L'Europe, spectatrice du match Google-Facebook
Entre le moteur de recherche et le réseau social, la bataille est féroce. Nul ne sait qui en sortira vainqueur. Seule certitude, les deux ont modifié la vie des gens, la finance, la politique, l’éducation... L'Europe est absente de ces enjeux.
- Cebit de Hanovre, en 2009. HANNIBAL HANSCHKE / Reuters -
La bataille entre les deux géants du Net, qui vient de s’accélérer cette semaine, est révélatrice d’un très grand enjeu mondial. A priori, ils se ressemblent beaucoup: créés toutes les deux par des étudiants d’une université américaine prestigieuse, (l’une en 1998, l’autre en 2004), gardant un esprit start-up, menant les mêmes combats pour la transparence de la vie privée et la gratuité du Net, gagnant leur vie en vendant de la publicité, l’un et l’autre veulent connaître tous les faits et gestes des gens et devenir le standard du web.
Ils ont tous les deux atteint les 2 milliards de dollars en 5 ans. Et chacun contrôle aujourd’hui environ 7% du trafic web mondial. Leur modèle est pourtant très différent. Pour connaître les comportements des gens, Google prétend les aider, dans leur vie professionnelle, universitaire ou privée, à chercher, téléphoner, naviguer; pour atteindre le même but, Facebook veut aider chacun à nouer des liens avec les autres et, pour cela, tente de devenir le standard des systèmes de login, du partage de liens, de commentaires de sites tiers.
Doit-on prédire qu’à l’avenir Google gérera notre quotidien solitaire, et Facebook nos relations avec les autres? Et qui des deux l’emportera? Serons-nous une juxtaposition d’autistes ou membres d’une infinité de tribus?
Aujourd’hui, Google semble l’emporter: La firme de Mountainview est valorisée 190 milliards de dollars, soit 5 fois plus que Facebook, dont le chiffre d’affaires ne représente qu’un quart du bénéfice de son concurrent. Mais la dynamique va plutôt du coté du réseau créé par Mark Zuckerberg: depuis août 2010, les Américains passent plus de temps sur Facebook que sur Google (41 millions de minutes contre 40 par mois) et plus d’internautes utilisent désormais Facebook que Google comme page d’accueil.
De fait, Google s’est concentré sur une bataille ancienne, celles de l’adresse mail (en concurrence avec Yahoo et Hotmail), alors que de plus en plus de jeunes n’utilisent plus que le réseau social, le chat et les sms pour communiquer; ils n’ont aucun problème à y poster des photos très intimes, et même à rompre via Facebook. Google n’a pas innové, sinon en développant le système d’exploitation Android, (concurrent d’Apple et outil pour l’Internet des objets) et en rachetant des projets externes, comme YouTube, (plus de vidéos sont visionnées chaque jour que de recherches sont faites sur Google) ou comme le nouveau Google Wallet, moyen de paiement par téléphone.
Alors que Facebook devient un moyen d’organiser la consommation et de former l’opinion des consommateurs et des électeurs. Au total, Facebook sera le passeport pour entrer dans le continent virtuel, tandis que Google ne sera plus qu’un des guides pour l’explorer.
Certains pensent que la croissance de Facebook sera limitée par le nombre de personnes avec qui un cerveau humain pourrait avoir des relations, limité à 150 selon les biologistes; mais l’expérience montre que les gens acceptent facilement un nombre illimité d’inconnus comme amis sur les réseaux virtuels; et qu’il n’est aucune décision qu’on ne soit prêt à prendre dans l’espace du net.
Ainsi, l’avenir appartient aux réseaux et à ceux qui sauront les étendre. Et d’abord à ceux qui sauront prendre le contrôle des grands réseaux encore indépendants: allié à Facebook, Spotify (site européen de musique en réseau) pourrait concurrencer Apple. Allié à Google, Twitter (système de micro-blogging) pourrait concurrencer Facebook.
Puis à ceux de ces réseaux qui sauront organiser des systèmes de paiement et de monnaies virtuelles, liées en particulier aux jeux vidéo. Rien n’est en fait encore joué : Amazon prend des positions sérieuses sur le cloud computing, Microsoft a racheté Skype, Apple se concentre sur le haut de gamme, Twitter pourrait s’imposer comme un pole de développement autonome. Et tant d’autres, qui feront surgir des applications inédites; banques, opérateurs téléphoniques, services publics se réagenceront dans de nouveaux rapports de pouvoir. La finance, la politique, l’éducation devront être pensées autrement; nos vies quotidiennes seront bouleversés.
Naturellement, de tout cela, l’Europe est presque absente.
Jacques Attali
Article également publié sur le blog de Jacques Attali sur L'Express
Mis à jour le 31/05/2011 à 14h14














































Pourquoi ? Ne serait-ce pas parce qu'il y a quelques décennies l'Europe a fait le choix de ne pas avoir d'industrie informatique ? parce que le concept d'informatique individuelle, centré sur l'individu voire sur l'individualisme, est moins ancré dans la culture européenne que la culture californienne ?
Cette valse de milliards donne littéralement le vertige, lorsqu'on la compare à la samba permise par le montant du budget du premier ménage américain ou européen venu ...
