Au secours, mon diplôme ne vaut plus rien!
En pleine crise, à quoi cela sert-il d'avoir fait de longues études?
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Les études, ça paie. Telles sont les conclusions d'enquêtes successives portant sur les liens entre études supérieures et revenus. Normalement, plus vous êtes diplômé, plus vous gagnez d'argent. Les économistes d'Harvard Claudia Goldin et Lawrence F. Katz écrivent que depuis 1980, «l'augmentation des revenus relatifs des diplômés de l'université et des diplômés de l'enseignement supérieur est particulièrement conséquente.»
Les études qui révèlent ces tendances englobent en général un énorme nombre de données. Elles utilisent les chiffres du recensement ou d'autres grands échantillons de population, et montrent une corrélation positive entre revenus et années d'étude. On peut en déduire que les diplômes d'université ou de troisième cycle constituent un bon pari sur l'avenir. Mais cela ne signifie pas que chaque diplôme soit financièrement intéressant à tous les moments de la vie.
Cette idée m'aide à comprendre les centaines de mails que j'ai reçus, en réponse à ma question sur les répercussions de la récession sur les décisions des jeunes concernant les études supérieures et formations professionnelles (si je mentionne qu'il y en avait des centaines, c'est pour m'auto-absoudre de ne pas leur avoir répondu individuellement. Vos mots étaient émouvants et sincères; je les ai tous lus et je vous demande de me pardonner pour ce remerciement collectif et impersonnel!) J'ai eu des retours de jeunes gens d'une vingtaine d'années, inscrits dans des facs de droit, en doctorat de sciences ou de lettres, d'écoles de commerce et suivant des masters dans toute une variété de matières. Et si de plus longues années d'études constituent généralement un pari imbattable à long terme, c'est loin d'être l'avis de bon nombre d'étudiants d'aujourd'hui. Comme le dit Jonathan, diplômé d'université en Caroline du Nord qui travaille dans une librairie de livres d'occasion: «J'ai un B.S.en sociologie, et ça ne vaut guère mieux que ses initiales [Bull Shit, de la merde.]»
Il ne fait aucun doute que nombreux sont les étudiants à apprécier une école qui sert de refuge et les met à l'abri du redoutable marché du travail. «C'est une formidable forteresse que je serais bien contente (et naïve) de choisir, si je ne venais pas juste de terminer ma thèse de doctorat le mois dernier,» écrit Laurel, spécialisée en l'histoire de l'art.
En dépit des conclusions des recherches évoquées au début de cet article, les titulaires de thèse comme Laurel ne seront pas immédiatement récompensés. Et elle peut s'estimer heureuse, comparativement à ses pairs, de n'avoir accumulé aucune dette au cours de ses études. «Ces sept dernières années, on m'a payée pour faire des études supérieures,» écrit-elle. Mais si elle ne doit pas d'argent, elle n'en pas non plus mis de côté. C'est, naturellement, le lot traditionnel du thésard: vivre chichement, le nez dans de vieux bouquins, au fond d'une mansarde (ou, dans le cas de Laurel, à Venise et sur la côte adriatique, grâce à une bourse), et émerger avec les références nécessaires pour décrocher un poste universitaire. Le problème, c'est que ce n'est pas la bonne année pour obtenir son diplôme. «Beaucoup des postes universitaires pour lesquels je me suis portée candidate ont été annulés,» déplore Laurel. «J'ai exploré Craigslist [site d'annonces], mais pour l'instant, je n'ai pas trouvé de poste demandant une connaissance de l'obscure littérature historique serbo-croate du XVIIIe siècle.»
Bon, peut-être est-il inutile de se faire trop de souci pour Laurel. Elle a l'air futé, et pour l'instant elle a bien réussi. Peut-être que ce gel des embauches à l'université ne sera qu'un écueil temporaire, et que dans un an ou deux elle obtiendra le travail d'historienne de l'art pour lequel elle a été formée. Mais alors que les universités offrent toujours plus de postes d'auxiliaires et titularisent de moins en moins, je comprends le titre de cet article de janvier paru dans la Chronicle of Higher Education: «Graduate School in the Humanities: Just Don't Go.» (Etude supérieures de lettres : n'y allez pas). Je peux aussi comprendre la consternation de Laurel envisageant l'avenir. «Je me transforme à toute vitesse en étudiante diplômée du plus triste genre qui soit : celui qui a fini et qui n'a pas la moindre idée de quoi faire après. Je serai celle qui ira s'asseoir sur les marches de cette Tour d'ivoire, les coudes sur les genoux et le menton dans la main, suppliant pour qu'on me laisse retourner à l'intérieur.»
