieurs mois avant les interpellations de mai 1999. D'autant que de janvier à mars 1999, les Colonna ont été également pistés «H 24», soit 24 heures sur 24, par le Raid, selon d'autres mémoires, ceux d'Amaury de Hauteclocque, ancien patron de l'unité d'élite. Beaucoup pour un simple élément «périphérique».

Ancien fonctionnaire des RG en Corse, aujourd'hui à la retraite, Jean-Pierre Colombani est allé encore plus loin. Comme en 1999 devant la commission d'enquête parlementaire, il a expliqué qu'Yvan Colonna était dans le collimateur des enquêteurs «dès décembre 1998», ajoutant que pour certains d'entre eux, il était «peut-être l'assassin» du préfet. «Paris nous avait demandé une enquête sur Yvan Colonna et sa famille: écoutes, filatures, surveillances...», a-t-il appuyé.

Un autre homme des RG a fait sensation, mais en sens inverse. Eric Battesti, ancien responsable de ce service en Corse, désormais en poste à l'ambassade de Londres, a été pris à partie par Yvan Colonna alors qu'il soutenait à la barre que le berger ou sa famille n'avaient pas été surveillés. Il a été démenti par l'accusé, qui a relaté pour la première fois une «conversation» qu'il avait eue avec M. Battesti durant l'été 1998.

«En août 1998, il est venu me voir à Cargèse, je ne le connaissais pas mais j'ai fait confiance parce qu'il connaît bien l'actuel compagnon de ma sœur. On a discuté une heure trente à la paillotte sur la plage. De tout de rien, de la Corse, du nationalisme, de l'assassinat... C'est lui qui a beaucoup parlé, il me posait des questions. C'était en août 1998, je suis formel et maintenant il dit qu'il ne me connaissait pas et ne m'a jamais surveillé?», a révélé Yvan Colonna. Embarrassé, Eric Battesti a reconnu qu'il s'était «peut-être assis à une table de paillotte à Cargèse» pour «une conversation, quelques formules de politesse», mais a affirmé qu'il n'était pas «en service commandé». «A partir de juin et juillet 1998, vous surveillez Alain Ferrandi, mais rencontrer Yvan Colonna en août, ce serait un pur hasard?», s'est moquée la défense.

Des gardes à vue «étanches»?

Roger Marion, encore lui, a été catégorique : «les aveux en garde à vue ont été recueillis dans le respect de la déontologie policière». Aucune violence donc, pas davantage de pressions, certains enquêteurs évoquant même un climat «détendu». Pourtant, l'ancien patron de la DNAT a ajouté, prudent, que concernant les interrogatoires des membres du commando et de leurs épouses, réalisés entre le 21 et le 25 mai 1999, «chaque officier de police judiciaire a sa méthode».

Pour la défense, le nom d'Yvan Colonna n'est pas sorti spontanément de la bouche des gardés à vue. Au contraire, il aurait été suggéré par des enquêteurs et se serait retrouvé «par effet domino» dans les procès-verbaux d'aveux, les uns reprenant les déclarations des autres.

Plusieurs personnes interpellées ont affirmé que loin d'être étanches et cloisonnés, les interrogatoires ont été poreux. Tous ont raconté les «pressions policières» et les «menaces» sur leurs enfants pour ceux qui en avaient. Corinne Cuau, ancienne compagne de Martin Ottaviani, le chauffeur du commando, a expliqué par exemple avoir été mise en sa présence. «Un policier est venue me chercher et m'a dit 'Martin est prêt à avouer mais il veut le faire devant vous'», a-t-elle déclaré.

Ottaviani, lui, a assuré que les policiers qui l'ont interrogé lui ont «montré des PV» d'autres membres du commando. Ce qu'a confirmé Jean-Pierre Stebel, qui a procédé à son audition. «Certains procès-verbaux lui ont été présentés. Celui de son épouse et probablement ceux des autres membres du commando», a admis l'ancien enquêteur antiterroriste. Sauf qu'Ottaviani a précisé lors de son interrogatoire qu'Yvan Colonna s'était équipé de «gants en tissu avec des bandes de couleur» le soir de l'assassinat. Un détail qu'on ne retrouve dans aucun autre PV. 

Le policier Eric Teissier, lui, a reconnu que «le couple Ferrandi s'est vu en garde à vue» et que «ce n'est qu'après avoir vu son mari que Mme Ferrandi est revenue sur sa première déposition». Rien pourtant de cette séquence, comme des autres, ne figure dans les comptes-rendus.

Marcel Istria, un des conjurés, a affirmé que des enquêteurs lui ont fait lire les aveux de Didier Maranelli et de Pierre Alessandri, les plus accablants pour Yvan Colonna, désigné comme le tireur. Sa compagne, Nicole Huber-Balland, a elle aussi assuré qu'on lui avait montré un PV de Pierre Alessandri, avec «une liste de noms les uns sous les autres en haut à droite» de la feuille. Mise en page confirmée à l'audience. 

