Economie

La reprise fait la course avec le populisme

Eric Le Boucher, mis à jour le 29.05.2011 à 9 h 19

L'économie mondiale va mieux, mais elle reste fragile. Du coup, plane un mauvais air protectionniste sur la politique.

Running feet / Danielle Walquist Lynch via FlickrCC License by

Running feet / Danielle Walquist Lynch via FlickrCC License by

Gordon Brown en Grande-Bretagne il y a un an, Barack Obama aux mid-term de novembre, Angela Merkel à chaque élection régionale, José Luis Zapatero la semaine passée... la crise fait subir aux gouvernements en place de lourds revers électoraux. Et pas seulement dans les démocraties.

Tunisie, Egypte, Libye... les dictateurs sont aussi mis à mal par la montée du chômage et, maintenant, par la flambée de l'essence et des denrées alimentaires. La crise financière était devenue économique, puis sociale; elle est politique.

Une course de vitesse est engagée entre la reprise mondiale et le populisme. La reprise se confirme, la double récession a été évitée, mais elle reste fragile et inégale. Les pays émergents ont repris leur rythme effréné de rattrapage. Il est devenu trop rapide puisque l'inflation s'installe avec toutes les conséquences d'appauvrissement des plus faibles qu'elle engendre.

Dans les pays développés, l'économie se consolide, comme l'a confirmé l'OCDE. Mais elle reste sous haute surveillance tant les «risques» demeurent gros. Principale inquiétude: le chômage accumulé en 2009 et 2010 est loin d'être résorbé et la croissance molle ne va pas permettre de le faire vite. Inquiétude secondaire: les prix des biens «de première nécessité», ici aussi.

Dans cette atmosphère, le populisme marque des points. Pour dénoncer «l'échec» des dirigeants en place, les arguments suivent deux lignes d'attaque. La première vise l'«élite mondialisée» qui regroupe la finance, les riches et tous ceux qui les servent: les économistes, les médias... et les gouvernements eux-mêmes «qui sont plus préoccupés par les banques que par les peuples». La seconde ravive la présentation de la mondialisation comme «une menace», voire comme la cause de tous les malheurs. Un mauvais air protectionniste plane sur la politique.

L'Organisation mondiale du commerce a publié, mardi 24 mai, un «rapport de surveillance» lourd de craintes. «Les gouvernements du G20, déplore l'OMC, ont mis en place depuis six mois un plus grand nombre d'obstacles aux échanges que depuis le début de la crise financière.» Depuis octobre 2010, les restrictions couvrent 0,6% des importations totales du G20 contre 0,3% auparavant.

Un chiffre encore très faible, certes, mais qui vient de doubler. Beaucoup d'autres restrictions, aux exportations cette fois, ont été prises. Elles concernent surtout quatre pays, Russie, Ukraine, Brésil et Argentine qui ont de vieilles habitudes protectionnistes, mais l'OMC observe que la tentation est générale.

Les partis populistes obtiennent des succès en demandant la fermeture des frontières aux biens, aux capitaux comme aux personnes (immigration). Les partis dits «de gouvernement» n'en sont encore qu'à évoquer instaurer à l'importation «des normes sociales et environnementales» pour «se défendre» mais ils suivent la même ligne de pente...

Pendant ce temps, la mondialisation continue

Les négociations de Doha n'ont plus aucune chance d'aboutir. Barack Obama n'est plus en mesure d'affronter sur ce sujet le Congrès républicain d'un côté, et les démocrates et les syndicats, de l'autre. Ce blocage de la coopération internationale, malgré toutes les promesses réitérées la main sur le coeur lors des sommets du G20 ou du G8, n'empêche pas le commerce de progresser.

Si la régulation de la mondialisation s'arrête en chemin, la mondialisation continue. Après avoir reculé de 12,5% en 2009, le volume des échanges a cru de 14,5% en 2010 et il devrait progresser de 6,5% cette année, selon l'OMC. L'organisation souligne que les pays développés ont pu vendre en Asie et qu'ainsi «le commerce a aidé la reprise».

Ces chiffres témoignent de l'intime intrication des économies et des flux au sein des entreprises elles-mêmes: une voiture faite hier entièrement dans une seule usine est aujourd'hui montée à partir de composants issus de cinq usines. La tendance reste à l'échange même s'il peut y avoir, en parallèle, certains mouvements inverses de relocalisation, comme dans l'agriculture.

La mondialisation est inscrite dans les réalités industrielles. Mais elle bouscule l'ordre ancien et la crise a fortement accéléré les évolutions. Chômage et inflation: les gouvernements électoralement affaiblis ont du mal à résister aux sirènes protectionnistes.

La reprise et de bons chiffres d'emplois peuvent les secourir. Mais ils ne vaincront pas les populistes en restant sur leur ligne de pente et en promettant de «protéger» leurs populations. Il faudrait faire l'inverse: bâtir un discours positif sur la mondialisation, ses exigences, ses bénéfices. Seule manière de rétablir une confiance dans la marche du monde.

Eric Le Boucher

Chronique également parue dans Les Echos

Eric Le Boucher
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Cofondateur de Slate.fr
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