Economie

Pas de recettes toutes faites pour lutter contre le chômage

Claire Blandin, mis à jour le 30.05.2011 à 9 h 48

Que ce soit en Europe, en Asie, en Amérique du sud ou en Afrique, la crise a laissé des traces sur des économies déjà fragiles et rendus encore plus difficile les politiques de luttes contre le chômage.

Foire à l'emploi à Chongqing, en novembre 2010. REUTERS/China Daily

Foire à l'emploi à Chongqing, en novembre 2010. REUTERS/China Daily

Dans le cadre de la présidence française du G20, l’Association mondiale des services d’emploi publics, présidée par Christian Charpy, et Pôle Emploi organisent à Paris les 26 et 27 mai, une conférence mondiale sur «la contribution des services publics de l’emploi à la sortie de la crise». Slate.fr, partenaire de cette conférence organisée par l'Amsep et Pôle Emploi, publie contributions et synthèses.

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L’état des lieux du marché de l’emploi après la crise de 2008 est accablant: 205 millions de chômeurs dans le monde, 25 millions de plus qu’avant la crise. «Il faudrait attendre 2014 ou 2015 pour retrouver un niveau de l’emploi comparable à celui d’avant la crise», constate Christian Charpy, directeur général de Pôle Emploi et président de l’Association mondiale des services d’emploi publics (Amsep). L’occasion pour les services publics de l’emploi  de plus de 50 pays d’échanger et de partager leurs expériences face à la crise et de réfléchir à leur avenir et à l’évolution de leurs missions.

«Les jeunes sont particulièrement touchés, que ce soit dans les pays développés ou dans les économies émergentes, qu’ils soient diplômés ou peu qualifiés», souligne Raymond Torres, directeur de l’Institut international d’études sociales du BIT. Les effets de la crise sont plus profonds que ne le montrent les chiffres car elle s’est accompagnée de changements culturels. «Entre 2000 et 2007, deux tiers de la demande venait des pays développés. Depuis 2010, la proportion est inversée: deux tiers de la demande vient des pays émergents.»

Raymond Torres prône une «politique active» de l’emploi, compatible avec un contexte budgétaire d’austérité: en ralentissant les entrées dans le chômage, elle en limite le coût économique et participe à long terme au retour de la croissance. Encore faut-il en convaincre les ministères des finances !

Lutte contre le chômage des jeunes et contre le chômage de longue durée: l’ensemble des intervenants aux tables rondes animées par Eric Le Boucher, éditorialiste et cofondateur de Slate.fr, en ont fait leurs priorités. Chacun apporte des réponses différentes à la réalisation de ces objectifs: approche locale, recours à des prestataires privées, aides aux entreprises, obligation de formation des jeunes n’ayant pas achevé leurs études…

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Une première table ronde était consacrée à la situation dans les pays développés.

L’Espagne est particulièrement affectée par le chômage des jeunes. «Nous  avons développé des bourses pour les grandes entreprises qui recrutent des jeunes sans qualification, explique Antonio Toro Barba, directeur général du service public de l’emploi espagnol, et des contrats à temps partiel qui facilitent les possibilités d’insertion dans le monde du travail.» La bulle spéculative immobilière a concentré 16% de l’activité dans la construction. Son explosion a mis de nombreux travailleurs sur le carreau et pose aujourd’hui le problème de leur réorientation. D’autant que souvent beaucoup de jeunes ont  arrêté leurs études en trouvant facilement un emploi dans ce secteur.

La Suède a aidé les sociétés à faire suivre des programmes de formation continue à leurs salariés qu’elles licenciaient. Le service public de l’emploi a bénéficié de recrutements importants (passant de 9.000 à 13.000 personnes en 18 mois), souligne Angeles Bermudez-Svankvist, sa directrice générale, et a mis en place une organisation souple très adaptée aux besoins locaux, proche des entreprises et bénéficiant d’une information rapide.