Idem pour Michèle Alessandri, l'épouse de Pierre. Elle aussi aurait lu le PV de Didier Maranelli dans lequel l'ancien comptable décline l'identité de l'ensemble des membres du commando. «Les policiers m'ont cité des noms, je suis allée dans leur sens pour avoir la paix», a-t-elle expliqué. Mais Michèle Alessandri a précisé en garde à vue qu'Yvan Colonna était présent avec son mari chez Alain Ferrandi, le lendemain matin de l'assassinat. Un détail qui ne figure pas dans le PV de Didier Maranelli... «Je l'ai cité comme ça», a-t-elle répondu à la cour, après un lourd silence.

Les polyphonies judiciaires

Un épisode est révélateur des méandres judiciaires liés à l'assassinat du préfet Erignac : le cheminement des «notes» du successeur de la victime en Corse, le préfet Bernard Bonnet. Nommé en urgence après la mort de Claude Erignac, Bernard Bonnet va rapidement recueillir grâce à un informateur mystère surnommé «Corte» plusieurs informations sur le groupe des Anonymes.

Dès l'automne 1998, le haut fonctionnaire entend les transmettre au magistrat instructeur Jean-Louis Bruguière, à l'époque patron de la section antiterroriste du palais de justice de Paris. Mais Matignon – nous sommes alors en pleine cohabitation Chirac-Jospin - lui aurait interdit de rencontrer ce juge marqué à droite –Bruguière a d'ailleurs été candidat UMP battu aux législatives en 2007 – et ordonner d'en référer plutôt à Jean-Pierre Dintilhac, à l'époque procureur de la République de Paris et réputé de gauche.

Bonnet a rencontré Dintilhac à deux reprises à Paris: les 16 novembre et 11 décembre 1998. «La première fois, je lui ai remis en mains propres un document dans lequel étaient mentionnées plusieurs informations sur le commando», a expliqué à la cour l'ancien préfet. Y figure notamment le nom d'Alain Ferrandi, désigné comme «le chef» du groupe. La seconde fois, le tuyau se fait plus précis encore. «Je confirmais qu'Alain Ferrandi était le chef et j'ajoutais qu'il avait recruté ses complices parmi d'anciens membres du FLNC sur le secteur Cargèse-Sagone. Je citais également comme lieutenants possibles Joseph Versini (un des membres condamnés – NDLR) et Colonna, mais je me trompais de prénom, je ne citais pas Yvan mais Stéphane, son frère», a raconté le préfet.

Entendu dans la foulée, Jean-Pierre Dintilhac, désormais à la retraite, a expliqué avoir transmis l'ensemble des documents au juge Bruguière. Soit «une copie des notes Bonnet» et un document récapitulatif «écrit» par ses soins. Sans préciser néanmoins l'origine des informations pour des «raisons de sécurité concernant le nouveau préfet». «Je craignais aussi que le juge d'instruction qui avait une grande susceptibilité sur ses prérogatives s'imagine que j'avais mené une enquête parallèle», a ajouté l'ancien magistrat. Ambiance...

Problème, ces fameuses «notes» n'ont jamais été versées au dossier d'instruction. Et Jean-Louis Bruguière a affirmé n'en avoir pas eu connaissance. A la barre, le magistrat a donné une toute autre version que son confrère Dintilhac. «Jean-Pierre Dintilhac m'a livré verbalement des informations, quelques noms comme celui d'Alain Ferrandi, des éléments contextuels... Plus tard, il m'a fait porter un “blanc” afin que cela ne figure pas en procédure», a affirmé «l'Amiral», son surnom dans la magistrature depuis un ancien voyage à Tripoli à bord d'un aviso de l'armée. Pas de notes, ni de document écrit, mais une simple fiche blanche, sans en-tête ni signature. Une dernière amabilité pour la route : «ces informations étaient non pertinentes, c'était une compilation d'éléments dont nous disposions déjà, ça n'apportait rien».

Qui dit la vérité? Jean-Pierre Dintilhac? Jean-Louis Bruguière? La réponse a son importance car les «notes Bonnet» confirment elles aussi que le nom de Colonna circulait dès le 11 décembre 1998, soit six mois avant les interpellations du commando.

Les polyphonies criminelles

Les six membres condamnés du groupe des Anonymes sont venus comme un seul homme innocenter Yvan Colonna devant la cour d'assises. Comme lors du premier procès en 2007 puis celui de 2009, annulé par la Cour de cassation. A les écouter, l'ancien berger de Cargèse ne faisait pas partie du groupe des Anonymes et n'a donc pas participé à l'attaque de la gendarmerie de Pietrosella en septembre 1997 puis à l'assassinat du préfet Erignac six mois plus tard.

