Exception culturelle: Hadopi nous a désunis
La loi Internet et Création sème la pagaille
- Soirée des Enfoirés 2009 -
Nous l'avons tant aimée. Et oui: «l'exception culturelle» nous valorisait comme des êtres d'exception d'abord attachés à l'être et non aux logiques marchandes. Des sentinelles du sens, encore embrasées par Les Lumières. A chaque tentative de dérégulation des biens culturels, nous répondions «présents» avec nos oriflammes et nos pépites juridiques. Nos convictions étaient contagieuses. Nous arrivions à mobiliser suffisamment de pays pour l'emporter au poteau lors des négociations internationales.
Souvenons-nous, les aventures du Gatt en 1993 et de la Convention pour la diversité culturelle à l'Unesco en 2005. La Motion Picture Association of America nous maudissait. Mais les réalisateurs de tous les pays nous regardaient avec les yeux de Chimène. Surtout, nous étions tous frères et sœurs dans ce combat. La gauche et ses satellites, jamais en retard d'une pétition ou d'un défilé lorsque la Création était menacée. La droite et ses diverses composantes, qui suivaient fidèlement pour protéger nos valeurs et notre identité. Nous marchions tous d'un seul pas derrière les artistes et leurs organisations professionnelles. Ce plaisir fusionnel n'est plus. Hadopi nous a désunis.
Lors du débat sur la loi instituant une riposte graduée contre le téléchargement illégal de musiques et de films nos certitudes se sont fissurées. Hadopi a instillé un doute béant chez les socialistes qui, dans un premier geste avaient voté en faveur du dispositif au Sénat en octobre 2008, puis se sont rétractés radicalement en mars-avril 2009. Elle a ébranlé la droite qui est apparue hésitante et qui, faute d'organisation et de détermination, s'est fait berner lors du vote du 9 avril -où le projet a été rejeté grâce à une majorité de gauche.
Les champions de l'exception culturelle, armée impressionnante menée par la SACD et la SACEM et englobant pratiquement tous les intervenants des secteurs du cinéma et de la télévision, marchaient en tête. Or ces combattants se sont retrouvés comme des généraux désertés par leurs troupes au moment décisif de la bataille, puisque les artistes eux-mêmes se sont dissociés entre les «pour» et les «contre» - les premiers certes plus nombreux que les seconds, mais cette lézarde inhabituelle a refroidi les ardeurs.
Qui est le tombeur de l'exception culturelle? La nouvelle génération, internaute dans l'âme, invoquée par tous les détracteurs de Hadopi. Elle est née avec les dispositifs législatifs en faveur de la création française et européenne, fin des années 80 et débuts des années 90, mais cette mobilisation lui parle peu. Elle ignore la batterie de quotas qui barde tous les médias au service du cinéma et de la musique, des dispositifs qui lui sembleraient sûrement aussi liberticides que les barbelés des DRM.
Son territoire de prédilection, le Web, ne connaît pas les frontières. Nourrie à la sève de MTV et des blockbusters américains, mêlant allègrement idéaux du partage et pratiques du piratage, elle perçoit mal l'enjeu du combat mené par les artistes hexagonaux. Surtout, elle est scandalisée par le coût des productions culturelles (autour de 20 euros pour un CD, 10 euros pour une place de cinéma, 1 euro pour l'écoute d'un titre sur un site de musique), des tarifs vraiment disproportionnés face à la situation financière de la plupart des jeunes et qui, par leur démesure, inclinent à accroître les disparités déjà fortes entre les membres de la nouvelle génération.
Résultat: beaucoup d'internautes assimilent le secteur des industries culturelles à des majors qui s'engraissent sur leur dos. Hasard de calendrier, la crise économique est survenue au même moment où se discutait la loi: l'indignation contre Hadopi a ainsi embrayé sur la colère populaire contre les patrons du CAC 40 et les banquiers. «Majors et banques, même combat, tous prédateurs» rage l'internaute qui bidouille. Finalement, dans un tel contexte, la piraterie est perçue comme une rébellion légitime et un acte de bon sens.
