Astérix, Lucky Luke, Gaston Lagaffe... ce que cachent les BD de notre enfance
Depuis que l'on sait que les Schtroumpfs sont des nazis, communistes et misogynes, nous avons revisité nos classiques. Ou quand on se rend compte que Mickey est un fasciste, Lucky Luke un détraqué sexuel, Astérix un lepéniste, et Gaston Lagaffe un dangereux terroriste de l'ultragauche.
- Exposition Le monde de Franquin à Bruxelles, en 2007. 2007. REUTERS/Francois Lenoir -
On savait déjà que Tintin était colonialiste et raciste. Mais en publiant Le Petit livre bleu, ce sont nos illusions sur nos amis les Schtroumpfs que le politologue Antoine Buéno a réduites à néant. Loin de n'être que d'innocents lutins en culottes blanches, ces héros de notre enfance apparaissent enfin sous leur vrai jour: celui d'une bande d'utopistes fanatiques à tendance phallocrate, stalinienne et nazie.
Surinterprétation? Ne soyez pas naïf, c'était sous vos yeux depuis le début.
Du coup, l'envie vient de porter un regard nouveau sur les bandes dessinées qui ont bercé nos jeunes années, au cas où l'on serait passé à côté des doubles sens cachés dans les histoires de Lucky Luke ou de l'oncle Picsou. Et là, c'est le choc.
L'affaire Schtroumpf n'était que la partie émergée de l'iceberg: si on prend le temps de les analyser méthodiquement, on se rend compte que la plupart des BD que nous —et nos chères têtes blondes— avons dévorées devraient être interdites aux moins de 18 ans, voire intégralement censurées. Petit échantillon des plus dangereuses.
Astérix ou le racisme sympa
On a souvent évoqué la dimension satirique des aventures d'Astérix: en somme, les personnages de Goscinny et Uderzo ne seraient qu'une caricature rigolote du Français moyen, présenté comme un être râleur et chauvin, mais au final profondément altruiste et ouvert sur le monde. C'est faire preuve de beaucoup trop d'indulgence face à ce déferlement de clichés racistes à propos de tout ce qui ne ressemble pas de près ou de loin à un Gaulois: dans l'univers d'Astérix, les Anglais sont tous des pisse-froids, les Égyptiens sont fourbes et veules, et les Belges sont pour la plupart des gros beaufs.
Cela dit, pour les deux auteurs, les autres pays nous restent utiles quand il s'agit de faire du tourisme. Car dans le monde d'Astérix, au fond, on aime bien les étrangers, mais chez eux: la politique d'immigration du petit village gaulois ressemble en effet furieusement à un programme du FN puisqu'aucun personnage extérieur, en 34 épisodes, n'a réussi à s'y installer sur le long terme. Mais de toute façon, qui voudrait vivre au sein de cette micro-société xénophobe, alcoolique et hyperviolente?
Blake et Mortimer: l'œuvre crypto-gay par excellence
Les BD de Blake et Mortimer devraient quitter au plus vite
le rayon «enfants» de nos librairies. Car plus encore que dans les aventures de
Tintin ou de Spirou et Fantasio, la tension homo-érotique qui parcourt l'œuvre
d'Edgar P. Jacobs est palpable à chaque page. Elle s'affiche d'abord de façon
éloquente dans l'association des deux personnages principaux: d'un côté, le
viril et trapu professeur Mortimer, accro à la pipe et toujours prompt au
contact physique avec ses adversaires; de l'autre, l'efféminé capitaine Blake
avec sa belle moustache blonde et sa flegmatique élégance.
Ajoutons que ces deux-là vivent ensemble et passent une bonne partie de leur temps dans des tunnels longs, obscurs et humides (Le Mystère de la Grande Pyramide, L'Énigme de l'Atlantide et L'Affaire du collier notamment), et il ne sera guère besoin d'en dire plus. Ah si: à votre avis, pourquoi le nombre de femmes présentes dans la série se compte sur les doigts d'une main? Une coïncidence?
