France

Le retour des emplois-jeunes? Pas si bête…

Gilles Bridier, mis à jour le 09.06.2011 à 9 h 23

L’emploi des jeunes sera un des enjeux prioritaires de la prochaine présidentielle. Les 310.000 emplois-jeunes du gouvernement Jospin furent décriés, mais ils permirent à deux bénéficiaires sur trois de (ré)intégrer le marché du travail.

AG à Jussieu en 2006. REUTERS/Benoit Tessier

AG à Jussieu en 2006. REUTERS/Benoit Tessier

Le chômage des jeunes sera obligatoirement un enjeu prioritaire du prochain mandat présidentiel. Et donc un terrain sur lequel les candidats à la prochaine élection vont s’affronter. On se contentera de reprendre ici quelques statistiques du ministère du Travail et de l’Emploi: 56 % des jeunes âgés de 15 à 29 ans étaient considérés comme actifs en 2010, et la proportion de chômeurs parmi les jeunes actifs était de 17%. Et retenons encore que, à la fin de l’an dernier, alors que les chiffres officiels faisaient état d’un taux de chômage global en France de 9,3%, il atteignait 16,4% pour les 15-29 ans et même 21,4% pour les 15-24 ans. 

Une France anti-jeune? 

La France a un problème avec ses jeunes, qu’elle a de plus en plus de mal à intégrer. Car outre les demandeurs d’emploi, beaucoup ont une activité réduite qui les maintient dans la précarité. Ainsi, fin mars 2011, en plus des 423.000 jeunes de moins de 25 ans sans emploi, on en comptait 190.000 en activité réduite et en recherche d’un emploi plus stable. Autre exemple de progression de la précarité: alors que 45 % des jeunes Français de 15 à 24 ans en CDD en 1995-1996 avaient signé un CDI un an plus tard, ils n’étaient plus que 16% en 2005-2006, note l’OCDE.

Le rapport de la Fondation pour l’innovation politique avait mis en évidence la spécificité de la jeunesse française: sur un panel de jeunes de 16 à 29 ans issus de 25 pays dans le monde entier, les Français étaient, avec les  Grecs, les moins optimistes sur leur devenir. Pas étonnant si l’on considère les difficultés à entrer dans la vie active. Il est temps que  les politiques au plus haut niveau montrent que la jeunesse n’est pas un boulet, et que les jeunes ont leur place sur le marché du travail en France comme dans tous les pays qui se construisent un avenir. Encore faut-il leur en ouvrir les portes!

La droite et les contrats de professionnalisation 

La droite, et notamment avec l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, a misé sur le traitement économique du chômage des jeunes, par opposition avec le traitement social mis en place par Lionel Jospin à Matignon avec son ministre de l’Emploi Martine Aubry. L’effort depuis 2004 se porte sur le contrat de professionnalisation, dispositif d’insertion en alternance combinant des périodes en entreprises et en organismes de formation. 

S’agissant des jeunes de moins de 26 ans, ils perçoivent un salaire compris entre 55 et 80% du Smic et les employeurs sont exonérées de cotisations patronales. Mais même avec le renfort du contrat initiative emploi (CIE) destiné à permettre un retour rapide à l’emploi durable des personnes rencontrant des difficultés, ce contrat de professionnalisation n’a pas été à la hauteur du problème exacerbé par la crise: après un recul de 18% en 2009, le nombre des entrées dans cette forme d’alternance en 2010 (148.000 nouveaux contrats) n’a progressé que de 1% en 2010.

L’objectif de 170.000 nouvelles entrées en un an précisées dans le Plan d’urgence pour l’emploi des jeunes d’avril 2009 n’a pas été atteint. Pas plus que ceux de l’apprentissage (320.000 apprentis en un an, soit 12% de plus qu’en 2008). Le traitement économique du chômage des jeunes n’a pas été à la hauteur de l’urgence. Aussi, Xavier Bertrand, actuel ministre du Travail, met les bouchées doubles pour développer la formation en alternance

La gauche et les emplois jeunes

Le gouvernement Jospin n’avait pas eu à affronter de crise économique lorsqu’il s’était attelé au problème en créant les «emplois-jeunes». Après coup, la droite ne s’est pas privée de les critiquer, les accusant de placer les jeunes sur des voies de garage sans leur délivrer de véritable formation pour se relancer. Et de coûter fort cher à la collectivité (près de 5,5 milliards d’euros pour 350.000 de ces emplois, avait évalué le Sénat en prenant l’hypothèse la plus haute du projet.)