A en croire ma boîte mail, la récession signifie qu'à court terme, le problème ne se cantonne pas aux étudiants en lettres et à ceux qui se consacrent à de minuscules niches de savoir aux difficiles applications pratiques. M'ont aussi écrit, par exemple, des titulaires de doctorat en bio-ingénierie fauchés ou inquiets, diplômés des universités de Berkeley et de San Francisco («C'est un déchirement d'avoir un doctorat en ingénierie et de ne même pas pouvoir gagner l'équivalent de mon loyer les mauvais mois»), et de sciences physique de Stanford («Je peux rester ici encore 3-4 ans, la paie est nulle, le boulot est merdique, mais au moins je suis sûr de ne pas me faire virer.»)
Les plus de vingt ans titulaires d'un diplôme professionnel censé les aider à trouver du travail, mais qui en fait n'y suffisent pas, sont plus angoissés. Gordon, 29 ans, a obtenu un diplôme de génie informatique à la Boston University, étudié les technologies de l'information pendant trois ans et est titulaire d'un MBA et d'un master en systèmes d'information. Est-il possible d'avoir une formation plus pratique et pragmatique? Pourtant, au bout d'un an et demi, il a perdu l'emploi qu'il avait obtenu après ses diplômes. Il a contracté pour 60.000$ de prêts étudiants, alors même qu'il bénéficiait d'une bourse pour toutes ses études supérieures (couvrant les frais de subsistance). Cela revient à 500$ par mois pour les dix prochaines années. «Je décrirais l'état actuel de mon angoisse comme un phénomène lancinant et morose qui entache toutes les décisions de ma vie,» écrit-il.
«Soudain, il m'apparaît qu'il est vraiment possible qu'à l'image de milliers d'autres, je sois en train de m'accrocher à un diplôme qui ne vaut rien, finalement. Prenez les prêts étudiants, le coût d'opportunité de prélever deux ans (commerce), quatre ans (droit) ou huit ans (médecine) de votre vie active, ajoutez-y une horde d'autres gens avec les mêmes qualifications que vous, rivalisant pour une poignée d'emplois disponibles, et il est trop facile de voir à quel point le marché du travail dans ces professions ressemble à une bulle sur le point d'exploser.» (En fait, pour le droit c'est trois ans).
Les économistes sont d'un autre avis. «Quand la situation s'améliorera, ce seront les plus diplômés qui resteront les plus demandés (comme cela a été le cas au cours des trente dernières années),» estime David Autor du Massachusetts Institute of Technology. «Alors, à quelqu'un qui envisagerait de se lancer dans des études d'ingénieur, de médecine, d'informatique, d'économie, de droit, de biologie, etc, je dirai: allez-y !» Pour Autor, la seule interrogation consiste à savoir si le diplôme de Gordon, le MBA, gardera sa valeur antérieure malgré le crash financier. Pour tous les autres: «La récession fait des études une meilleure affaire que jamais, car le coût d'opportunité d'investissement dans votre capital humain n'a pas été aussi bas depuis très longtemps.» D'accord, Gordon va peut-être à l'encontre de l'opinion générale, mais pour l'instant la situation est vraiment pourrie, et qui sait quand et comment finira cette crise? C'est le court terme sinistre et l'incertitude du plus long terme qui écrase les étudiants, je pense, même si, statistiquement, ils devraient s'en sortir.
J'ai aussi reçu des messages de diplômés en droit, endettés à hauteur de 200.000$, qui se demandaient ce qui leur avaient pris, maintenant que les entreprises dégraissent et implosent. «C'est un cauchemar,» écrit Benjamin, qui s'est fait remercier il y a quelques semaines sans même une journée de préavis. Il est retourné vivre chez ses parents, jusqu'à son départ pour aller enseigner en Corée. «Le salaire est correct et les frais sont couverts. Je recommande vivement à d'autres diplômés dans ma situation de prospecter par là. Mais mon Dieu, je dois quitter les Etats-Unis d'Amérique. Qu'a-t-il bien pu se passer?» (Autor lui dirait de se détendre: «En ce qui concerne les diplômés en droit qui se retrouvent sous l'eau: les juristes se mouillent peut-être les pieds pendant la récession, mais les autres diplômés d'université ne voient même plus la surface tant ils sont profondément sous l'eau.»)
