Economie

Raccourcir les transitions professionnelles: oui, mais comment?

Gilles Bridier, mis à jour le 30.05.2011 à 15 h 32

Grévistes en Espagne Andrea Comas / Reuters

Grévistes en Espagne Andrea Comas / Reuters

Dans le cadre de la présidence française du G20, l’Association mondiale des services d’emploi publics, présidée par Christian Charpy, et Pôle Emploi organisent à Paris les 26 et 27 mai, une conférence mondiale sur «la contribution des services publics de l’emploi à la sortie de la crise». Slate.fr, partenaire de cette conférence organisée par l'Amsep et Pôle Emploi, publie contributions et synthèses.

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Les spécialistes sont unanimes: les transitions professionnelles, entre deux périodes d’emploi, doivent être les plus courtes possibles pour éviter un enlisement dans le chômage de longue durée. Elles peuvent aussi devenir des sources d’opportunités dans la construction d’une carrière, grâce à la formation. Mais dans tous les cas de figure, la clé du retour à l’emploi reste la mobilité.

Au  Canada, pour les chômeurs, l’indemnisation correspond à 55% du salaire minimum. Elle est volontairement faible et versée pendant une durée limitée, afin de pousser les allocataires à des recherches actives. La problématique de l’emploi est moins aigüe que dans d’autres pays,

car le pays a mieux résisté pendant la crise que la moyenne des pays développés. Aujourd’hui, le taux de chômage est de 7,6% au lieu de 6,1% avant la crise. Mais au cours des prochaines décennies, la croissance du marché de l’emploi sera deux fois moins importante que par le passé. D’où une mobilisation post-crise.

Le Canada compte 52 bassins d’emploi, avec des situations très variées et des prises en charges adaptées à chaque situation. La mobilité est une réalité dans le pays, mais doit être nuancée. 15% des salariés canadiens changent d’emploi chaque année mais seulement 1% quittent leur province.  Des dispositions comme des avantages fiscaux sont prises pour favoriser la mobilité géographique.

Un système de partage de l’emploi a été instauré en 1970. Pendant 26 semaines, un emploi peut être partagé. Pendant la crise, cette période a été prolongée jusqu’à 38 et même 52 semaines.

Globalement, les fonds de formation ont progressé de 50% en un an. Et l’individu doit se prendre en charge pour mener sa stratégie de formation et décider de son orientation. Des conseils sectoriels couvrent 50 filières pour déterminer les besoins, les compétences, et renforcer les liens entre services publics et employeurs.

Au Danemark, le marché du travail se caractérise par sa souplesse, qui peut jouer aussi bien pour la perte d’un emploi que pour en trouver un nouveau. Cette « flexicurité » (flexibilité et sécurité) fait aujourd’hui débat, à cause des facilités dont disposent les employeurs pour licencier. Car la fluidité du marché du travail, qui existait  avant la crise, a reculé. Et du même, coup, la capacité à retrouver un emploi également. C’est le principe même de cette « flexicurité » qui patine.

Comme l’indemnisation des chômeurs est faible, les entreprises doivent maintenant payer une partie du différentiel avec l’ancien salaire. Ce qui devrait les inciter à moins se séparer de leurs collaborateurs, mais aussi à réduire la mobilité.

Pour accélérer le retour à l’emploi, on suit le chômeur de très près dans ses recherches qui doivent être actives. Par exemple, on lui demande de se présenter aux agences pour la recherche d’emploi toutes les semaines. Même si le taux de chômage est faible (5,9%), l’emploi des seniors pose problème. En réalité, les systèmes de préretraite le maintiennent artificiellement bas. Mais alors que le gouvernement veut en réduire l’importance, l’opinion publique semble prête à se mobilier pour les pérenniser.

La mobilité contre l’enkystement du chômage

La mobilité est une clé de l’employabilité dans tous les pays. En France, on note une hausse régulière des situations de mobilité professionnelle. Elle est parfois voulue, parfois subie. La formation et l’orientation sont efficaces pour entrer dans le processus, mais 36% des demandeurs ne savent pas quelle formation choisir alors que 73% pensent qu’elle serait utile. 

En Belgique, après les mesures de chômage temporaire et la réduction du temps de travail, il faut aujourd’hui  intervenir au plus près des territoires pour mieux prendre en compte les réalités économiques. Là encore, l’objectif consiste à investir dans le potentiel des individus. Et à promouvoir la mobilité. Car tel est bien, dans tous les propos, la clé à l’enkystement du chômage.

Le problème est que les conditions de vie objectives ne s’y prêtent pas toujours. Ainsi, aux Etats-Unis : la mobilité y était très développée quand il était facile de revendre sa maison et d’en acquérir une autre. Mais depuis la crise du «subprime», certains propriétaires des classes moyennes se sont endettés à des niveaux supérieurs au prix de  leur maison après la chute des prix de l’immobilier. Impossible, dans ces conditions de revendre (… sauf à enregistrer une moins-value) pour acheter ailleurs, là où un emploi se présenterait. La mobilité est, alors interdite ; et c’est un scénario concret.

Gilles Bridier
Gilles Bridier (663 articles)
Journaliste
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