Par ailleurs, l'analyse sur la complexité de l'économie des activités artistiques est comme inaudible. Expliquer le rôle des petites maisons de production (la production indépendante est un des piliers de la politique de l'exception culturelle) dans l'innovation et la détection de talents est hors de propos, puisque les jeunes (et d'autres) pensent que la flexibilité du Net permet l'éclosion de nouveaux artistes et leur financement. De plus, le streaming sur des sites comme Deezer ou Jiwa -qui se rémunèrent par la publicité- semble dégager une voie légale pour écouter gratuitement de la musique, et donc reléguer la loi Hadopi dans les ténèbres du monde d'hier.
Certes, le contexte social n'est pas favorable à Hadopi. Néanmoins, on a du mal à jeter aux orties une telle loi qui, en protégeant les industries créatives, s'inscrit dans le prolongement des politiques culturelles menées depuis des décennies en France. Quel que soit leur mode d'accès, galaxie numérique ou supermarché du coin, les biens culturels, musiques et films en particulier, reposent sur de forts investissements de départ -mise de fonds effectuée dans l'incertitude puisque «nobody knows» si l'œuvre va plaire, comme le souligne l'économiste Richard Caves. La politique de l'exception culturelle, juste dans son principe (elle oblige les distributeurs à participer au financement de la création) a fait ses preuves, en particulier dans les secteurs du cinéma et de la chanson française. Et elle déploie sa logique dans le numérique, par exemple en incitant des opérateurs de la téléphonie mobile à investir dans le cinéma.
Les déchirements autour de la loi Hadopi feront date. L'exception culturelle, qui fut un des rares secteurs de consensus entre forces politiques, est aujourd'hui une pomme de discorde. Le plus insolite dans cette polémique: abriter la culture sous l'aile de l'Etat est ici (plutôt) porté par la droite, alors que la gauche s'emballe d'un (presque) élan pour les valeurs libertaires et libérales du Web.
Et nos artistes adorés? Francis Cabrel, Alain Souchon, Agnès Jaoui et plein d'autres seraient favorables à la loi Hadopi. Catherine Deneuve et Cali plutôt contre... Mais beaucoup d'artistes ne se sont pas exprimés, peut-être sont-ils déboussolés.
Monique Dagnaud
Mis à jour le 16/04/2009 à 19h15










![[Le 20'12] Vincent Peillon: «Il n'y a pas qu'une seule politique possible» [Le 20'12] Vincent Peillon: «Il n'y a pas qu'une seule politique possible»](http://www.slate.fr/sites/default/files/imagecache/bloc-alaune/peillon_4.jpg)































Elle est bonne celle là, dire que ceux qui sont contre la loi sont forcement contre l'exception culturelle française. Joli. A ajouter à: si vous êtes contre, vous n'aimez pas les artistes.
Si nous somme désunis c'est que la loi ne traite absolument pas des artistes et de la création (malgré son intitulé) mais simplement essaye de sauver l'industrie du pressage de disque qui, bien qu'aujourd'hui dépassée, refuse d'évoluer. Pour ce faire la loi n'hésite pas à violer des libertés publiques essentielles (comme celle relative à l'intervention d'un magistrat préalablement à toute condamnation à exécution d'une peine) mais ne prévoit aucune piste pour adapter les modes de rémunération des créateurs aux nouvelles technologies.
Cet article est loin d'être aussi réducteur.
Il a le mérite de pointer les vrais enjeux de la loi Hadopi : notre perte de repères culturels (comment se fait la culture, qui la finance, qui la paie) et le risque, pour le système des distributeurs indépendants, d'être démailloté et privé d'une grande source de financement si la gratuité et le piratage venaient à s'imposer dans la culture.
Enfin, on ne parle pas que des majors !