Et puis, il y a les masters. Je me demande si certains ne sont pas un peu des escroqueries, puisque les étudiants doivent souvent payer pour en suivre les cours. Tamara, titulaire d'un master d'assistante en médecine, a choisi son diplôme parce qu'il faisait partie des futurs métiers les mieux classés selon une enquête de la CNN. Elle travaille, mais vu sa dette de 200. 000$, explique-t-elle, «il m'est difficile de dire pour l'instant si j'ai eu raison de faire des études supérieures. Même si je ne gagnais que 29.000$ quand je travaillais dans un laboratoire de recherches, nous n'avions pas de dette, nous vivions dans une maison agréable et j'avais plein de temps libre à consacrer à ma famille... J'espère qu'un jour, je considérerai ma décision de poursuivre mes études supérieures avec fierté, mais pour l'instant je suis surtout écrasée par le regret.»
Dans le même bateau: un type titulaire d'un master de relations internationales qui travaille dans un supermarché et vient juste d'être inscrit à Medicaid [aide médicale pour les plus démunis]. Et qu'en est-il de ceux dont les diplômes et les passions sont égrenés sur des chemins qui se dérobent sous leurs pieds? Comme, par exemple, ces chers étudiants en journalisme? Sam m'écrit que lorsqu'il a commencé ses études de journalisme à l'université du Missouri en 2004, «la perspective de n'être pas bien payé me convenait et j'étais tout à fait prêt à commencer tout en bas de la chaîne alimentaire.» Il a rapidement trouvé un travail dans le journal local «et je me suis fait virer tout aussi vite.» Maintenant, il travaille chez Applebee's [restaurant de grillades]. «Ma question est la suivante: pour quelqu'un qui rêvait de faire du journalisme sportif (et n'a que peu de compétences informatiques pour compléter ses talents d'écriture), quelle est la meilleure solution? Retourner à l'école dans un domaine de compétence différent (ce que je ne peux me permettre), continuer à imposer mon CV à des gens qui, de toute façon, n'embauchent pas, ou laisser tomber mon rêve pour quelque chose de plus réaliste?»
Comme le reconnaissent certains de ceux qui m'ont écrit, il s'agit là de dilemmes de personnes relativement privilégiées. Ils sont jeunes. Ils sont très diplômés. Sam s'en rend compte: «Il faut souligner que je suis un homme de 23 ans, très chanceux, heureux et en bonne santé, qui, mis à part le fait qu'il n'a pas beaucoup d'argent et qu'il n'a pas eu de bol en choisissant sa filière, n'a pas à se plaindre.»
Pour prendre un peu de recul, je voudrais évoquer le mail de Dani, 28 ans, qui vit à Chicago, et qui n'a pas pu aller à l'université après le lycée. Elle travaille dans le bureau d'un entrepôt et obtiendra en mai son diplôme en deux ans pour lequel elle a économisé sur tout, s'est endettée et «se bat bec et ongles.» Elle ne voit pas comment elle pourrait se permettre de prolonger ses études et souligne que «pour ceux d'entre nous qui n'ont pas eu la chance de faire des études supérieures, être considéré comme ayant moins de valeur que quelqu'un plus «intelligent» juste parce qu'il a un diplôme nous fait reculer encore davantage sur le marché du travail. Nous sommes déjà angoissés par notre avenir, et l'idée que cette économie, ou que même un seul coup dur puisse perturber nos vies si dépendantes de nos paies, est plus que terrifiante.» C'est dur de craindre que son diplôme ne vaille rien. Mais c'est pire de ne pas avoir de diplôme du tout.
Cet article d'Emily Bazelon, publié le 10 avril sur slate.com, a été traduit par Bérengère Viennot
Mis à jour le 18/04/2009 à 20h25











































Un sujet qui rejoint celui du déclassement de fractions des classes moyennses, abordé par exemple par Emmanuel Todd dans son dernier livre "Après la démocratie", ou celui des nouveaux intelllos précaires d'Anne-marie Rambac. lire à ce sujet l'article paru dans Rue 89 :
http://www.rue89.com/cabinet-de-lecture/2009/04/14/les-galeres-des-intellos-precaires-prolos-du-savoir?page=4
Une série d’anecdotes à pleurer qui pourrait nous faire croire que nous sommes proches de l’apocalypse des diplômes aux USA. Hélas, pas d’analyse politique sérieuse hors des anecdotes pour révéler les perversions du système. Prions et Dieu y pourvoira ?
