Economie

Le PS saura-t-il revenir à la troisième voie?

Eric Le Boucher, mis à jour le 06.06.2011 à 6 h 52

DSK hors-course, quelles sont les idées du Parti socialiste?

Martine Aubry et Ségolène Royal, le 24 mai 2011 à Poitiers. REUTERS/Julien Muguet

Martine Aubry et Ségolène Royal, le 24 mai 2011 à Poitiers. REUTERS/Julien Muguet

Quelle est aujourd'hui l'idéologie véritable du Parti socialiste? La présence de Dominique Strauss-Kahn sur la liste des candidats aux primaires laissait le spectre très ouvert. Sa disparition resserre-t-elle l'éventail et signifie-t-elle l'absence d'une candidature sociale-libérale?

Entre Martine Aubry et François Hollande, n'y a-t-il, comme on l'entend, aucune divergence sur le fond? Le «projet» du PS, voté à l'unanimité le samedi 28 mai, représente-t-il vraiment l'alpha et l'oméga des idées socialistes pour 2012?

Que pensait DSK?

On ne peut affirmer que Dominique Strauss-Kahn aurait eu un programme social-libéral. Il conservait une grande part d'ambiguïté. Economiste, il est parti comme les jeunes gens de son époque de la gauche marxiste du PS.

Il a été le plus en pointe des ministres pour critiquer la politique d'austérité (dite de «désinflation compétitive») menée par Pierre Bérégovoy, aux Finances depuis 1984 puis à Matignon. En 1997, c'est lui qui fait inscrire dans le programme du PS: les 35 heures, les emplois jeunes et la relance par les salaires. Autant de mesures qui ne le classent pas du côté des libéraux.

Mais ministre des Finances, puis avocat, ses idées semblent évoluer ensuite. L'homme politique reste flou sur ses convictions, mais l'économiste apparaît sensible aux thèses de «la troisième voie» ouverte par le sociologue britannique Anthony Giddens et reprises par Tony Blair. Il est aussi sensible aux thèses des socialistes scandinaves qui dénoncent les aides sociales «passives» et privilégient les mesures dites «actives» qui incitent les gens à travailler.

Un livre naîtra en 2002 de ces réflexions: La Flamme et la Cendre. DSK tente de «revaloriser le goût du risque» et affirme, comme Tony Blair ou Bill Clinton, qu'il faut privilégier la croissance. Une note de la Fondation Jean-Jaurès sur «les inégalités réelles» viendra en 2004 compléter la pensée strauss-kahnienne. On y lit qu'il faut «passer de la compensation en aval des inégalités –la logique de l'Etat providence– à une logique de correction en amont; promouvoir une égalité réelle en renonçant à l'égalitarisme formel, pour concentrer les moyens publics sur ceux qui en ont le plus besoin, donner plus de capital public à ceux qui ont moins de capital social. C'est un grand retour aux services publics que je propose: le socialisme de l'émancipation passe par des réformes novatrices en matière d'éducation, de logement, d'urbanisme, de santé».

Au total, on comprend que DSK tente une «synthèse» entre le socialisme à la française et le social-libéralisme devenu prépondérant ailleurs qu'en France. Il reste au bord des choses, flou mais il affronte la question.

Quelle est la ligne?

DSK sorti du paysage, qu'en reste-t-il? Il est bien difficile de répondre. Au sein du PS, les idées des autres socialistes européens, britanniques ou scandinaves, ont aussi été discutées. Elles ont souvent séduit des intellectuels proches du PS, économistes, sociologues, pédagogues. Mais elles n'ont jamais eu d'influence dans la définition de «la ligne» officielle du parti et elles ont toujours été rejetées comme hérétiques.

On est donc en face d'un grand point d'interrogation. Le projet du PS 2012 énonce des phrases sur «les inégalités réelles», la dette, l'innovation. Mais l'esprit n'y est pas. La crise est passée par là qui a conforté les tenants de la ligne française du socialisme. L'analyse sous-jacente du PS est que le capitalisme est devenu «dur», que la mondialisation lui permet de mener une «lutte de classe» contre les travailleurs, contre les salaires et l'Etat social.

Le strauss-kahnisme et pis le social-libéralisme ne sont pas en odeur de sainteté rue de Solferino, ils sont «dépassés». Le bon socialisme est le socialisme d'hier qui taxe les riches, les bénéfices des entreprises, les bonus, qui crée des emplois jeunes, qui augmente les droits de douane, qui plafonne les loyers, qui rétablit la retraite à 60 ans, qui revalorise le smic et qui envoie les jeunes médecins à la campagne. Bref, «30 mesures» étatistes d'un socialisme pour l'essentiel taxeur et redistributeur à l'ancienne.

On verra quelle est l'inspiration des candidats, celle d'un socialisme de combat ou celle d'un socialisme d'«émancipation». Mais la question de fond qui leur est posée est celle de l'analyse. La crise rend-elle obsolète la recherche d'un socialisme de «troisième voie» et impose-t-elle le «combat» du travail contre «le capital mondialisé» ou, au contraire, rend-elle encore plus urgent le besoin de trouver une réponse moderne à la mondialisation?

Eric Le Boucher

Chronique également parue dans Les Echos

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Cofondateur de Slate.fr
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