Economie

Création d’emplois: tout est différent, tout est semblable

Claire Blandin, mis à jour le 08.06.2011 à 11 h 24

La sortie de crise passe par un mélange d’aide aux chômeurs et d’incitation au retour au travail, par le développement des partenariats public-privé au niveau local, par des actions de formation sans cesse renouvelées...

Un ouvrier du bâtiment à Londres en 2010. REUTERS/Toby Melville

Un ouvrier du bâtiment à Londres en 2010. REUTERS/Toby Melville

Dans le cadre de la présidence française du G20, l’Association mondiale des services d’emploi publics, présidée par Christian Charpy, et Pôle Emploi ont organisé à Paris les 26 et 27 mai, une conférence mondiale sur «la contribution des services publics de l’emploi à la sortie de la crise». Slate.fr, partenaire de cette conférence organisée par l'Amsep et Pôle Emploi, publie contributions et synthèses.

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Vaste sujet que le soutien à l’emploi. Plus différents, les exemples portés par les quatre intervenants de l’atelier ne pouvaient guère l’être: avec les Etats-Unis, l’Union africaine, la Croatie et le Brésil, quatre continents étaient représentés, avec des modèles de pays développé, émergent et en développement.

Catherine Barbaroux, présidente de l’Association pour le droit à l’initiative économique, a tracé quelques pistes de réflexion: dans une période de choc fort, comment connaître, observer et anticiper l’évolution sur le marché de l’emploi?  Comment la main d’œuvre doit-elle s’adapter, se former et se réorienter? Comment développer l’entrepreneuriat et quelles réponses peut apporter l’emploi aidé? Comment les services publics de l’emploi participent-ils à la sortie de crise?

Dosage entre aide et incitation

Premier constat: face au choc de la crise de 2008, tous les pays, même les plus libéraux, ont assuré un filet de sécurité aux travailleurs qui perdaient leur emploi. Le meilleur exemple – et sans doute le plus surprenant – est celui donné par les Etats-Unis. Comme l’a rappelé Bonnie Elsey, présidente de la National Association of State Workforce Agencies, devant l’ampleur de la crise (7 millions d’emplois détruits aux Etats-Unis), le Congrès a voté l’allongement de la durée de l’assurance chômage de 26 à 99 semaines. Une mesure certes temporaire, mais à contre-courant de bien des idées reçues.

Cette aide aux chômeurs n’est pas incompatible avec des incitations au retour à l’emploi. L’idée défendue par tous est de tenir les individus le moins longtemps possible éloignés du monde du travail. Ainsi Carlo Simi, secrétaire général à l’emploi au ministère brésilien de l’emploi, explique-t-il que l’indemnisation cesse si un chômeur refuse trois propositions d’emploi correspondant à sa qualification.

En 2009, pour surmonter la crise, le Brésil a privilégié la préservation des emplois existants en finançant les PME et les micro-entreprises qui gardaient leurs salariés au lieu de les licencier. Le Brésil enregistre 7 millions de chômeurs (pour une population active d’environ 100 millions de personnes) et, en 2008, même s’il n’a pas atteint son objectif de création de plus de 3 millions de postes,  il en a créé 1,8 million. Un résultat que beaucoup lui envient.

Deuxième constat: il est indispensable d’adapter au niveau local les programmes nationaux. Aux Etats-Unis, l’Etat fédéral fixe les programmes et la réglementation et les autorités locales à tous les niveaux rajoutent actions et financements.

Tous les partenariats sont bons à prendre, avec des prestataires privés, des entités caritatives… Même pragmatisme en Croatie et au Brésil.

En écho à ces exemples, Oumar Diop, président du département du travail et des affaires sociales de la commission pour l’Union africaine, déplore le «déficit de participation des autorités locales». «Pour orienter l’action des services publics de l’emploi vers les PME et les micro-entreprises, nous devons développer le partenariat avec les autorités locales.»

Pénurie de compétences

Troisième constat : seule la formation permet d’adapter les compétences aux besoins du marché qu’il s’agisse des travailleurs ayant perdu leur emploi ou des jeunes en fin d’études. «Notre défi, c’est aussi de trouver des travailleurs pour 1 à 1,5 million de postes qui ne sont pas pourvus par manque de qualification» affirme Carlo Simi. Une ambition que partagent de nombreux pays où l’on constate qu’un niveau élevé de chômage coexiste avec une pénurie de compétences.

Le Brésil met l’accent sur l’apprentissage en obligeant les entreprises, en fonction de leur taille, à embaucher des apprentis. Sous les deux mandats de Lula, le pays a multiplié par 10 le nombre des établissements d’enseignement technique. Le gouvernement a aussi prévu une indemnité conditionnée à l’obtention d’un emploi en fin de formation.

«Savoir utiliser un ordinateur est la nouvelle alphabétisation», constate de son côté Bonnie Elsey. Des «cours de rattrapage» sont prévus pour ceux qui n’ont pas terminé leurs études au lycée ou qui ont été jusqu’au bout  mais sans avoir le niveau requis. «La crise a détruit pour toujours certains emplois, constate-t-elle,  les travailleurs doivent s’adapter à de nouveaux métiers.»

Un jeu d’enfant

En Croatie, où 97% des entreprises sont des PME ou des TPE, les enfants «jouent à l’entrepreneur» dès l’école primaire, explique Ankica Paun Jarallah, directrice générale du service de l’emploi croate. Il y a des concours et des prix pour différentes catégories d’entrepreneurs. Le gouvernement vient de décider de lier fortement éducation et emploi: si des jeunes choisissent des formations qui débouchent sur des secteurs sans emploi, ils ne peuvent pas bénéficier de bourse.

Quatrième constat: la formation va de pair avec l’information sur le marché du travail. Chaque pays cherche à connaitre au plus près et à anticiper  les besoins du marché de l’emploi. Le Brésil a créé un portail web pour afficher tous les postes disponibles sur le territoire et ainsi mieux gérer les flux migratoires à l’intérieur  du pays. Aux Etats-Unis, en coopérant avec des associations d’employeurs privés les services publics peuvent afficher 90% des offres d’emploi disponibles. «La demande est le moteur de notre système, affirme  Bonnie Elsey, les employeurs sont notre client principal.»

A contrario, Oumar Diop déplore l’insuffisance d’information à laquelle se trouvent confrontés les services publics de l’emploi africains. Il cite l’exemple du Cameroun qui souhaite développer l’industrie du bois, mais ne connait pas l’état des compétences de ses travailleurs. 

Si Catherine Barbaroux se félicite du pragmatisme des exemples présentés, elle regrette, tout en le comprenant,  que la priorité soit donnée à une politique quantitative et que l’on se place beaucoup du côté des besoins de l’économie et très peu du côté des personnes. «En privilégiant l’adaptation rapide, souvent accompagnée de précarité, on s’intéresse peu à la qualité de l’emploi. Ne risque-t-on pas de régresser, s’interroge-t-elle, ou en tout cas de ne pas progresser?»

Claire Blandin

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