Je ne suis pas certain qu’une comparaison entre HADOPI, et les précédentes législations de promotion de la culture française soit aussi évident.
Oui HADOPI, à pour but de protéger les œuvres de l’esprit mais HADOPI n’a pas pour objectif de promouvoir la création française. Cette différence peut expliquer à elle seule pourquoi aucun consensus politique ne s’est dégagé lors des débats parlement.
De plus HADOPI vise directement le citoyen et non les diffuseurs. C’est une chose d’imposer des quotas de musique française à une radio et de demander au chaine de télévisions de financer le cinéma, c’en est une autre que de placer des internautes devant un risque de suspension de connexion.
Mais la nature la loi à suivre ou non notre si chère « exception culturelle » n’est pas une raison suffisante pour définir HADOPI comme une loi bonne ou mauvaise. Son objectif est juste, protéger les œuvres de l’esprit du piratage est salutaire. Mais les dispositions pour atteindre les objectifs prévu par la loi son obsolètes et dangereuses.
Obsolètes puisque de nombreux réseaux de téléchargement proposent déjà un service de cryptage de données rendant impossible toutes identifications des fichiers téléchargés.
Dangereuse puisqu’en se basant sur la détection d’une adresse IP (numéro identifiant un internaute sur internet) téléchargeant un fichier pirate, le système se base sur le fait qu’une adresse IP est indissociable de l’internaute à qui elle à été attribué. Malheureusement il est assez facile pour un pirate de se connecter au wifi d’un de ses voisins et de se faire passer pour lui sur internet. Ainsi un internaute intègre risque jusqu'à la coupure de son accès pour des fautes qu’il n’a pas commis.
Pour simplifier en l’état HADOPI risque d’accuser des innocents sans endiguer le piratage. De plus pousser les pirates à utiliser des réseaux cryptés (et souvent payant 5-10€ par mois) engendrera l’expansion d’une économie parallèle basé sur le vol d’œuvre de l’esprit. Une loi qui malgré toutes les bonnes volontés du monde risque fort d’être contre productive…
Le problème principal de l'Hadopi c'est que tout le monde est d'accord sur le fond, faut-il encore le rappeler: même les internautes anti-hadopi sont favorables à une juste rémunération des artistes et des créateurs et à la défense de leurs droits ! Par contre il est très difficile d'être favorable à l'Hadopi sur la forme ! Par exemple on parle de défense des petites sociétés de production et des indépendants, or l'Hadopi ne leur garantit rien de précis, ils sont livrés à eux-mêmes et ce sera à eux de payer des sociétés privées pour surveiller l'internet à la recherche de téléchargements illégaux de leurs oeuvres, les modalités et tarifs étant d'ailleurs inconnus à ce jour, comme beaucoup d'autres détails d'aillleurs tout semblant improvisé dans cette loi... La liste des défauts, des anomalies et autres incongruités de ce système Hadopi est longue comme un jour sans pain...
on parle de défense des petites sociétés de production et des indépendants, or l'Hadopi ne leur garantit rien de précis, ils sont livrés à eux-mêmes et ce sera à eux de payer des sociétés privées pour surveiller l'internet à la recherche de téléchargements illégaux de leurs oeuvres, les modalités et tarifs étant d'ailleurs inconnus à ce jour
Il me semble que ce sont les sociétés de gestion des droits qui sont de façon générale dores et déjà chargées de cette surveillance.
Madame Dagnaud,
que d'amalgames dans ce texte :
-pour vous c'est une génération nourrie de MTV et de Blockbuster américains qui rejette ce texte liberticide et impossible à mettre en œuvre. C'est, me semble-t-il, faire peu de cas des milliers de personnes qui se sont opposés à ce texte, beaucoup d'entre eux ayant plutôt connu la piste aux étoiles et la grande vadrouille.
