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Barcelone-Manchester: Messi, Xavi, deux génies mais c'est fini?

Brian Phillips

La Finale de la ligue des Champions sera-t-elle le chant du cygne de Barcelone, la plus grande équipe de football du monde?

Février 2010, face à Getafe. Albert Gea / REUTERS

Février 2010, face à Getafe. Albert Gea / REUTERS

Ces trois dernières années, le football se trouve comme pris sous un charme espagnol, aussi incontesté qu’impitoyable. L’équipe nationale d’Espagne a remporté l’Euro 2008 par un mélange délirant de passes millimétrées et de buts à la pelle, avant de répéter cet exploit, avec moins de lustre, lors de la Coupe du monde de 2010.

Au même moment, le FC Barcelone, avec en son sein bon nombre de ces mêmes joueurs espagnols – ainsi que Lionel Messi, la superstar argentine qui vit en Espagne depuis son enfance – s’est baladé avec superbe dans le monde des clubs de football. Ces trois dernières années, les joueurs de Barcelone ont remporté trois titres en ligue d’Espagne, trois coupes nationales, un titre de Ligue des Champions, une Super coupe de l’UEFA et une Coupe mondiale de la FIFA. Ils ont à deux reprises, et comme à la parade, humilié leurs grands rivaux du Real Madrid – 6-2 en 2009 et 5-0 cette saison dernière.

Et tout cela en perfectionnant un style, fondé sur un mouvement permanent et un déplacement hypnotique du ballon, d’un esthétisme incroyable pour quelque chose d’aussi dévastateur. Capables d’une patience infinie, avant de se déchaîner soudainement, les stars de Barcelone ont assassiné leurs adversaires avec la grâce majestueuse des feuilles tombant des arbres dans une forêt.

Mais combien de temps une telle domination peut-elle durer? J’ai l’intuition que l’année qui vient – la prochaine saison pour le club et la coupe d’Europe de 2012 – verra la fin du magnifique empire espagnol. Si j’ai raison, la finale de la Ligue des Champions de ce samedi, qui verra Barcelone affronter Manchester United, pourrait bien être la dernière opportunité de voir, à son sommet, l’équipe qui a, plus que toute autre, marqué l’histoire du football récent.

Je ne voudrais pourtant pas en rajouter. D’une manière ou d’une autre, Barcelone continuera de faire partie de l’élite ces prochaines années. Le club est riche – seul le Real de Madrid a des revenus plus importants sur la planète football – et les contrats de retransmission télévisées de la Liga garantissent que les Catalans continueront de bénéficier d’un avantage financier immense sur bon nombre de leurs éventuels concurrents. Surtout, le noyau de stars dont dispose l’équipe est relativement jeune. Seul un des joueurs clés, Carles Puyol, a plus de 32 ans; Messi, que la plupart des experts considèrent comme le meilleur joueur du monde, n’a que 23 ans et, ce qui est effrayant, ne cesse de progresser.

Barcelone disposant du meilleur système de formation de la planète et son équipe première alignant majoritairement des joueurs présents depuis leur enfance, le club est moins susceptible que d’autres grands clubs de voir son banc pillé par ses rivaux. Rien dans le monde du football ne semble en mesure d’empêcher les blaugrana d’aligner une excellente équipe.

Mais Barcelone ne dispose pas seulement de la meilleure équipe de ces trois dernières années. Elle dispose d’une équipe d’un autre monde, de celles qui repoussent les frontières du possible, accomplissent des miracles tous droit sortis de la quatrième dimension, comme cela arrive parfois dans le monde du sport. Mais, comme, dans un autre domaine, cela est arrivé à l’extra-terrestre Roger Federer, il n’y a pas de raison de penser que Barcelone ne connaisse pas un déclin – le club va continuer de gagner des matchs, mais va perdre l’aura de perfection dont il est nimbé depuis que Pep Guardiola en a pris les rênes.

Mais si l’on loue, à juste titre, Messi, le centre de formation et Guardiola, le véritable moteur de la domination barcelonaise est son milieu de terrain et particulièrement son meneur de jeu au visage lunaire, Xavi. C’est l’incroyable sens des espaces de Xavi qui fait du tiki-taka barcelonais une arme mortelle: sur presque chaque possession de balle, l’attaque passe par lui. Lors de la victoire 5-0 contre Madrid en novembre dernier, il a effectué 110 passes à lui seul. Xavi n’a que 31 ans, ce qui n’est pas vieux pour un milieu de terrain dans la ligue espagnole, moins rapide que d’autres championnats, mais il est dans les dernières années de sa carrière sous le maillot.