En Russie, le gouvernement a financé de nombreux programmes de formation professionnelle et passé des accords avec les lycées techniques. «Le budget fédéral finance des cours de formation pour 100.000 jeunes sans emploi et nous aidons les chömeurs à obtenir des subventions pour créer des PME», explique Yuri Gertsiy, directeur du service fédéral du travail et de l’emploi de Russie.

L’Australie a créé des coordinateurs locaux qui peuvent s’appuyer sur des prestataires privés pour s’adapter au mieux aux besoins actuels ou futurs des régions. «Nous essayons de ramener le plus vite possible au travail les nouveaux chômeurs et donnons des primes pour des formations qui conduisent à un travail», témoigne Stephen Moore, chef de service au département éducation, emploi et relations du travail. Une «indemnisation jeunesse» va aux jeunes qui n’ont pas fini leurs études secondaires et leur laisse ainsi le choix «d’apprendre ou de travailler».

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La seconde table ronde s’attachait à l’état des économies émergentes ou en développement.

Cristina Terra, économiste au CEPII, souligne que la crise avait été « plus rude pour les pays en développement que pour les pays développés » avant d’insister sur la difficulté d’adapter dans les premiers des politiques de protection sociale venus des seconds. Comment instituer un système d’assurance chômage quand  le secteur informel représente, selon les pays, 30 à 70% de l’activité économique ? « Les vrais pauvres n’ont pas les moyens d’être chômeurs et les politiques qui cherchent à protéger le secteur formel laissent de côté beaucoup de travailleurs » conclut-elle.

La Chine, qui, vue d’Europe, apparaît comme un havre de croissance, a elle aussi subi un impact grave de la crise. «Le taux de chômage a augmenté dans 21 régions sur 32», précise Wang Yudong, directeur général adjoint de la direction de la promotion de l’emploi, au ministère des ressources humaines et de la sécurité sociale. Pour mener une politique «pro-active» de l’emploi, le système chinois a étendu le système public d’emploi aux campagnes, aux universités, aux quartiers.

Des plateformes ont été créées dans des bourgs, des villages… pour collecter des informations et développer la formation. Des manifestations spécifiques ont été lancées comme le «mois de l’emploi» au moment du nouvel an chinois ou «le vent du printemps» pour aider les travailleurs migrants des campagnes à trouver du travail dans les villes. «Cela passe par une mobilisation des différents ministères (ressources humaines et éducation), des entreprises privées et des syndicats».

L’Argentine a trouvé sa voie en misant sur «un processus de croissance avec une plus grande équité sociale», affirme Enrique Deibe, secrétaire à l’Emploi, au ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale. Une meilleure couverture sociale, des allocations familiales, des subventions gouvernementales pour éviter des licenciements… Résultat: moins de perte d’emplois et une croissance de 1,5% du PIB dans un pays «qui retrouve comme valeurs la formation, l’éducation et l’équité.»

«La crise de 2008 a trouvé l’Afrique en crise. Elle a aggravé la situation», déclare Camille Mouté à Bidias, directeur général du Fonds national de l’emploi du Cameroun. Les taux de croissance sont élevés (4,5% au Cameroun, 5% en moyenne en Afrique) mais l’emploi ne suit pas. Le secteur informel compte pour 80 à 90% au Cameroun «qui s’emploie à devenir un pays en développement.» «Il n’est pas normal que dans un pays où tout est à faire, les jeunes n’aient pas de travail», s’indigne-t-il. Le Fonds national de l’emploi a pour objectif la création de 20 nouvelles agences, des stages de pré-emploi pour 50.000 jeunes diplômés, des aides à 1.000 jeunes créateurs d’entreprises.

«Que peut faire un service public de l’emploi quand il sait qu’il n’y a pas de croissance et donc pas d’emploi?», interroge un participant en fin de débats. «Les services publics de l’emploi ne peuvent pas créer des emplois. Ils se situent à l’articulation des politiques économiques et sociales et donnent des outils», conclut Enrique Deibe.

Claire Blandin

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Claire Blandin (3 articles)
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