France

François Hollande: faut-il être normal pour devenir président de la République?

Stéphanie Plasse et Laura Guien, mis à jour le 25.06.2011 à 17 h 31

Le candidat socialiste affiche des habits de monsieur tout-le-monde. Pour l'instant, ça marche dans les sondages.

François Hollande à la convention socialiste du 28 mai à Paris. REUTERS/Gonzalo

François Hollande à la convention socialiste du 28 mai à Paris. REUTERS/Gonzalo Fuentes

François Fillon s'est moqué samedi, sans le nommer, du candidat à l'investiture socialiste François Hollande. Devant plusieurs centaines de nouveaux adhérents à l'UMP, réunis samedi salle Gaveau à Paris, le Premier ministre a estimé que «ceux qui se font fort d'instaurer une "présidence normale" ne savent pas de quoi ils parlent». «Vous ne pouvez pas et vous ne devez pas être l'homme du quotidien». Nous republions un article daté du 30 mai qui analysait l'intérêt d'apparaître comme un homme normal pour l'ancien premier secrétaire du Parti socialiste.

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Le 14 mai dernier, pendant que DSK était arrêté à l'aéroport John Fitzgerald Kennedy à New York pour tentative de viol et de séquestration, François Hollande se trouvait à Bort-les-Orgues, une charmante bourgade de 3.000 habitants. Le candidat PS inaugurait les aménagements de la route nationale 127 avant de se rendre à la fête du quartier de la Plantade. Rien d'extraordinaire ni de sensationnel. Logique, même pour quelqu’un qui a prévenu qu’il voulait être «un candidat normal».

Dimanche dernier sur TF1, le président du Conseil général de Corrèze persiste et signe:

«Un président normal est un président qui donne confiance, cohérence et constance, ce qui nous a manqué depuis 2007».

Pour autant le fait de se placer comme un candidat normal serait-il suffisant pour accéder à la fonction suprême? Selon un sondage réalisé du 2 au 4 mai par Harry's interactive pour M6, MSN, RTL, le président idéal des Français serait «honnête, sincère, à l'écoute, et pas forcément marié». L’image d’un homme — ou d’une femme — «normal» et passe-partout qui pourrait correspondre à celle de François Hollande. En campagne pour les primaires, le candidat PS s’efforce en tout cas de coller à ce portrait robot en affichant une allure plutôt quelconque, ni trop charismatique, ni trop discret. François Hollande, c'est avant tout celui qui fait rire, «le nounours débonnaire».

On est loin du train de vie de Nicolas Sarkozy, et des frasques présumées de Dominique Strauss-Kahn. Pour l’instant, la recette fonctionne, au moins parmi les électeurs de gauche: Hollande est en tête dans les derniers sondages d'intentions de vote aux primaires socialistes.

Selon le psychologue Pascal de Sutter, François Hollande a choisi une bonne ligne politique en jouant sur le contraste. «Les Français et surtout les gens de droite, un peu traditionnels, attendent du Président qu'il respecte sa fonction, qu'il montre de la dignité et de la pudeur. Il faut dire que l'image du chef de l’Etat a été un peu égratignée avec Nicolas Sarkozy et ces gens ont été déçus par ce comportement qu’ils estiment hors-norme».

La peopolisation de la fonction suprême opéré par le chef de l'Etat a fini par user les Français. «La façon d'être et de faire de Nicolas Sarkozy a dévalorisé la fonction présidentielle. François Hollande essaye de donner une grille de lecture de cette déception», explique Stéphane Rozès, le président du CAP (Conseils, Analyses et Perspectives).  

En jouant au type normal, «François Hollande veut dire qu'il ne sera pas surexposé, remarque Philippe Braud, professeur de psychologie à Sciences Po Paris, qu'il sera dans le contrôle émotionnel, qu'il se gardera de se mettre en avant. Cette image, construite dans la perspective d'affronter Nicolas Sarkozy, veut également dire qu’il compte mener sa candidature jusqu'au bout».