Xavi joue un rôle presque identique au sein de l’équipe nationale: le succès de ces deux équipes signifie qu’il a non seulement enchaîné cinq saisons pleines avec une cinquantaine de matchs à chaque fois, mais qu’il a également participé à de nombreuses compétitions d’été, avec les nombreux entraînements, stages, courses effrénées et tacles appuyés qui en découlent. Une simple baisse de régime de Xavi suffirait à cesser de faire de Barcelone un épouvantail, or voilà des années qu’il n’a pas connu le moindre break.

Surtout, le Real de Madrid, dont la rivalité avec le club catalan est un spectacle à part entière dans les médias espagnols, reprend du terrain sur Barcelone. Après cinq défaites ces trois dernières années – défaites qui ont vu l’humiliation du club madrilène, avec 16 buts encaissés contre deux marqués – le nouvel entraîneur de Madrid, Jose Mourinho a, ces derniers mois, poussé Barcelone dans ses retranchements.

Madrid a perdu une fois, fait deux fois match nul et a remporté une victoire, empêchant son rival de remporter la Copa del Rey. Christiano Ronaldo, de Madrid, a enflammé dernièrement la Liga en inscrivant 11 buts lors de ses quatre derniers matchs, battant le record du nombre de buts du championnat d’Espagne, et davantage de but que Messi en championnat. Comme annoncé, Madrid va passer l’été à amasser avidement de nouveaux talents.

Depuis la série récente de Clasicos, les performances de Barcelone ont chuté – une défaite face au club de seconde zone de la Real Sociedad, deux nuls contre Levante et le Deportivo La Corogne. Cela s’explique par les blessures dont a souffert la défense et par le fait que, le titre déjà en poche, le club s’est démotivé. Mais cela signifie également qu’un Madrid revigoré pourrait s’avérer un obstacle de taille.

Si la pression médiatique, proprement délirante, qui accompagne cette rivalité de tous les instants, venait à monter en puissance, les stars de Barcelone se trouveraient en permanence placés sous les feux de la rampe, une situation guère compatible avec l’aura d’amour innocent et joyeux du beau jeu qui entoure l’équipe.

C’est important, car les succès de Barcelone ont toujours été nimbés d’une aura naturellement sereine. La rivalité avec Madrid a toujours fait la une des journaux, mais tant que Barcelone gagnait, les gros titres semblaient glisser sur ses joueurs. Le mot qui revient le plus souvent pour les décrire est «magique», appliqué à cette combinaison de beau jeu, de triomphe joyeux, de superstars dépourvues d’égo, de loyauté enfantine qui semble être la marque du club.

Depuis que Guardiola est arrivé au poste d’entraîneur, rares ont été les controverses ou les querelles intestines avec, pour résultat, si l’on excepte les tabloïds madrilènes, d’éviter à Barcelone un retour de bâton médiatique. Le score final les a, en tout état de cause, toujours protégés.

Mais ces dernières semaines – tout comme ils semblaient à la peine sur le terrain – plusieurs indices ont montré que les choses pourraient ne pas durer. Mourinho est tout d’abord parvenu à faire des plongeons des joueurs de Barcelone et de leurs interventions permanentes auprès de l’arbitre le sujet central de la demi-finale de la Ligue des Champions.

Le milieu de terrain de Barcelone, âgé de 22 ans, Sergio Busquets, déjà montré du doigt pour ses plongeons aurait, comme semble l’indiquer une vidéo, proféré des insultes à caractère raciste à l’encontre du jour de Madrid, Marcelo. L’UEFA a abandonné ses poursuites contre Busquets faute de preuve, mais ces deux incidents ont galvanisé comme jamais le ressentiment à l’égard du club.

Comparé à son adversaire de ce samedi, Barcelone a toujours misé sur un équilibre fragile des forces. Manchester United est une machine implacable, qui remporte ses victoires aux forceps, en adaptant sa stratégie aux circonstances. Le succès de Barcelone, au contraire, semble exiger la convergence d’un nombre hautement improbable de circonstances (qui ont la merveilleuse tendance à converger).

Pour que Barcelone l’emporte, l’équipe doit jouer avec une grande classe. Le radar de Xavi doit donner à plein pour distribuer des passes à grande vitesse. Les joueurs doivent être reliés par télépathie les uns aux autres. Ils doivent travailler de concert. Ils doivent représenter la Catalogne. Messi doit inscrire le genre de but qui font se décrocher votre mâchoire et vous font grimper aux rideaux.

Barcelone est parvenu à obtenir de tels résultats, match après match et si le club remporte sa seconde victoire en Ligue des Champions en trois ans ce samedi, il assurera certainement sa place comme une des plus grandes équipes de club de tous les temps.

Mais si un seul de ces facteurs improbable venait à manquer, que ce soit en raison de l’âge, de la fatigue, d’une blessure, d’une distraction, d’un manque de chance ou d’une trop grande animosité, Barcelone serait encore une grande équipe. Mais elle ne serait plus magique.

Brian Phillips

Traduit par Antoine Bourguilleau

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