Pas de panique les enfants gâtés. Sortez de vos frontières pour aller voir ce qui se passe dans tous les pays qui ont choisi vos options et vous verrez que le libéralisme forcené à fait des dégâts ailleurs. Raisonnez positivement.
Bien que vous ayez acquis des formations dans des universités prestigieuses, vous n’avez pas vu venir la belle « Bulle » qui se fabriquait sous vos yeux…vos maîtres non plus d’ailleurs. La bulle financière et immobilière ne sont peut être pas les seules que vous allez croiser….La Bulle Universitaire….la Bulle sociale…la Bulle énergétique…la Bulle Ecologique.. pourraient bien éclater un jour dans votre pays rêvé.
Vous êtes victimes d’un système qui vous a toujours considérés comme des consommateurs infantilisés (depuis le Coca-Cola de votre enfance jusqu’à l’Université et au MBA). Lisez, relisez Benjamin BARBER.
On achète du diplôme à forte plus value dans des universités proclamées comme prestigieuses et on consomme sans trop s’interroger sur le sens de ses études. Les belles Universités nanties de leurs plus beaux atours, racolent le client « socialement top » pour lui « vendre » du diplôme à forte plus-value déclamée ….moyennement des tarifs prohibitifs qui excluent une partie notable de la population (Les frais sont démesurés, le consommateur de savoir est racketté).
Si aller traîner ses guêtres dans de belles Universités pour gagner un maximum de fric était votre vision définitive d’une existence réussie…alors là…c’est un peu court. Il va peut-être falloir attendre un peu. Les belles recettes ont du plomb dans l’aile. Il y a des aspects positifs dans cette tempête, commencez à penser au-delà de vos nombrils. L’arrogance de certains de ces diplômés va se repositionner à des niveaux plus compatibles avec un peu d’humanité ; peut être pour les plus intelligents.
Vivre, n’est pas que le fric et consommer à outrance pour plomber le reste de la planète. Try to think differently.
Accéder à une éducation est une chance extraordinaire, encore interdite à une large partie de la population de la planète….C’est déjà fantastique d’avoir eu la chance d’accéder à la connaissance (quelle que soit sa nature). C’est un grand pas vers la liberté.
Découvrez les réalités sociales de votre pays et analysez ce qui se passe chez les autres, sortez de vos ghettos dorés et mettez vos compétences au service de pensées innovantes. Pas nécessairement celles qui vous ont été inculquées par certains de vos maîtres défaillants qui ont été des soutiens inconditionnels d’un système, qui l’ont exporté…avant de sombrer dans un fiasco retentissant.
Bien sûr, je comprends que la « marchandisation des savoirs » forcenée vous a déjà bien sérieusement essorés….vous vous êtes endettés pour votre reconnaissance sociale….et le retour sur investissement est désolant. Vous êtes partiellement victimes….demandez à vos parents ce qu’ils ont fait pour éviter la dégringolade d’un système éducatif accaparé par des marchands…. Courage, vous êtes jeunes et diplômés, vous restez privilégiés, ne soyez plus passifs et consommateurs, réappropriez vous la société que l’on vous vend ou que l'on vous vole. Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent. Tentez de ré-équilibrer le sens valeurs humaines.
« Toute société qui n’est pas éclairée par des philosophes est trompée par les charlatans »....et les marchands.
Condorcet
La lecture de votre commentaire m'a fait penser à une machine à laver spécialisée dans le lavage de cerveau. J'y vois différents programmes automatiques avec le bouton "antiaméricanisme" qui clignote. A côté il y a le bouton antilibéralisme avec l'option anticapitalisme. Le bouton antisarkozysme semble particulièrement usé et doit avoir plusieurs options sans doute. Le bouton antireligion est carrément noir à force d'être utilisé avec rage.
Il y a aussi la fonction rincage que l'on peut associer à l'usage de poudres pour les yeux et qui lave plus blanc que blanc. C'est indispensable pour faire ressortir les images pieuses de notre France assiégée par les marchands et les temples partout dans le monde. "Résistons au mouvement du monde" semble être la chanson que le moteur un peu usé nous délivre à chaque tour et, en prêtant, l'oreille on entend aussi un "non à la réforme" que nos amis américains, si mal éduqués, pensent être le nom d'un peuplade gauloise.