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Le journal : au début,les journaux étaient destinés aux personnes lettrées ( qui savaient lire). puis, les gens ont appris à lire, et les journaux se sont popularisés, spécialisés, et ont même donné naissance à des revues ( encore plus spécialisées).
Le téléphone : au début, le téléphone individuel était utilisé par une élite. Plus rapide qu'un télégramme , il permettait une communication en temps réel et faisait gagner un temps précieux. Aujourd'hui, qui n'a pas un téléphone, fixe ou portable.
La radio: au début, la radio servait à des échanges rapides entre militaires ( tiens, le Net aussi). Puis, elle fit son entrée dans les foyers, peu à peu, jusqu'à devenir un petit transistor que l'on emportait partout avec soi.
La télévision: au début, la télévision avait un tout petit écran. Puis , elle fut proposée aux consommateurs, avec des programmes appropriés, et peu à peu, le nombre de télespectateurs s'agrandit, en même temps que l'écran de la télé.
L'ordinateur : au début, l'ordinateur était un calculateur. Il décryptait des codes secrets utilisés par les armées ,pendant la seconde guerre mondiale et ce sont les anglais qui l'ont inventé.Dans les années 1950, ce fut IBM qui lança les premiers ordinateurs commerciaux, bien avant Internet. Aujourd'hui , j'en ai plusieurs à la maison.
Bon, ceci dit, que faisons nous de ces inventions ? Eh bien, nous nous les sommes appropriées. Chacun les utilise comme il veut, quand il veut , et parfois comme il peut. La radio s'écoute dans une voiture, le téléphone s'utilise pour n'importe quoi, les journaux se vendent toujours, Internet n'a pas tué la télé, et là , je lis un journal sur un écran d'ordinateur. Donc, pour revenir à Google et Facebook , que seront ces trucs- là dans dix ans ? Comment les utilisateurs se les seront appropriés ? Jacques Attali dit que , selon les biologistes , un cerveau humain peut entretenir des relations avec 150 personnes ( si j'ai bien lu). Mais combien d'informations un étre humain est-il capable d'intégrer dans son cerveau avant d'arriver à un point de saturation. C'est là que le petit historique des médias devient utile. Internet a été rendu possible que grâce à l'électricité, le téléphone, l'information et la communication. Les utilisateurs ont du se familiariser avec d'autres moyens de communication avant d'utiliser un média audiovisuel. Donc, j'en déduis une chose simple. L'utilisateur choisira, comme d'habitude, le moyen d'information et de communication qui lui plaît. Aujourd'hui, j'ai reçu un courriel de mon fournisseur d'accès qui me propose une radio connectable sur un modem , et capable d'écouter toutes les radios de monde. Demain, avec l'arrivée des écrans à pigments organiques, il possible de lire un journal réactualisé en tant réel ( dont l'I Pad sera l'ancêtre), sur son trajet de travail, par exemple.
En conclusion, il me semble que les médias les plus appréciés sont aussi les plus simples d'utilisation. Et c'est là que se situe le handicap de Google et Facebook. Il faut passer par un ordinateur ( ou un téléphone mobile) pour se faire repérer par ces " espions". Donc, que l'Europe soit en dehors de tout çà ne changera strictement rien aux conséquences commerciales qu'entraîneront l'utilisation des " nouvelles technologies". Ce sera toujours le consommateur qui aura le dernier mot. Le plus important, en Europe, ce sera le développement du commerce en ligne, et non des réseaux sociaux. Pour les utiliser avec modération depuis des années, je pense que les réseaux sociaux développent peut-être le narcissisme, mais ils ne créent pas des liens aussi solides que ceux que l'on noue dans n'importe quel bistrot, voire autour d'une bonne table. Merci à Jacques Attali et à Slate pour cet article ......
Impressionnant. Surtout en cliquant sur l'onglet "+1 day"
La france produit d'excellentes choses, cependant l'état ne met rien en place pour que les sociétés puissent se faire financer des technologies web (OSEO mais bien sur...), les initiatives comme KWEEPER.com ou OOKIZ.com sur Lyon pour ne citer qu'eux sont intéressantes mais demandent des investissements lourds pour pouvoir communiquer et entretenir les technologies.
En france le milieu bancaire est très frileux concernant les technologies de l information et les investisseurs français veulent un retour sur investissement rapide et sure, tout à l inverse des financiers américains qui savent prendre des risques...
Néanmoins, je ne suis pas d'accord concernant l'implication de l'Europe dans ce match.
Rappelons que les deux géants que sont Facebook et Google sont sans cesse rappelés à l'ordre par notre Europe notamment en ce qui concerne la protection de la vie privée, des données personnelles, etc...
A ce propos, il faudra convenir que l'Europe donne une dynamique unique au développement d'internet car nous ne voulons pas un Web à l'américaine toujours plus impliqué à collecter le maximum de données sensibles où les droits des citoyens-internautes sont traités et gérés de manière substantiellement différente que dans nos juridictions européennes ... Et encore moins un web à la chinoise, censuré et contrôlé...
Autre domaine dans lequel l'Europe risque d'intervenir dans ce match est, le cas échéant, la protection de la concurrence. Nous sommes bien trop attachés à ce grand principe pour que l'Europe laisse ces deux acteurs jouer un match sans leur imposer ses propres règles.
Bien amicalement,