- quand les défenseurs de cette proposition de loi s'appellent Obispo et Halliday, il vaut mieux faire une croix sur l'exception culturelle comme eux ont fait une croix sur leur citoyenneté en quittant ce pays pour ne pas payer d'impôt. Et puis, l'exception culturelle ce n'est pas des quotas mais un vrai talent et celui-là est respecté (il n'y a qu'à voir comme le salon du livre a été une réussite en cette année de crise et comme des chanteurs français percent en étant produit en dehors des grandes maisons de disque)
-enfin réduire l'internaute à un idiot ne sachant pas faire la différence entre une loi liberticide et les stocks options des banquiers bien peu scrupuleux (mais soutenus par le même gouvernement) c'est un peu réducteur.
Je ne peux que vous conseiller de vous renseigner un peu, en allant voir le site de la quadrature du net par exemple, avant d'écrire des articles qui ont autant de rapport avec la réalité que Mme Albanel ou Mr Lefevre avec Internet.
La désunion qu’a provoquée Hadopi, n’est qu’une conséquence de l’incapacité d’adaptation des majeurs aux changements.
L’exception culturelle c’est bien ! La rentabilité financière c’est mieux !
La manière dont tout un chacun s’approprie la technologie mise à disposition n’est pas la même pour un artiste, un éditeur, ou un utilisateur lambda.
Le débat à t’il réellement eu lieu, ou n’était ce qu’un texte joué d’avance ?
On peut se le demander, lorsque l’on voit l’acharnement que met le gouvernement à repasser un texte (Hadopi) rejeté légalement (même si la manière laisse à désirer) par le parlement !
Qui sont les champions ?
Les généraux sont donc tous les acteurs de l’industrie de la musique, de la télévision, du cinéma, on pourrait y rajouter l’ensemble de la classe politique !
L’armée de sans grades est donc constituée par les « pauvres » artistes désunis en pour et contre !
Le véritable enjeu !
Si l’une des causes, est le changement de support de l’œuvre, le format numérique, Internet, et par extension la mutation technologique, qui facilite son utilisation, son accession. Il n’en demeure pas moins que l’exception culturelle ne vaut pas grand-chose face à la logique économique, véritable fossoyeuse de l’exception culturelle.
Ce qui m’étonne de votre part, c’est que vous réduisez hadopi à la culture, mais son champ coercitif va bien au delà. Que se passera t’il lorsque les étudiant ne pourront plus télécharger les logiciels nécessaires à leurs études ? Devront ils arrêter leurs études ou devenir des « Hadopi délinquants » comme tous ceux qui téléchargent la moindre photo, le moindre texte, la moindre vidéo, la moindre musique.
La nouvelle génération, comme la précédente, perçoit très bien l'enjeu du combat mené par les artistes hexagonaux ! Le pognon, les Tunes !
Oui ! Ils s'engraissent sur leur dos des internaute, et quand ce dernier n’accepte plus le dictat des majors, alors l’état vient à la rescousse. L’assimilation n’est pas qu’une illusion lorsque l’on voit les sommes en jeux, le prix des produits, et la part financière qui revient aux majors comparée à celle des artistes.
Des trois mesures envisagées, la licence globale, était celle qui était la plus pragmatique (la plus acceptable), susceptible de mettre tout le monde d’accord..., mais pas pour les majors, elle n‘était pas assez rentable ! Pourtant c’était celle qui se préoccupait plus de la rémunération des artistes que des majors !
Dans une économie libérale, les faibles doivent disparaître, « la production indépendante un des piliers de la politique de l'exception culturelle »n’a plus sa place, si elle ne trouve pas d’autres moyens de son existence. Quand à ceux qui ont du talent, ils n’ont qu’à faire comme leurs aînés, faire des tournées, du théâtre, ou utiliser Internet pour se faire connaître. On peut gager que les majors sauront reconnaître le talent, à moins que ce qui les ne intéresse soit plus mercantile.
Evidement si la base du métier de chanteur, de comédien trouve sa réalité dans l’exercice de la scène.., c’est plus fatiguant. Enregistrer un album ou faire un film et encaisser les royalties est sûrement moins compliqué.