Mickey ou le fascisme à grandes oreilles
Difficile de trouver meilleure incarnation du fascisme cool. A l'inverse de ses potes Dingo ou Donald, Mickey est un être froid et parfait, sans aucun sens de l'humour, dont le seul moteur dans l'existence est la poursuite implacable des «méchants» (Pat Hibulaire, le Fantôme noir), c'est-à-dire de tous les individus qui ne correspondent pas à son idéal de pureté carrément malsain, voire hitlérien.
Sous couvert de défendre une morale publique qui n'existe que dans son cerveau malade, Mickey est une souris hyper-sécuritaire, qui fut tour à tour détective, flic et même soldat dans certaines bandes dessinées, et d'autant plus flippante qu'elle arbore en permanence le sourire détendu de qui a la conscience tranquille.
Plus grave: y compris dans les épisodes où il n'apparaît que comme simple citoyen, Mickey ne peut pas s'empêcher d'aider le commissaire Finot dans ses enquêtes, alors que personne ne lui a rien demandé. Notons que son obsession hygiéniste quasi-pathologique n'a rien d'étonnant venant d'un personnage créé par un détraqué anti-communiste notoire comme Walt Disney. Et dire qu'on crée des parcs d'attractions à sa gloire.
Lucky Luke, le tireur frustré
Un héros qui «tire plus vite que son ombre», ça ne vous met
pas la puce à l'oreille? Et la présence de tous ces pistolets longs et durs à
chaque coin de page, non plus? Il faut être aveugle pour ne pas voir dans le
personnage inventé par le Belge Morris un éjaculateur précoce incroyablement
complexé qui tente de compenser ses défaillances sexuelles par une consommation
frénétique de cigarettes et une obsession toute phallique pour les flingues.
En réalité, qu'elles mettent en scène des affrontements avec Jesse James, Billy the Kid ou les frères Dalton, toutes les aventures de Lucky Luke s'apparentent à une vaste quête freudienne pour savoir qui a la plus grosse. On remarquera que, comme dans le mythe de Sisyphe, cette quête est vouée à l'échec éternel dans le cas des Dalton, puisqu'il a beau les envoyer en prison un épisode sur deux, ils finissent toujours par s'évader: chassez le refoulé, il revient au galop.
Autre élément troublant: chaque fois qu'une femme en veut à la vertu de notre brave cow-boy, il se refuse à elle, préférant développer une stratégie d'évitement qui l'amène à chaque fin d'album à fuir sur son cheval en chantant tristement sa solitude. Une manière de garder secret son handicap intime?
Gaston Lagaffe: une apologie de l'anarcho-terrorisme
Si vous avez toujours considéré Gaston Lagaffe comme un
sympathique branleur parfaitement inoffensif, relisez attentivement la série
créée par Franquin en 1957. Vous y trouverez une violente apologie de
l'activisme d'ultra-gauche le plus forcené. Certes, avec son pull vert, son
gros nez et ses espadrilles trouées, Gaston a en effet l’air d'un type sympa.
Surtout qu'il aime bien les animaux et passe son temps à mettre au point des
inventions plus amusantes les unes que les autres (le Gaffophone, le
bilboquet-casque à pointe, etc.).
Mais les apparences sont trompeuses: dans chaque gag, Gaston finit toujours par saborder le travail de ses collègues. Et ce, toujours avec l'excuse sournoise de la «gaffe» involontaire. À d'autres! Au fond, ce que cet anarchiste radical de Gaston n'a jamais pu encaisser, c'est cette maudite société capitaliste et ultra-productiviste qui empêche les honnêtes feignants comme lui de profiter du système.
Voir par exemple les épisodes dangereusement subversifs où il s'en prend aux parcmètres qu'il considère comme les instruments totalitaires de l'asservissement de l'individu à l'État. À côté de Gaston, Julien Coupat est un petit rigolo.