«Se positionner comme étant un président normal est très efficace, souligne le sociologue de l'image Gianni Hanver, car cela fonctionne avec tout. La normalité peut se jouer partout et contre tout le monde, DSK, Nicolas Sarkozy et même Marine Le Pen».

La normalité nécessaire mais pas suffisante

Si la recette a l'air de fonctionner, elle a ses limites. Après le candidat Hollande, ce sera au président Hollande d'incarner la fonction. Pour assumer ce rôle, la normalité est une condition «nécessaire mais pas suffisante»«Nécessaire, car pour pouvoir supporter la présidence, il faut avoir des fondamentaux, mais pas suffisante parce que François Hollande doit se laisser incarner, il ne doit pas s'appartenir, il ne peut pas rabattre sa fonction à sa propre personne», analyse Stéphane Rozès.

Pascal de Sutter estime également que la ligne politique de François Hollande va donner lieu à un réajustement. «L'idée de normalité est un peu une absurdité sémantique. Tout le monde ne veut pas être président, il faut bien sûr des qualités exceptionnelles pour pouvoir gouverner un pays. L'idée de président normal peut jouer en la faveur de François Hollande mais il faut qu'il continue à l'alimenter pour que cela ait véritablement du sens.»

Pour donner corps à sa normalité, le candidat PS a choisi de se référer à Georges Pompidou qu'il qualifie de «président normal au sens plein du terme». Un mauvais exemple et un glissement de sens assure Philippe Braud: «Pompidou a fait campagne en disant "je ne suis pas le général de Gaulle, je suis quelqu'un de normal", il n'empêche que même des présidents comme Georges Pompidou, Giscard d’Estaing, ou Mitterrand qui renvoyaient à des images de présidents "normaux" avaient toutefois une haute conception de la présidence, sous entendant qu'il fallait être quelqu'un d'exceptionnel pour l'exercer».

Le sociologue Gianni Hanver parle même de «référence maladroite»: «Président normal, ça m'évoque un héritage très dilué et moins efficace de la force tranquille qui avait porté François Mitterrand».

Le costume du président du quotidien aurait donc encore besoin de quelques retouches de style. Retouches auxquelles le candidat socialiste a sans aucun doute pensé. Pour Philippe Rozès, «François Hollande séquence sa campagne. Pour l'instant, il est sur le registre de la normalité. Mais on ne sait pas s'il va rester sur cette condition nécessaire.»

Calmer les angoisses

La normalité jusqu'au bout? Il est vrai que cette qualité, facile à endosser pour François Hollande, peut, dans un contexte contaminé par l'affaire DSK, devenir une arme de défense pernicieuse. «Il y a un élément très malin dans cette nouvelle définition de la normalité, c'est qu'elle ne définit pas tant celui qui l'affiche mais plus ses adversaires, qui deviennent donc par opposition anormaux».

Cette notion d'anormalité effraie de nombreux Français, comme en témoigne le psychologue Raphaël Georges. «Quand les gens arrivent dans mon cabinet, la première chose qu'ils me disent, c'est qu'ils ont peur de ne pas être normaux. Ils pensent que s'ils n'ont pas d'argent, un travail stimulant et une vie amoureuse épanouissante, ils vont être rejetés».

L'image d'un président normal peut donc calmer quelques angoisses. Avec son côté passe partout, ses petites lunettes vissées sur le nez, ses costumes sombres, François Hollande ressemble à un «mec normal», un Monsieur tout le monde qui rassure. Pourtant à trop vouloir jouer la carte du candidat modéré, il risque de s'enfermer dans un rôle trop gentillet. Pour Gianni Hanver: «Si François Hollande avait joué sur le binôme normal/anormal, il se serait glissé dans la peau du superhéros, mais dans cette situation, il laisse à l'autre l'exceptionnalité». Tout le monde se passionne pour Superman, mais personne ne s'intéresse réellement à Clark Kent.

Laura Guien et Stéphanie Plasse

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