Cette loi n’instaure pas une infraction, elle institue un délit, elle criminalise l’internaute qui télécharge des contenus mis à disposition des internautes. Contrairement à ce que vous dites, les industries ne sont pas créatives, ce sont les artistes qui sont les créatifs. L’industrie n’est que le support marchand de cette création.
Les déchirements autour de la loi Hadopi feront date.
Vive la liberté ! Crient les internautes. Vive les Tunes ! Crient les majors. A bas l’exception culturelle ! Crient Albanel and Co.
Les artistes en prenant position pour où contre, ils risquent surtout, de gagner ou de perdre du public, de gagner ou de perdre des pépètes !
Nous, nous risquons une amende (pour l’état, pas pour les artistes), nous risquons une coupure de la connexion Internet (très chinois comme mesure).., et bientôt peut être la prison !
Félicitations Madame Dagnaud pour votre couverture de l'évènement.
Que ce soit ces deux articles sur slate.fr ou encore celui sur telos (pourquoi la main tremble) on retrouve à chaque fois une vision posée et claire qui nous change du mainstream démagogique des positions anti-hadopi que l'on retrouve majoritairement à gauche. Vous avez mis à jour le noeud de l'incohérence de la position de la gauche sur ce probleme.
Au delà des penchants libertaires des utilisateurs, un élément que vous ne mettez pas suffisamment en avant est la dimension ontologiquement darwiniste de la culture Hacker (pirates informatiques). Ce sont eux qui ont mis à la disposition des premiers des outils et technologies qui remettent en cause des pans entiers de nos sociétés.
Je travaille dans l’informatique et j’en ai cotoyé un grand nombre dans des pays différents. Ce sont des gens souvent très brillants qui maitrisent parfaitement les nouvelles technologies. Leur contribution à l’émergence naturelle du logiciel libre est un exemple formidable de collaboration universelle pour un bien commun. Une quasi utopie réalisée avec un succès exemplaire en un temps prodigieux.
Leur anticipation du monde qui vient est fulgurante. Ce qui peut être dangereux. J’ai de sérieux doute sur leur capacité à prendre du recul sur toutes les conséquences morales et sociétales de certaines de leurs applications des technologies : le téléchargement en est une.
L’échange de musique/films leur semble ainsi naturel car faisable. Et je ne parle même pas des jeux vidéos dont le hacking (craquage, téléchargement) est élevé au rang de trophée. Dans cette nouvelle culture, l’achat d’artefact culturel est globalement identifié à une défaite. Ces échanges présentent toutefois une différence fondamentale avec le logiciel libre (qui est leur manière de fonctionner) : l’auteur n’est pas nécessairement d’accord pour que son oeuvre soit échangée/partagée.
Et s’ils font preuve d’une grande solidarité entre eux (logiciel libre etc …), que les productions cinématographiques ou musicales indépendantes de hong kong, d’afrique ou de France disparaissent en raison de ces avancées technologiques, cela n’est pas leur problème. L’approche est fondamentalement darwiniste : il mettent à disposition (gratuitement : respect) du monde des outils et technologies (dans une course excitante à la prouesse technologique) et le plus apte survit.
L’entretien de Richard Falkvinge (leader du parti des pirates en suède) sur Fluctuat donne une bonne indication de cette culture libertaire. Et je ne comprends pas que la gauche puisse la défendre. Extrait :
"Je me moque de savoir si une industrie va s’adapter ou pas. S’ils n’ont pas de business model viable, ils méritent de mourir. Des tas de business vont et viennent au fil du temps. Quand les tisserands ont jeté leurs sabots dans la Spinning Jenny (un métier à tisser mécanique inventé en 1764, ndlr) parce qu’elle rendait leur savoir-faire obsolète, que se serait-il passé si les pouvoirs publics avaient pris le parti des travailleurs ? La révolution industrielle n’aurait pas eu lieu.
