France

De l'envie de vertu en politique

Thomas Legrand, mis à jour le 02.06.2011 à 9 h 53

Le choc DSK sera-t-il aussi un électrochoc? Nous fera-t-il prendre conscience qu’il faut aussi choisir nos élus sur des critères de vertu, sans sombrer dans le puritanisme et sans renier notre tradition de respect de la vie privée des personnages publics?

Minerve chassant les Vices du jardin des Vertus / Andrea Mantegna via Wikimédia Commons

Minerve chassant les Vices du jardin des Vertus / Andrea Mantegna via Wikimédia Commons

Georges Tron, Dominique Strauss-Kahn: ces deux affaires sonneront-elles le glas de cette arrogance qui semble aller avec le pouvoir en France?

Rien n’est moins sûr: le constat avait déjà été fait à maintes reprises. Néanmoins, il y a eu quelques progrès. On ne voit plus, comme dans les années 1980, les largesses insensées que s’octroyait, pour lui-même, le maire socialiste d’Angoulême Jean-Michel Boucheron

Il est plus compliqué de nos jours de se livrer à la distribution de prébendes, emplois bidons et vrais appartements de luxe à prix sociaux comme le pratiquait Jacques Chirac pour ses amis et les enfants de ses amis. Justement Georges Tron était de ceux-là, logé pendant des années à loyer modéré par la ville de Paris.

Tout comme il serait impossible d’octroyer en douce un appartement de la République pour la deuxième famille du Président de la République.

Condamnés, réélus

Mais si une certaine rigueur et une relative transparence sont apparues ces dernières années, les électeurs français restent quand même d’une magnanimité singulière. Jean-Michel Boucheron a fait deux mandats, Jacques Chirac est devenu président.

Le plus spectaculaire de tous est sûrement Patrick Balkany, condamné notamment pour avoir fait travailler le personnel de sa mairie à son service… Revenu de Saint-Martin, le paradis des truands, il a reconquis Levallois grâce à ses électeurs enthousiastes et amnésiques. Nicolas Sarkozy n’a quand même pas osé nommer son meilleur copain ministre mais il le trimbale souvent avec lui dans ses voyages, notamment en Afrique.

Rapprocher ces affaires avec celles qui entachent Dominique Strauss-Kahn et Georges Tron peut paraître osé. Le lien se trouve dans le «tout est permis», dans ce sentiment de puissance et d’impunité, dans cette idée selon laquelle, une fois élu ou nommé, on est chez soi.

L’étonnement de Michèle Alliot-Marie devant le fait que l’on puisse lui reprocher ses vacances tunisiennes payées par un cacique du pouvoir, le «circulez, il n’y a rien à voir» opposé à la révélation selon laquelle Gérard Longuet aussi, en 2006, s’est fait offrir un séjour par le clan Ben Ali, montre que nous avons un rapport assez ambigu avec la vertu républicaine…

Nous sommes tous un peu comme Molière qui faisait dire à Mercure «J’aime mieux un vice commode / Qu’une fatigante vertu»… Il y a un sentiment contradictoire, un mélange d’exaspération et de bienveillance envers les malins, ceux qui se débrouillent, les futés.

Dès que certains réclament un peu de transparence, un peu de... vertu (osons le mot sans nous prendre pour Aristote), on y oppose le risque de la dictature de la transparence ou du puritanisme anglo-saxon.

Et si...

Pourtant la vertu en politique est un thème de campagne souvent utilisé. En 2002, Lionel Jospin promettait de «présider autrement». Un slogan dans la bouche d’un homme réputé pour son intégrité et sa rigueur toute protestante. Jospin n’a pas passé le deuxième tour et Nicolas Sarkozy doit certainement plus son élection au «travailler plus pour gagner plus» qu’à sa promesse de «République irréprochable».

Alors est-ce que le choc DSK sera aussi un électrochoc? Nous fera-t-il prendre conscience qu’il faut aussi choisir nos élus sur des critères de vertu, sans sombrer dans le puritanisme et sans renier notre tradition de respect de la vie privée des personnages publics?

Ça serait pas mal, simplement pour que le haut du panier politique soit un peu plus à l’image de la multitude d’élus français qui sillonnent leur commune, leur canton, pour administrer en dehors des caméras leur territoire sans compter leurs heures.

Thomas Legrand

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