Economie

La filière automobile en mal de candidats

Gilles Bridier, mis à jour le 08.06.2011 à 6 h 36

Le chômage ne se résorbe que lentement et pourtant, le secteur a dû mal à embaucher. Comment y remédier?

Une Toyota Auris présentée à Genève en 2007. REUTERS/Denis Balibouse

Une Toyota Auris présentée à Genève en 2007. REUTERS/Denis Balibouse

Alors que le chômage ne décroît que très lentement en-dessous des 10%, l’automobile –bizarrement– manque de bras. Pas dans les usines, mais dans les réseaux des marques. Dans la moto et le camion, les concessionnaires se plaignent de la même façon que dans la voiture particulière.

Le problème? La filière ne parvient pas à attirer des profils adaptés, tant dans ses ateliers de mécanique que dans ses show-rooms. Dévalorisation des métiers, mauvaise connaissance des spécialisations, sous-estimation des évolutions de carrière… même si la voiture fait rêver, on ne se bouscule pas pour intégrer la filière.

Symptôme du malaise, les membres de la Chambre syndicale internationale de l’automobile et du motocycle (les réseaux des marques étrangères en France) ont organisé en mai trois ateliers de réflexions avec le Garac (l’école de formation de la filière automobile) et l’Education nationale pour voir comment améliorer l’attractivité et l’employabilité.

En l’occurrence: mieux adapter les formations techniques et commerciales et mieux faire connaître le secteur pour que, tant au niveau de la formation initiale que continue,  l’automobile attire et fidélise.

Les métiers de l’automobile ne font plus rêver

L’exemple est intéressant à plus d’un titre. D’abord, il s’agit d’un secteur emblématique. Ensuite, les concessionnaires des marques étrangères en France (45% des ventes de voitures, 33% des utilitaires légers et 68% des camions) ont une vision très large du sujet. Enfin, le ministère de l’Education nationale s’investit également sur ce dossier pour faire reculer le chômage des jeunes (moins de 25 ans) qui représente toujours environ 15% des demandeurs d’emplois.

L’alternance, notamment, mérite d’être approfondie. Par exemple, même s’il a doublé en 20 ans chez les 15-29 ans scolarisés, le cumul-emploi études ne concerne aujourd’hui en France que 15 % d’entre eux, explique le Centre d’analyse stratégique. «Près de 600.000 jeunes étaient fin 2010 en contrat de professionnalisation (173.000) ou d’apprentissage (414.000). L’objectif de 800.000 alternants en 2015 pourrait se heurter au manque de capacités d’accueil, à la fois dans les entreprises et dans les centres de formation», note le CAS.

En outre, pour répondre aux besoins de l’automobile, il ne suffit pas de former des mécaniciens. C’est justement ce qu’il convient de corriger. Les outils numériques doivent être au centre de la formation, ce qui est une façon de stimuler l’intérêt des jeunes. Les nouvelles technologies et méthodes de vente doivent être accessibles grâce à la mise en place de programmes de e-learning, à la disposition des salariés du secteur.

Rien de très nouveau, mais les problèmes subsistent. Ils ne se posent pas trop pour les titulaires de BTS, mais pour les jeunes qui quittent le système scolaire en fin de troisième. La question consiste à trouver les bonnes applications de ces nouveaux outils pour les inciter à progresser dans la filière automobile.

Réinventer la relation client

Le secteur a aussi besoin de réinventer ses relations avec ses clients. A ce stade, ce sont les entreprises elles-mêmes qui doivent se remettre en question pour placer le client au cœur de toutes les fonctions (celles du show-room comme celles de l’atelier).  Avec un corollaire évident au niveau des formations pour que, de l’atelier des pièces détachées à la comptabilité, une redéfinition des postes soit menée.

Dans certains pays nordiques, les profils de postes ont tellement évolué que le réceptionniste –le premier au contact du client– est aussi celui qui établit le bon de commande, puis la facture. Et accompagne le même client jusqu’au bout de l’intervention.

De tels objectifs peuvent paraître bien abstraits. D’ailleurs, ils le sont. Car depuis le temps qu’on les exprime, les solutions concrètes continuent de faire défaut. On soulignera l’intérêt de campagnes de communication pour mieux faire connaître les spécificités de la filière et les potentialités d’évolution de carrière. 

Mais on peut aller plus loin, en commençant par mettre en place des interfaces entre les professionnels, les organismes de formation et l’Education nationale, pour qu’ils échangent mieux leurs expériences –ne serait-ce qu’au niveau local pour faciliter la découverte de ces métiers par les jeunes.

Adapter les formations et les diplômes

On pourrait aussi imaginer que les représentants de la filière fassent le siège des commissions de l’Education nationale qui conçoivent les diplômes professionnels, pour leur donner un contenu qui corresponde mieux à leurs besoins. Pour les diplômes de nature industrielle, un grand pas a déjà été fait dans cette direction. En revanche, pour les fonctions du tertiaire, beaucoup reste à faire.

On pourrait aussi inciter tous les acteurs à développer les certificats de qualification. Car si les diplômes commerciaux marchent plutôt bien dans le cadre de la validation des acquis de l’expérience (VAE),  les contrats de professionnalisation ne sont pas assez nombreux dans le secteur automobile. Or, ils ont précisément pour objectif d’«améliorer l’adéquation entre les besoins des entreprises et les compétences des bénéficiaires». C’est exactement la problématique à laquelle la filière automobile est confrontée. Et l’ensemble du marché du travail également.

Mais l’offre de formation est peut-être devenue trop complexe pour que les entreprises en tirent le meilleur profit. Des professionnels, qui estiment ne pas connaître les outils que les organismes de formation de leur secteur mettent à leur disposition, en conviennent.

Dans ces conditions, l’ensemble des acteurs aurait intérêt à instaurer une sorte d’agenda commun pour progresser dans les mêmes directions et au même rythme. Pour éviter par exemple que des organismes dont c’est la fonction, reconnaissent ne toujours pas savoir fixer le bon niveau de compétences pour une formation précise! Un comble.

Gilles Bridier

Chronique également parue sur Emploiparlonsnet

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