Mais tous ou presque ont affirmé le contraire en garde à vue. Tous ou presque ont mis de très longs mois avant de se rétracter en fin d'instruction, sans donner aucune explication à leurs premiers aveux accablants. Comme lors des deux précédents procès, ce sont donc ces explications que la cour attendait, car comme l'a noté Me Pascal Garbarini, un des avocats de Colonna, d'«aussi simples» rétractations «ne servent à rien». «Vous ne pouvez pas vous contenter de dire il n'y était pas, croyez-moi sur parole!», a reproché le pénaliste à un des membres du commando. 

Le temps du complot

Les conjurés ont donc tenté de s'expliquer. Première étape, s'ils ont livré le nom d'Yvan Colonna en gardes à vue, c'était pour «valider» un «scénario policier», point barre. Les enquêteurs affirment l'inverse. C'est donc parole contre parole, les gardes à vue à l'époque n'étant pas filmées et se déroulant en l'absence des avocats.

Deuxième étape, les rétractations tardives et a minima. Pour certains, il s'agissait d'une stratégie durant l'instruction. «J'avais décidé d'innocenter Yvan Colonna durant mon procès (en 2003-NDLR)», a expliqué Martin Ottaviani, précisant que c'était un choix dicté par ses conseils de l'époque. «Je me suis concerté avec mes avocats, on m'a dit de faire comme ça», a-t-il affirmé.

Une explication également donnée par Joseph Versini. «On avait décidé d'avancer comme ça», a-t-il confié, évoquant lui aussi le rôle de ses avocats. A l'époque, les deux hommes avaient le même conseil, Me Vincent Stagnara, ancien bâtonnier du barreau de Bastia, décédé en janvier 2010. Un avocat respecté en Corse - Me Gilles Simeoni, conseil de Colonna, a personnellement porté son cercueil lors des obsèques. La cour devra donc se contenter des seuls propos des deux conjurés.

Le temps de la rumeur

Pour d'autres, s'ils ont mis du temps à blanchir Colonna, c'est parce que courait à son encontre une «rumeur». Le berger aurait été «Corte», l'informateur du préfet Bonnet et les aurait donc balancés. C'est Alain Ferrandi qui le premier à la barre a fait part de cette «suspicion». Le chef présumé du groupe a refusé de donner davantage de détails sur l'origine de cette rumeur démontée depuis. 

Joseph Versini en a confirmé l'existence. Il en avait entendu parler alors qu'il était en détention à la prison de la Santé. «C'était en début d'instruction, un détenu a été transféré et un ami lui avait laissé entendre qu'Yvan Colonna allait souvent à la préfecture et qu'il était l'informateur de Bonnet», a-t-il expliqué à la cour. Le même Joseph Versini a également confié son «étonnement» lorsqu'Yvan Colonna n'a pas été interpellé le 21 mai 1999, alors même qu'il avait affirmé quelques minutes plus tôt que l'ancien berger n'était pas membre du groupe des Anonymes. 

En revanche, Didier Maranelli, lui, n'a jamais eu vent de la rumeur. Il est pourtant incarcéré à la maison centrale de Poissy, comme Alain Ferrandi. A croire que les deux hommes ne se parlent pas en promenade...

Le temps de la rancune

Passées la stratégie judiciaire et la rumeur, reste une dernière explication: la rancune. C'est celle qu'a choisie de donner Pierre Alessandri. S'il a accusé Colonna en garde à vue puis s'il a tardé à le disculper, c'est parce que son ancien ami avec qui il partageait les mêmes combats nationalistes l'a «déçu» en refusant de faire partie du groupe des Anonymes. A l'audience, Pierre Alessandri a révélé avoir tenté de «recruter» Yvan Colonna «avant» l'attaque de la gendarmerie de Pietrosella. L'accusé, la veille, avait lui daté la fameuse approche «après» l'attentat. Problème de mémoire, sans doute. 

Des révélations de toute façon polluées par la publication surprise d'une lettre qu'aurait écrite Yvan Colonna à Pierre Alessandri, lui reprochant avec violence de ne pas suffisamment bien l'innocenter. Les débats n'ont pas permis de faire la lumière sur la véracité et l'authenticité de ce courrier en date de décembre 2010 et dont la cour n'a eu communication que par photocopie.

Si les membres du commando se sont davantage livrés lors de ce troisième procès, il reste une fois encore un sentiment d'inachevé de leurs confrontations avec Yvan Colonna. Comme si ces hommes partageaient toujours un secret inavouable. Un secret qui au moment où la cour devra se prononcer selon son intime conviction, pourrait peser plus lourd que les errements ou les dissimulations de l'enquête.

Bastien Bonnefous

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