J'ai regardé la marque : "Anti-humanisme" pourquoi ça m'a fait penser à l'anticalcaire?
On ne peut pas évacuer ce que dit Max d'un clic sur le bouton de vidange !
J'ai des jeunes dans mon entourage qui, après s'être inscrits à l'Université, ont perdu leur année et en sont arrivés à voir leur avenir exactement comme le préconise Max.
L'un est parti en Afrique du Sud vendre des fromages et du vin dans une épicerie française. L'autre voudrait trouver une occupation où il puisse se sentir utile.
Cela fait réfléchir tout de même.
J'ai peur que ce matin, le "brainwashed" ne soit pas celui qu'on croit.
Max traite de ce qui se passe aux Etats unis comme l'article d'ailleurs. Pas de ce qui se passe ici.
Ici plus de la moitié des étudiants en première année d'université sont "évacués" pour reprendre votre terme. Et on nous dit Non à la réforme (les amis de Max). Pourquoi? Parceque lier les études supérieures à des enjeux professionnels (hors du sérail) est considéré comme une sorte de sacrilège, de vente du temple sacré aux marchands. Ecoutez donc de plus près les arguments des enseignants chercheurs et ceux implicites de Max Brainwashed.
Quant à ne pas lier sa vie à un diplôme j'en suis un vivant (encore) exemple.
Ayant participé à différents colloques internationaux sur la prospective universitaire je peux livrer à votre réflexion le fait que plusieurs études menées aux US comme en Europe montrent qu'il n'y a pas de corrélation entre la réussite sociale et le rang de sortie dans les institutions les plus prestigieuses (en France je ne sais pas). Ca devrait vous rassurer.
J'ai lu et relu. Quelle différence faites-vous entre des étudiants américains fréquentant des universités chères et prestigieuses et nos élèves des grandes écoles souvent chères et prestigieuses aussi.
A mon sens ce qui vaut pour les uns vaut pour les autres.
Mais les jeunes dont je parle, figurez-vous, se fichent de la réussite sociale comme d'une guigne.
Ce qu'ils veulent, disent-ils, c'est avoir une vie intéressante.
En ce sens, je les sens plus près de Max que de vous ou même de moi.
Très cordialement.
Be cool Roger. un salut amical à Marianne. Un peu provocateur le Max....j'assume.
C'est vrai, je ne parle pas trop de ce qui se passe en France. je connais assez bien. Directeur d'un gros labo pendant 15 ans...aucune envie de parler de ma vraie vie....de belles découvertes...des collaborateurs de qualité qui ont tous accédé à l'épanouissement et à des postes valorisants (en plus, trois profs aux USA...que nous avons perdus).... des index bibliographiques meilleurs que pas mal des experts du ministère. Serein. En fait, une chance d'avoir atteint la sérénité qui me permet d'accéder au temps du mépris souverain pour l'oligarchie que j'ai cotoyée et subie.
Je connais le marigot des experts plus ou moins stipendiés (je les ai fréquentés) et penseurs à la petite semaine qui ne vont pas relever la France. Les plus mauvais scientifiques font souvent les plus beaux experts...et même les Présidents d'Université. Les scientifiques qui génèrent des faits scientifiques et occasionnellement des découvertes sont plutôt dans leurs équipes que dans les couloirs et boudoirs du Ministère.
D'accord avec Roger, sur les rangs de sortie des écoles et le devenir des héros temporaires (perversions d'un élitisme mal géré). Formé à l'école des hussards noirs de la République, je suis un farouche partisan de l'évaluation équitable de tous tout au long de la vie (Roger à tout faux à mon égard)....et de la justice républicaine (bien malmenée face aux népotismes de tous bords).
Un chercheur performant s'évalue à l'impact international de ses découvertes. Il est réducteur de ramener celà à la marchandisation des ses découvertes (ça c'est le syndrome de l'épicier ou du "petit" ingénieur, en toute sympathie pour la profession). Un peu court le prospectiviste tout de même sur ce thème.
2 ans aux US plus des virées épisodiques, immergé avec des jeunes sympa dans un labo correct (sans Prix Nobel...l'Amérique profonde...la plus commune pour percevoir le vrai monde et la vraie vie).
