Economie

La Poste est télécommunication

Gilles Bridier, mis à jour le 04.06.2011 à 9 h 22

L'entreprise est devenue un opérateur de téléphonie mobile, concurrent d’Orange. Avec France Télécom, c’est la fin d’une époque.

A Londres, en 2008. REUTERS/Toby Melville

A Londres, en 2008. REUTERS/Toby Melville

Entre La Poste et France Télécom, le divorce est total. Le ministère des Postes et Télécommunication, lui-même héritier des Postes et Télégraphes créé en 1879, avait été scindé en deux entités en juillet 1990 lorsque l’activité postale d’un côté, celle des télécommunications de l’autre, avaient chacune donné naissance à un établissement public industriel et commercial (EPIC). Mais demeurant dans le giron de l’Etat, La Poste et France Télécom avaient pour consigne implicite de ne pas se faire concurrence.

SFR, le partenaire contre Orange

Cette époque est révolue. Il y a quelques jours, La Poste est devenue opérateur télécom en ajoutant une branche MVNO (mobile virtual network operator) à la palette de ses activités.  Pour découvrir ce nouveau métier, l’entreprise a cherché un partenaire. Et pour qu’on ne s’y trompe pas, ce n’est pas à Orange, et donc à France Telecom, que La Poste s’est associée, mais à SFR, le concurrent historique. Au terme de la consultation lancée par La Poste, c’est même Bouygues Télécom et non Orange qui figurait avec SFR sur la «short-list».

Entre La Poste transformée en 2010 en société anonyme détenue exclusivement  par des capitaux publics, et France Telecom dont l’Etat ne détient plus que 27% du capital, les ponts sont donc coupés. Le lancement de La Poste Mobile, détenu à 51% par le groupe public et à 49% par SFR, souligne ce divorce. Car les objectifs sont ambitieux: 2,5 millions de clients à horizon 2015, a indiqué Jean-Paul Bailly, président de la Poste, à l’Association des journalistes économiques et financiers. De quoi, sans devenir leader, apparaître comme un vrai concurrent.

Les hostilités avaient débuté avec le développement de la télécopie

L’entourage de Jean-Paul Bailly préfère relativiser la rupture. Après tout, les bureaux de poste vendent déjà des cartes prépayées à 500.000 clients par an. Le métier, toutefois, n’est pas le même. Cette fois, en choisissant la solution d’un partenariat comme elle l’a fait dans le crédit à la consommation (avec la Société Générale) et l’assurance dommages (avec Groupama), La Poste devient un véritable opérateur. 

Ce n’est d’ailleurs pas sa première tentative dans cette direction. Estimant que France Télécom lui livrait une véritable concurrence dans le courrier avec la télécopie, le groupe postal avait déjà tenté une incursion dans les télécoms. Il en avait été dissuadé, au prétexte qu’un seul opérateur public suffisait. Mais l’Etat ne détenant même plus la minorité de blocage dans France Télécom, La Poste n’est plus soumise à la même retenue.

Déclin programmé du courrier 

La Poste Mobile s’inscrit dans la stratégie mise en œuvre par Jean-Paul Bailly pour diversifier les activités du groupe. Après le pic de 2001, sous la pression des mails et autres envois dématérialisés, le courrier recule régulièrement. Entre 2010 et 2015, le tassement de cette activité devrait atteindre 30%, estime Jean-Paul Bailly. En outre, la concurrence est maintenant totale depuis le 1er janvier 2011. 

Sur un total de 21 milliards d’euros en 2010, le courrier a encore représenté 52% du chiffre d’affaires du groupe, contre 23% pour le colis-express et 25% pour la banque postale. Mais la baisse est inéluctable. Le rapport Ailleret l’avait déjà indiqué en 2008, soulignant par exemple que le nombre de télédéclarants à l’impôt sur le revenu a été multiplié par 12 de 2003 à 2007, engendrant une réduction 7,5 millions plis envoyés pour ce seul évènement. Ce n’est qu’un cas parmi bien d’autres. On pourrait également relever que, en compétition avec le téléphone et les messages électroniques, les lettres entre particuliers ne représentent plus que 3% des volumes délivrés par les facteurs. Et le courrier professionnel est, lui-aussi, sur la voie de la dématérialisation.  

Sans surprise, le résultat d’exploitation de l’activité courrier dégringole, de 545 millions d’euros en 2008 à 149 millions l’an dernier, alors que celui des activités bancaires est passé de 270 à 730 millions deux ans. Plus simplement la Banque Postale réalise un chiffre d’affaires deux fois moins élevé que le courrier, mais un bénéfice d’exploitation cinq fois plus important.

Le prix du timbre augmentera en juillet 

Jean-Paul Bailly souhaite opérer un rééquilibrage de ses activités en dotant La Poste, deuxième opérateur européen de courrier, de nouvelles activités. Mais il affirme vouloir «moderniser sans se renier», et dément vouloir déserter les 33 millions de boîtes aux lettres de l’Hexagone. La revalorisation, au 1er juillet prochain, à 60 centimes d’euro du prix du timbre (soit 2 centimes de plus) pour une lettre distribuée le lendemain de l’envoi, et l’introduction d’un tarif en J+2 (57 centimes), entre aussi dans cette stratégie pour rendre le courrier plus rentable. L’augmentation du prix du timbre sera alors de 30% en dix ans, de même niveau que la RATP avec le prix du billet de métro.

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