L'oncle Picsou et l'esprit du capitalisme
L'oncle Picsou, un vieux bougon pas méchant? Ouvrez les yeux: en terme de propagande capitaliste, les BD du canard inventé par Carl Barks battent tous les records. Picsou, dans TOUTES ses aventures, ne poursuit qu'un seul but: amasser un maximum de pognon, si possible en écrasant la concurrence (Miss Tick, Gripsou, les Rapetou) et en exploitant au maximum Donald, son prolétaire de neveu. Si encore le vieux radin faisait un peu profiter les autres de sa gigantesque fortune! Mais non, ni Donald, ni Riri, ni Fifi, et encore moins Loulou ne touchent jamais le moindre pourcentage des revenus de leur oncle.
En bon calviniste besogneux et ascétique (cf. L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme de Max Weber), Picsou lui-même ne jouit jamais des fruits de son labeur, la seule volupté qu'il s'autorise consistant à plonger quotidiennement dans sa réserve de pièces. Bien sûr, on peut lui trouver des excuses, par exemple en relisant la série La jeunesse de Picsou par Don Rosa sous l'angle bourdieusien: et si tout son parcours n'était motivé que par un immense désir de revanche sociale?
Rappelons que lorsqu'il n'était qu'un enfant issu de la classe populaire, Picsou jura solennellement de compter tous ses sous et de se méfier de tout le monde après s'être fait escroquer par un ami de son père. Sur un plan plus psychanalytique, son amour déçu pour la chanteuse de saloon Goldie peut également expliquer sa cupidité névrotique: un peu comme Lucky Luke, Picsou ne ferait-il qu'investir sa libido frustrée dans une quête infinie, en l'occurrence l'accumulation de richesses?
Bel exemple pour la jeunesse, en tout cas!
Pierre Ancery
Si vous aimez la BD, n'oubliez pas Des Bulles carrées, le blog BD de Slate.
Mis à jour le 08/06/2011 à 15h42












































N'oublions pas la perle la plus rare, le joyau le plus beau, à savoir « Spirou chez les pygmées », une bande dessinées finement ciselée dans les années 40 et qui amusait beaucoup les petits enfants de Belgique et de France au temps béni des colonies.
Nulle interprétation et nulle psychanalyse ne sont nécessaires. C'est direct. Ça va droit au cœur.
Extrait du Wiikipedia, au sujet de cette B. D. :
« Un léopard s'installe chez Spirou. Avec l'aide de Fantasio, il retrouve son maître, qui n'est autre que l'empereur d'une petite nation insulaire, Lilipanga, dont les deux ethnies, les Lilipangus bruns de peau et les Lilipangués noirs sont en guerre ouverte. L'empereur ne contrôle que les Lilipangus, et demande à Spirou et Fantasio de venir l'aider à résoudre le conflit. Après quelques aventures, ils découvrent que les Lilipangués sont seulement des bruns qui ne se sont jamais lavés, et qu'ils sont gouvernés par un bandit qui veut mettre la main sur les richesses de l'île. Il est finalement neutralisé et tous les Lilipangués lavés ... »
http://fr.wikipedia.org/wiki/4_aventures_de_Spirou_et_Fantasio
.
Sinon, je suis curieux de savoir, si dans 50 ans, on verra l'oeuvre de Marc Levy d'un autre oeil?
Ne serait-ce pas un peu facile de grossir des évidences? Est-ce que ça ne saurait pas des arguments typiques des fanachistes ( cf le Grand Détournement, pour ceux qui ne connaissent pas cette expression )?
Une petite idée comme conclusion. C'est assez drôle à quel point cet article ne prend en compte que des œuvres passées ? Ayez un peu le courage d'assumer vos opinions en montrant comment est reflétée notre société actuelle à travers des bd, des mangas ou des comics "contemporains"? Au moins, les auteurs et créateurs auront l'occasion de répondre à vos provocations puériles.
Vous avez utilisé, à raison, ces expressions. Vous en tirez, en revanche, la mauvaise conclusion (à mon humble avis).
Et puis de toute manière, les Bandes Dessinées ne sont pas destinées aux enfants, donc peu importe le message qu'elles véhiculent. (Oh, du second degré ! Faites un vœu !)