Il n’est pas du ressort des politiciens d’empêcher les industries qui n’apportent pas de valeur ajoutée sur le marché de faire faillite. Je ne crois pas en une économie planifiée.”
Pour conclure : indépendamment ce qu'elle peut apporter aux artistes (je doute que ce soit spectaculaire) une loi encadrant le pouvoir des hackers et leur penchant darwiniste dans notre société hyper-technologique me semble, sur le plan moral, plutôt une bonne chose.
Cecil
Je suis moi-même auteur de logiciels (dont un dans le temps qui s'appelait comme vous cecile, ironie du sort, 3 ème réponse si vous tapez "cecile logiciel" dans Google alors que j'ai arrêté ce soft il y'a 8 ans pas mal comparé à certains petits jeunots héhé...), mes logiciels sont des oeuvres de l'esprit protégées par droit d'auteur, et comme vous le savez sans doute oeuvres historiquement les premières à avoir été piratées sur internet (du fait de la taille modeste des fichiers comparés à l'audio ou la video) ainsi que les premières à avoir dû faire face à de la concurrence qu'on pourrait qualifier de déloyale à moins, entreprises de grande taille pouvant se permettre des rabais indécents (Microsoft, etc...) puis shareware, et enfin la concurrence de la gratuité : freeware puis logiciel libre... Bref cela fait au bas mot 15 ans que mon métier subit les mutations que les industries de divertissement (ne pas confondre culture et divertissement svp merci...) vivent actuellement sans les avoir anticipé (faute professionnelle grave). Les PME/PMI dans mon domaine ont peu de poids politique et les auteurs indépendants encore moins c'est dire, du coup on n'en a jamais parlé dans les medias et on n'a jamais fait de loi sur ce sujet... Pour autant tout comme l'immense majorité de mes collègues je me suis adapté à la nouvelle donne, je fournis des produits et services différents à des clients différents avec des financements différents, voilà tout...
Alors, oui, c'est se résoudre à l'évolution telle que décrite par Darwin (se résoudre ne veut pas dire se soumettre), mais le fait que cela soit négatif reste à prouver...
Bonjour Sandy, merci pour votre réponse. Vous remarquerez l'absence de "E" à la fin de mon prénom.
Il y a une différence considérable entre les 2 situations. Dans votre cas il s'agit d'une pure contrainte interne à votre industrie : si vous produisez de la technologie logicielle, la moindre des choses est que vous sachiez vous adapter aux évolutions de cette industrie. Sans cela en effet, je n'ai pas de doute sur le sort funeste qui guette votre activité. Il s'agit d'un Darwinisme purement sectoriel en l'occurence celui de l'industrie logicielle. Je n'ai pas de problème avec cela.
Dans le cas de l'industrie culturelle (musique, cinéma ...) c'est une toute autre affaire : il s'agit de contraintes externes imposée par une autre industrie. Dès lors cela devient un problème de société. Car à terme, pour le coup, seuls les plus forts survivront (produits standards, chanteuses de major, blockbusters, etc ...) Et tout un pan de création alternatif, indépendant, etc ... disparaitra ou sera complètement dilué dans l'océan de productions d'artistes amateurs.
Et en ce qui me concerne, étant du métier (informatique) et ayant changé d'activité professionnelle et d'employeur à plusieurs reprises dans cette industrie je ne me fais pas non plus de soucis sur ma capacité à absorber ces changements. Toutefois, être capable de supporter ces contraintes dans le cadre de son travail c'est une chose. Se résoudre à ce que celles-ci soient imposées à l'ensemble des autres activités en est une autre.
Je vous invite à lire "Le Capitalisme est-il moral ?" de Comte Sponville. Il y évoque les 4 ordres Pascalien (http://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Comte-Sponville#Quatre_ordres). Nous sommes, ce me semble, en l'occurence dans un cas typique d'application où l'ordre politico-juridique est nécessaire pour réguler les avancées de l'ordre technico-économique.