La reprise fait la course avec le populisme
L'économie mondiale va mieux, mais elle reste fragile. Du coup, plane un mauvais air protectionniste sur la politique.
- Running feet / Danielle Walquist Lynch via FlickrCC License by -
Gordon Brown en Grande-Bretagne il y a un an, Barack Obama aux mid-term de novembre, Angela Merkel à chaque élection régionale, José Luis Zapatero la semaine passée... la crise fait subir aux gouvernements en place de lourds revers électoraux. Et pas seulement dans les démocraties.
Tunisie, Egypte, Libye... les dictateurs sont aussi mis à mal par la montée du chômage et, maintenant, par la flambée de l'essence et des denrées alimentaires. La crise financière était devenue économique, puis sociale; elle est politique.
Une course de vitesse est engagée entre la reprise mondiale et le populisme. La reprise se confirme, la double récession a été évitée, mais elle reste fragile et inégale. Les pays émergents ont repris leur rythme effréné de rattrapage. Il est devenu trop rapide puisque l'inflation s'installe avec toutes les conséquences d'appauvrissement des plus faibles qu'elle engendre.
Dans les pays développés, l'économie se consolide, comme l'a confirmé l'OCDE. Mais elle reste sous haute surveillance tant les «risques» demeurent gros. Principale inquiétude: le chômage accumulé en 2009 et 2010 est loin d'être résorbé et la croissance molle ne va pas permettre de le faire vite. Inquiétude secondaire: les prix des biens «de première nécessité», ici aussi.
Dans cette atmosphère, le populisme marque des points. Pour dénoncer «l'échec» des dirigeants en place, les arguments suivent deux lignes d'attaque. La première vise l'«élite mondialisée» qui regroupe la finance, les riches et tous ceux qui les servent: les économistes, les médias... et les gouvernements eux-mêmes «qui sont plus préoccupés par les banques que par les peuples». La seconde ravive la présentation de la mondialisation comme «une menace», voire comme la cause de tous les malheurs. Un mauvais air protectionniste plane sur la politique.
L'Organisation mondiale du commerce a publié, mardi 24 mai, un «rapport de surveillance» lourd de craintes. «Les gouvernements du G20, déplore l'OMC, ont mis en place depuis six mois un plus grand nombre d'obstacles aux échanges que depuis le début de la crise financière.» Depuis octobre 2010, les restrictions couvrent 0,6% des importations totales du G20 contre 0,3% auparavant.
Un chiffre encore très faible, certes, mais qui vient de doubler. Beaucoup d'autres restrictions, aux exportations cette fois, ont été prises. Elles concernent surtout quatre pays, Russie, Ukraine, Brésil et Argentine qui ont de vieilles habitudes protectionnistes, mais l'OMC observe que la tentation est générale.
Les partis populistes obtiennent des succès en demandant la fermeture des frontières aux biens, aux capitaux comme aux personnes (immigration). Les partis dits «de gouvernement» n'en sont encore qu'à évoquer instaurer à l'importation «des normes sociales et environnementales» pour «se défendre» mais ils suivent la même ligne de pente...
Pendant ce temps, la mondialisation continue
Les négociations de Doha n'ont plus aucune chance d'aboutir. Barack Obama n'est plus en mesure d'affronter sur ce sujet le Congrès républicain d'un côté, et les démocrates et les syndicats, de l'autre. Ce blocage de la coopération internationale, malgré toutes les promesses réitérées la main sur le coeur lors des sommets du G20 ou du G8, n'empêche pas le commerce de progresser.
Si la régulation de la mondialisation s'arrête en chemin, la mondialisation continue. Après avoir reculé de 12,5% en 2009, le volume des échanges a cru de 14,5% en 2010 et il devrait progresser de 6,5% cette année, selon l'OMC. L'organisation souligne que les pays développés ont pu vendre en Asie et qu'ainsi «le commerce a aidé la reprise».
Ces chiffres témoignent de l'intime intrication des économies et des flux au sein des entreprises elles-mêmes: une voiture faite hier entièrement dans une seule usine est aujourd'hui montée à partir de composants issus de cinq usines. La tendance reste à l'échange même s'il peut y avoir, en parallèle, certains mouvements inverses de relocalisation, comme dans l'agriculture.
La mondialisation est inscrite dans les réalités industrielles. Mais elle bouscule l'ordre ancien et la crise a fortement accéléré les évolutions. Chômage et inflation: les gouvernements électoralement affaiblis ont du mal à résister aux sirènes protectionnistes.
La reprise et de bons chiffres d'emplois peuvent les secourir. Mais ils ne vaincront pas les populistes en restant sur leur ligne de pente et en promettant de «protéger» leurs populations. Il faudrait faire l'inverse: bâtir un discours positif sur la mondialisation, ses exigences, ses bénéfices. Seule manière de rétablir une confiance dans la marche du monde.