" Pourquoi votre enfant est fan de Disney " d'Edwige Antier, je vous jure, ça décoiffe. http://www.amazon.fr/Pourquoi-votre-enfant-est-Disney/dp/201236330X/ref=sr_1_40?s=books&ie=UTF8&qid=1307526541&sr=1-40
Arriver à s'énerver sur un article aussi rigolo et aussi léger, ne pas voir la dimension parodique révèle une grande rigidité...
Bref, hier soir j'ai lu à ma fille un album des Schtroumpf et on peut ajouter à leur dossier en nazification le profond anti-intellectualisme qui les caractérise, dont la manifestation la plus frappante est le sort réservé au Schtroumpf à lunettes. Ce dernier incarne la réflexion et la raison, or ses considérations sont la plupart du temps sanctionnées par un coup de marteau sur la tête.
J'en ai toujours conçu un vague malaise, à présent que je comprends la logique de cet univers totalitaire, tout s'éclaire.
Le principe est de réunir une icône enfantine et les pires horreurs du XXème siècle. Soit les Scroumpft et le "communo-nazisme". Tu écrits un petit bouquin, les journalistes le reprennent et sans amusent et tu obtiens tout un tas de commentaires ridicules. Pire même les "intellectuels" enragent. C'est très très drôle et Antoine Buéno a parfaitement réussi sont coup de com. Chapeau!
Ce qui est bien avec cette histoire de Scroumpft c'est que tu peux leur faire dire tout et son contraire. Personnellement je pencherai plus pour la thèse du coté schtroumpf de Lucky Luke. Ça devait y aller dans les caves des saloons...
Mon conseil à Tartenpion, oubliez la fée Clochette c'est qu'une petite schtroumpfeuse et elle est trop schtroumpf pour avoir une opinion sur quoi que ce soit!
A propos d'idéologie, quel camp choisissez-vous : tire-bouschtroumpf ou schtroupf-bouchon ?
Bon...sur ce, je m'en vais regarder Oui-Oui.
Je m'adresse donc présentement directement à lui : comment avez vous oser oublier l'incitation à la délinquance routière entérinée dans Michel Vaillant ou encore la critique acerbe de la famille et de l'école faite dans Boule et Bill, l'apologie de la délinquance dans Quick et Fluke, la résignation face à impossibilité de la moindre ascension sociale (Iznogoud) et tant d'autres titres qui n'ont servi que d'outils vils et lâches aux auteurs de bandes dessinées pour déconstruire le futur de l'humanité !
Décidément, je vous trouve bien indulgent et je suis affligé par l'absence de recul des commentateurs qui trouvent encore le moyen de se voiler la face en réfutant l'évidence ! Espérons que les générations futures sauront honnir tous ces ouvrages et les bruler sans quoi ces moyens d'aliénation de masse risquent d'être transmis sur plusieurs générations !
"Bel exemple pour la jeunesse, en tout cas! "
Asynkrone2112
Je me suis bien marrée en vous lisant en tout cas !
Certes on y trouve de nombreuses remarques pertinentes cependant il faut relativiser et surtout en relever le caractère loufoque de celles-ci.
L'auteur de l'article s'en prend principalement aux protagonistes des ces BD et non pas aux auteurs ce qui prouve une sorte d’auto dérision de ses propres propos.
Il est à noter que derrière l'aspect comique ce cache une certaine part de vérité qu'il est important de relever.
Mais je pense que ces BDs ont eu un degré d'influence bien moindre qu'un bon film de Bruce willis bien VIOLENT, ce genre qui matraquent nos écrans depuis plus de 20 ans.
Ainsi je propose aux lecteurs l'expérience suivante ; détentez-vous 5 min, puis regardez "Piège de Cristal" ou équivalent. Ressentez-vous ce matraquage au niveau du plexus abdominal ? Ressentez-vous ce poison qui perfuse votre inconscient ? D'où provient l'agressivité débridée des jeunes générations selon vous ?
Le temps d'Astérix le Gaulois, c'était du gâteau, une époque que l'on pourrait presque finalement regretté...