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Inde: la plus grande élection locale du monde

Temps de lecture : 2 min

Election géante: 700 millions d'électeurs aux urnes, résultats dans un mois.

File pour le vote à Karbi Anglong dans l'Etat d'Assam, jeudi 16 avril. REUTERS/Utpal Baruah
File pour le vote à Karbi Anglong dans l'Etat d'Assam, jeudi 16 avril. REUTERS/Utpal Baruah

Plus de 700 millions d'électeurs indiens commencent à voter jeudi pour leur chambre basse dans un exercice d'une ampleur inégalée dans le monde qui se terminera par l'annonce des résultats le 16 mai. L'entrée en force de l'Inde sur la scène mondiale ces dernières années et les conséquences qui en découlent politiquement reste toutefois une notion abstraite pour la majorité des électeurs dont les préoccupations restent avant tout locales.

La sécurité et la lutte contre le terrorisme après l'attentat de Mumbai de novembre dernier, le débat sur l'avenir du nucléaire, les relations avec le Pakistan, la Chine ou les Etats-Unis, l'économie ont figuré dans le débat des partis politiques. Mais pour l'immense majorité des déshérités (l'Inde qui vote puisque les riches et les classes moyennes urbanisée délaissent généralement les urnes), les attentes restent de base: l'eau, l'électricité, des routes et des écoles.

Malgré un taux de croissance économique situé entre 7 et 9% depuis une dizaine d'années, plus de 40% des Indiens vivent sous le seuil de pauvreté absolu d'environ 1, 25 dollar par jour, comme défini par la Banque Mondiale.

Nul ne s'aventure donc à prévoir l'issue du scrutin. L'ère d'un parti national majoritaire à l'assemblée qui compte 543 sièges, le Congrès présidé par Sonia Gandhi ou le Parti du Peuple Indien (BJP-nationalistes hindous) de L.K. Advani est révolue depuis longtemps. Le scrutin devrait donc départager deux coalitions: celle conduite par le parti du Congrès qui a choisi de poursuivre avec le Premier ministre sortant Manmohan Singh (77 ans) ou une autre conduite par les nationalistes hindous qui aurait comme Premier ministre L.K. Advani (82 ans). La possibilité de voir émerger un troisième front composé de partis régionaux ou de castes n'est pas totalement exclue et dans ce cas, la conduite du gouvernement pourrait revenir à l'actuel ministre en chef de l'état d'Uttar Pradesh, Kumari Mawayati, une dalit (« untouchable ») de 53 ans qui a toujours privilégiée une politique de caste.

Recul des réformes

Le Premier ministre sortant, un des pères de l'ouverture économique indienne en 1991, aura paradoxalement présidé un gouvernement qui a été le plus timide depuis cette date en termes de réformes économiques. Handicapé par une alliance avec 11 partis aux intérêts divergents et le soutien nécessaire d'une demi douzaine d'autres, Manmohan Singh a reculé sur la plupart des réformes qu'il avait lui-même promises comme celle des pensions, de l'ouverture du secteur bancaires ou des assurances sans parler des lois du travail.

Pour faire avaliser in extremis l'accord de coopération nucléaire avec les Etats-Unis pourtant extrêmement favorable à l'Inde, le Premier ministre a dû échanger le soutien des partis de gauches avec celui d'un parti régional aux exigences partisanes. «Même dans le domaine non controversé des infrastructures, le gouvernement a perdu l'élan de son prédécesseur, l'Alliance Nationale Démocratique de l'ex Premier ministre Atal Bihari Vajpayee» affirmait récemment dans le quotidien The Hindu l'économiste Arvind Panagariya.

Marchandages

Désormais fait acquis, la nécessité de gouverner en coalition majoritairement avec des partis régionaux dont l'importance s'est accrue a d'un côté renforcé la démocratie dans un pays multi ethnique et culturel mais de l'autre rendu beaucoup plus difficile la cohérence d'une politique nationale. Celle-ci est très souvent l'otage de demandes contradictoires d'alliés qui cherchent d'abord à conforter régionalement leur position. L'état des coalitions en présence n'étant pas arrêté, les grands marchandages commenceront à l'issue des résultats et ceux-ci ne présagent pas de la stabilité du prochain cabinet à un moment où l'Inde traverse des temps difficiles.

Le problème du prochain gouvernement quel qu'il soit sera en effet de gérer la pénurie dans un contexte de ralentissement de la croissance alors que le déficit fiscal atteint des records, 6% du PIB et 11% si l'on inclut le déficit des Etats de la fédération.  

Françoise Chipaux

Image de une: file d'attente pour le vote à Karbi Anglong dans l'Etat d'Assam, jeudi 16 avril. REUTERS/Utpal Baruah

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Françoise Chipaux Journaliste

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