Pour se lancer dans la campagne présidentielle, le PS les remet à l’ordre du jour: les 300.000 emplois d’avenir de son programme pour 2012 sont le reflet fidèle des emplois jeunes de 1997. Le parti de Martine Aubry en conserve-t-il donc un si bon souvenir? Les contrats «emplois-jeunes» avaient été créés en 1997 et s’adressaient aux jeunes de moins de 26 ans sans emploi ou de 26 à 30 ans non indemnisés par l’assurance chômage. Ils concernaient des activités d'utilité sociale dans les établissements scolaires, les services de police, les collectivités territoriales, les établissements publics et les associations.

Les contrats de travail étaient de cinq années, et l’Etat prenait à sa charge 80% de la rémunération. En août 2002, le gouvernement Raffarin suspendait toute création de nouveaux postes. Et le dispositif devait s’éteindre en 2005. Sur la période, 310.000 postes d’emplois-jeunes ont été créés (dont 170.000 dès la fin 1999). Et le coût pour l’Etat a plutôt tourné autour de 5 milliards d’euros.

Bilan mitigé dans l’Education nationale…

Mais l’intérêt du bilan est avant tout humain. Combien de jeunes ont pu valoriser l’expérience ainsi acquise en signant un véritable contrat d’embauche? Combien de jeunes ont réintégré le marché du travail grâce à ces emplois si décriés? Le résultat n’est pas si mauvais, établit une étude de 2005 du Ministère de l’Education nationale à partir de statistiques recueillies pendant toute la durée des emplois-jeunes.

Si on ne considère que les 105.00 jeunes de l’Education nationale employés comme aides-éducateurs, la moitié a immédiatement trouvé un emploi à la fin de son contrat, mais un quart a pointé à nouveau au chômage. Les autres ont repris leurs études ou poursuivi sur un autre emploi jeune. Demi- succès… ou demi-échec en sortie de contrat, c’est selon.

On note que deux tiers des aides-éducateurs ont bénéficié d'une formation au cours de leur emploi, ce qui les a aidés à préparer les concours de la fonction publique. Après 6 à 18 mois, les résultats s’amélioraient un peu: 57% des anciens aides-éducateurs de l’Education nationale étaient en emploi, la proportion de chômeurs était réduite à 17%, et 6% de ces jeunes étaient retombés dans l’inactivité.

… Plus positif dans les collectivités locales

Le bilan peut être élargi aux emplois jeunes des collectivités locales, établissements publics et associations (soit environ 215.000 contrats) grâce aux résultats d’une étude du ministère de l’Emploi et de la Cohésion sociale. Il en ressort que 63% des jeunes sont restés chez le même employeur à l’issue de leur contrat.

Dans le mois qui a suivi, 74 % des jeunes occupaient un emploi (54 % étaient en CDI) contre 17% au chômage. Dix-huit mois plus tard, 85 % des jeunes travaillaient (72 % en CDI), alors que près de 11% des jeunes étaient toujours au chômage.

Certes, une grande proportion de jeunes concernés a regretté que les emplois n’offrent pas de perspectives suffisantes et soient insuffisamment rémunérés. Mais 60% d’entre eux ont mis à profit cette période pour préparer des diplômes et des concours. Et les trois quarts des jeunes qui ont profité de ce coup de pouce considèrent que l’expérience acquise dans le cadre de leur emploi-jeune leur a permis d’être plus opérationnels dans leur activité.

Essai transformé dans deux cas sur trois

Globalement, deux emplois-jeunes sur trois ont été transformés: le bilan a semblé suffisamment positif pour le PS qui est prêt à relancer la formule, avec des «emplois d’avenir» dont le coût a été évalué à 3,6 milliards d’euros pour 300.000 contrats. Toutefois, dans la version 1997, les emplois-jeunes avaient eu l’inconvénient de grossir les rangs des fonctionnaires. Or, avec l’explosion de la dette publique et l’obligation pour l’Etat de réduire ses dépenses, les contrats d’avenir devraient être pour partie réorientés. D’où l’accent porté, cette fois, sur les filières de l’écologie. Ce qui n’empêche pas de continuer à promouvoir l’apprentissage en entreprise et l’alternance avec les contrats de professionnalisation!

Gilles Bridier

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