Problème essentiel de ces jeunes US pour l'un peu moins jeune que je suis..... peu de réflexions sur leur sytème politique qu'on leur sert....un conformisme désolant....une consommation débridée pour oublier...peu de réflexions sur l'insignifiance des vies consommatrices...relire Barber. Pas de diabolisation, mais la liberté d'émettre des avis contradictoires et provocateurs; loin d' être d'un anti-américanisme forcené. Mon principe est de critiquer ceux que j'estime...les autres deviennent transparents.
Aucune ambition d'être un imprécateur. Mais une expression des humeurs. Relire Laborit sur l'inhibition de l'action.
Rien n'est perdu pour les jeunes malgré les difficultés du moment, l'appréhension du concret se rédécouvre au fil de l'existence et de l'implication dans les débats de socété qui est l'essence de la vraie vie.
Se poser des questions? Résister aux conformismes, à la normalisation et aux discours lénifiants. Farouche de la pensée décalée; fréquentant peu les chapelles. C'est tout.
Aucune intention agressive vis à vis des polygraphes que nous sommes. Une expression tonique, un "humanisme " pondéré, chacun doit assumer sereinement ses petitesses et ses limites.
Take care. Bye.
J'ai relu votre premier post et y ai trouvé l'expression "essorés" d'où sans doute un effet d'analogie avec la machine à laver. Quand même ce que j'ai lu pour l'essentiel de votre propos c'est une critique caricaturale du libéralisme, assimilé à ses excès (réels), et auquel vous identifiez le système universitaire américain et les américains. C'est un peu méprisant à leur égard. La collection de poncifs antilibéraux assimilés à l'antihumanisme et pourquoi pas l'antéchrist (ce n'est pas vos références :=) ) n'est pas correcte. Prendre le pire qui existe toujours et réduire le tout à cette partie n'est pas correct.
Quant à notre cas français à part quelques éléments vous concernant et d'autres qui "génèrent des faits scientifiques et occasionnellement des découvertes" votre tableau est plutôt sombre, mais il concerne le haut de l'échelle.
Les hussards noirs de la république, la justice républicaine pour l'évaluation, vous n'êtes pas le seul avec ces références dans votre milieu. Alors où en est l'évaluation? J'ai quand même l'impression que vous êtes réactif aux réformes ne serait-ce parce qu'elle viennent selon vous d'un lieu de perdition libéral. C'est pour cela qu'il faut peut-être lire aussi votre premier article sous cet angle dénonciateur de ce qui se préparerait chez-nous, à l'adresse des étudiants, notamment, qui devraient être dans la rue....
Quant à vos suggestions : "Tentez de ré-équilibrer le sens valeurs humaines."
« Toute société qui n’est pas éclairée par des philosophes est trompée par les charlatans" et les marchands rajoutez-vous
"Ceux qui vivent sont ceux qui luttent"
"l'implication dans les débats de société qui est l'essence de la vraie vie"
"résister au conformisme"
"un humanisme pondéré"
Tout cela me semble des formules dont je n'aperçois pas la consistance dans votre propos mais plutôt le conformisme dialectique. On pourrait d'ailleurs les reprendre mot à mot. Que veut dire pour vous par exemple : ré-équilibrer.... le sens.... des valeurs.... humaines?
Je ne doute pas cependant que vous soyez en mesure d'aller plus loin et c'est ce que j'ai fait pour ma part. Les concepts que j'utilise ( hors du champ des machines à laver bien sûr) ont tous été repensés pour construire un Humanisme Méthodologique plutôt qu'un humanisme idéologique qui s'accorde trop bien philosophiquement avec l'anti humanisme théorique des uns (Lévi Strauss) et l'anti humanisme pratique des autres (Althusser).
Or l'université française est notamment l'héritière d'un bagage philosophique, soit disant humaniste, qui met en péril non seulement elle mais la nation. Ces questions sont sérieuses, plus que les diatribes obsessionnelles contre les vilains marchands libéraux.
Quand aux finalités de l'université que pensez-vous de cette opposition entre une logique de conformité aux référentiels et savoirs établis (les contenus) et une logique d'autonomisation des personnes (les curricula) capables de jugement, d'engagement, de confrontation à l'inconnu, de prises de risques, de contribution volontaire au bien commun? Ce n'est pas le même projet ni la même pédagogie ni les mêmes philosophes de référence. C'est ce qui différencie maintenant la France du reste du monde.
Cool Max