Eric Le Boucher
Chronique également parue dans Les Echos
Mis à jour le 29/05/2011 à 9h19














































Des exigences pour qui ? pour les perdants, la grande majorité du peuple, à commencer par ceux qui se portaient déjà le plus mal avant la mondialisation. les bénéfices pour qui ? pour les gagnants, une infime minorité, qui était déjà bien trop riche avant la mondialisation, et dont la richesse a atteint aujourd'hui un degré d'obscénité inouï.
Non, on ne vaincra pas les "populistes" en essayant de trouver un discours qui permette de faire accepter cela aux peuples, car les peuples sont plus déterminés que jamais à rejeter ce dictat insupportable.
Il n'y a pas 36 hypothèses à examiner, il n'y en a que 2 :
Ou bien la mondialisation a permis d'enrichir notre pays, et alors il n'y a aucune excuse à ce que les plus pauvres, en valeur relative, soient maintenant encore plus pauvres, en valeur absolue. Si la mondialisation est une bonne affaire pour la France il faut chercher qui en a confisqué tout le bénéfice, et même au delà.
Ou bien la mondialisation n'a fait qu'appauvrir notre pays, et alors il faut revenir dessus sans la moindre hésitation, il n'y a aucune raison de défendre la mondialisation si elle est une mauvaise affaire pour notre pays.
Dans les deux cas on ne répondra pas à la demande de sécurité des peuples par des discours tendant à leur faire croire que cette demande ne serait pas parfaitement légitime.
Car cette demande est parfaitement légitime, et la seule réponse acceptable consiste en des actes positifs visant à améliorer la sécurité réelle des citoyens : assurance maladie, assurance vieillesse, indemnisation du chômage, droit au logement.
Tous les discours tendant à convaincre le peuple de renoncer à ces revendications comme si elles étaient illégitimes ne feront qu'accroitre sa rage, son désespoir, son dégoût et sa révolte prochaine.
Si les émeutes de novembre 2005 n'ont pas suffi à convaincre nos élites qu'il était impératif de changer radicalement de cap en matière sociale, que la répression aveugle, les contrôles au faciès systématiques et le harcèlement policier ne servent à rien, ne permettront pas de faire accepter l'inacceptable ordre économique et social, alors cela veux dire simplement que la prochaine insurrection sera encore plus violente, encore plus sanglante, encore plus désespérée.
Mais quel dommage, quand même, que la dernière n'ait servi à rien !
Je partage l'avis de Marianne (ça arrive) : le choc des civilisations est révolu. Aujourd'hui c'est le choc entre ceux qui ont un emploi et ceux qui n'en ont pas qui prédomine. Ce n'est pas acceptable.
Depuis des décennies, comme une litanie, des gouvernements successifs, de droite comme de gauche, annoncent que 'la priorité absolue est l'emploi'. Quelques mesurettes suivent, puis rien. Seul Mitterrand a eu le courage d'avouer un jour qu'il avait « tout essayé » sans succès.
Le problème bien sûr est complexe mais exiger le droit de travailler n'est pas un acte « populiste ». C'est du bon sens. L'emploi, c'est de la hygiène sociale comme l'exercice est une hygiène pour le corps et une politique de santé un facteur essentiel de la vie moderne.
Sans être économiste, les causes sont claires. Les machines et l'électronique remplacent les salariés plus vite que la croissance économique ne permet d'assurer de nouveaux emplois. Certains, les Verts notamment, ne sont même pas sûrs qu'il veulent de la croissance.
La mondialisation, tant décriée, fournit des palliatifs temporaires – aux dépens des moins qualifiés chez nous et au profit des populations des pays émergents. Mais c'est un leurre. Tant mieux si Décathlon peut vendre des baskets moins chers en les important de la Chine – mais quand il n' y aura plus de coureurs?
La prise de conscience pour environnement fournit une bonne illustration : on commence à comprendre que le camion est plus cher que le rail – quand l'ensemble des coûts (infrastructure routière, pollution, accidents de la route) sont pris en compte.
C'est pareil pour l'emploi. Le coût réel des baskets de Décathlon en termes de détresse social, instabilité politique et déclin économique est bien plus élevés que le prix affiché à la caisse du magasin.
Et c'est pourquoi – tout libérale et mondialiste que je suis – je suis en faveur de certaines mesures de protection. Notamment un système de prix – très difficile à calculer et encore plus difficile à expliquer à nos partenaires – qui tient compte du coût sociale réel des produits.
Pour être efficaces, ces mesures doivent être pris au niveau européen bien sûr, profitant - comme fait la Chine de son côté - de l'énorme importance de notre marché continental.
Mais sur ce point-là, Marianne et moi ne sommes pas d'accord. Pas du tout même!