Monde

Alain Juppé au Proche-Orient: qui ne tente rien n'a rien

Daniel Vernet, mis à jour le 02.06.2011 à 9 h 48

Le ministre français des Affaires étrangères n'a qu'une chance infime de débloquer un processus de paix moribond entre Israéliens et Palestiniens.

Une partie du mur: à gauche, le village palestinien d' al Wallaje, en Cisjordanie, à droite, des bâtiments en construction de la colonie juive de Har Gilo, près de Jérusalem. Février 2011. REUTERS/Baz Ratner

Une partie du mur: à gauche, le village palestinien d' al Wallaje, en Cisjordanie, à droite, des bâtiments en construction de la colonie juive de Har Gilo, près de Jérusalem. Février 2011. REUTERS/Baz Ratner

C’est sans illusion qu’Alain Juppé fait au Proche-Orient la tournée traditionnelle d’un ministre français des Affaires étrangères. Ses chances de débloquer le processus de négociation entre Israéliens et Palestiniens sont, de son propre aveu, très faibles, mais n’y aurait-il qu’une chance, il faut la tenter, a-t-il dit justement.

Sans doute, un succès ajouterait à l’image internationale que la France, et par ricochet Nicolas Sarkozy, s’est donnée à l’occasion du sommet du G8 à Deauville. Dans le cas contraire, un échec ne saurait être porté au débit ni du ministre ni du président de la République.

Ni paix, ni processus

Aucun dirigeant européen ou américain n’a réussi, ces dernières années, à faire progresser ce qu’il est convenu d’appeler par antiphrase «le processus de paix». Il n’y a pas de paix entre Israéliens et Palestiniens et cela fait plusieurs mois, pour ne pas dire, des années, qu’il n’y a plus vraiment de processus. Alors que les principes d’un accord sont connus dans les grandes lignes depuis les négociations de Taba, en janvier 2001, dans les tout derniers jours de la présidence Clinton, toutes les tentatives engagées pour remettre les Israéliens et les Palestiniens durablement autour d’une table ont échoué.

Le représentant spécial du président Obama, George Mitchell, connu pour avoir contribué à la paix en Irlande du Nord, vient de jeter l’éponge après deux ans d’efforts.

Comme François Mitterrand au début des années 1980, Nicolas Sarkozy pensait pouvoir profiter du préjugé favorable que lui portent les Israéliens à cause de son engagement en faveur de l’Etat juif, pour convaincre les gouvernements de Jérusalem de faire les concessions nécessaires à une négociation dont l’aboutissement devrait être la création d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël.

Cette sympathie est certes toujours active, mais elle ne suffit pas à infléchir la position du Premier ministre Benjamin Netanyahou. Pas plus que les déclarations réitérées de soutien à la sécurité d’Israël n’ont donné aux Américains le moyen de pression qui leur permettrait de débloquer la situation.

En arrivant à la Maison Blanche, en janvier 2009, Barack Obama a choisi une stratégie inverse de celle de ses deux prédécesseurs. Au lieu d’attendre les derniers mois de son mandat pour s’intéresser au conflit israélo-palestinien, il s’est attaqué à la question dès les premières semaines de sa présidence. S’y est-il mal pris? C’est ce que lui reprochent à la fois les Américains les plus pro-Israéliens comme les partisans d’une paix négociée.

Un discours inaudible en Israël

En exigeant la démantèlement des colonies juives en Cisjordanie et en étant obligé de faire marche arrière devant le refus absolu de Netanyahou, Barack Obama a subi un échec sévère. Il s’est exposé à la même fin de non-recevoir quand il a, le 19 mai, affirmé que les frontières entre Israël et le futur Etat palestinien devaient être celles de 1967, c’est-à-dire avant l’annexion de la Cisjordanie par les Israéliens.

Dès le lendemain, Benjamin Netanyahou lui a dit non et a en quelque sorte fait entériner son refus par le Congrès américain qui lui a réservé un accueil triomphal.

Nicolas Sarkozy a-t-il, par l’intermédiaire d’Alain Juppé, plus de chances de fléchir l’intransigeant Premier ministre israélien? C’est peu probable. Le discours selon lequel la sécurité d’Israël serait mieux assurée par la présence à ses côtés d’un Etat palestinien viable, développé économiquement, démilitarisé, avec éventuellement la présence de forces internationales pour garantir les frontières, est inaudible dans l’Etat juif.

Les Israéliens voient même dans l’accord récent entre le Fatah du président Mahmoud Abbas et le Hamas qui règne sur Gaza, la preuve du double langage des dirigeants palestiniens. La France, au contraire, a considéré cet accord qui met en sourdine les rivalités entre factions palestiniennes comme un pas en avant, même si Alain Juppé vient de rappeler que, pour lui, le Hamas reste une organisation terroriste, avec laquelle on ne parle pas. Mais, comme le disait Bernard Kouchner quand il était au Quai d’Orsay, on parle avec des gens qui parlent avec le Hamas.

C’est même une des raisons, avec le Liban, pour lesquelles Nicolas Sarkozy avait tenu à renouer avec la Syrie à laquelle Jacques Chirac avait tourné le dos à la suite de l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafik Hariri. Le président de la République considérait qu’il n’y avait pas de paix possible au Proche-Orient sans Damas. Le raisonnement était défendable aussi longtemps que le régime de Bachar el Assad n’apparaissait pas totalement infréquentable. La répression sanglante des mouvements de protestation en Syrie l’a mis à mal.

Vis-à-vis d’Israël, la France s’est réservé un moyen de pression. Dans un récent entretien à L’Express, Nicolas Sarkozy a laissé entendre qu’il pourrait soutenir la reconnaissance unilatérale d’un Etat palestinien, à l’automne, à l’assemblée générale de l’ONU, si le processus de paix resté bloqué. Si une telle reconnaissance était votée, l’isolement d’Israël s’en trouverait accru, mais Benjamin Netanyahou n’en a cure. De même que le mouvement démocratique dans certains pays arabes le renforcerait plutôt dans son intransigeance.

Vis-à-vis des Palestiniens, la France agite une carotte sous la forme d’une conférence des donateurs qui saluerait et soutiendrait les réformes économiques et sociales entreprises par le Premier ministre Salem Fayyad. Cette réunion pourrait se tenir à Paris à la fin du mois de juin. Mais le communiqué final du G8 la passe sous silence. Ce qui ne la condamne pas. Mais montre au moins le peu d’intérêt qu’elle suscite chez nos partenaires.

Daniel Vernet

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Journaliste
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