France

Succession de DSK: le FMI doit se rendre à Lagarde

Annie Lowrey

Christine Lagarde est la meilleure candidate pour succéder à DSK. Ce sont les Américains qui le disent.

Exposition Cartier à Pékin en 2009. REUTERS/Jason Lee

Exposition Cartier à Pékin en 2009. REUTERS/Jason Lee

Le Fonds Monétaire International vient de lancer l’appel à candidatures pour remplacer Dominique Strauss-Kahn au poste de directeur général. Le moins que l’on puisse dire est que le processus de sélection est opaque. Mais l’issue en est quasi-certaine: le FMI choisira Christine Lagarde, l’actuelle ministre française des Finances. Certes, elle ne fait pas l’unanimité: des dizaines de pays et d’économistes s’opposent à sa candidature. Pourtant, elle pourrait bien être la meilleure postulante.

Pour sa part, Lagarde a officiellement annoncé son intention de concourir pour ce poste mercredi. «C’est un immense défi que j’aborde avec beaucoup d’humilité et en souhaitant recueillir le plus large consensus» a-t-elle déclaré. «Si j’étais élue, j’apporterais au Fonds toute mon expérience d’avocat, de dirigeant d’entreprise, de ministre et de femme» à cette fonction. Elle peut sans doute se prévaloir du soutien de la plus grande partie de l’Union européenne, de la Chine, du Brésil et des États-Unis.

En termes de politique identitaire pure et dure, le FMI pourrait difficilement faire un meilleur choix. Lagarde est une femme, bien sûr. En outre, elle est polyglotte, antialcoolique, végétarienne et adepte du yoga—en bref, une ascète qui contraste de façon bienvenue avec un DSK d’une complaisance pathologique. Deux arguments jouent en sa défaveur: tout d’abord, elle est européenne. Ensuite, ce n’est pas une économiste.

Selon les termes d’un «gentlemen's agreement» vieux de plusieurs décennies, le directeur général du FMI est toujours européen et le président de la Banque mondiale toujours américain. Le système d’élections du FMI basé sur des quotas, qui accorde une influence disproportionnée aux États-Unis et à l’Europe, assure la pérennité du statu quo. Les ministres et les économistes des économies émergentes estiment à juste titre qu’il s’agit là d’un anachronisme. Le FMI opère dans le monde entier et compte des représentants de 187 pays. Les économies émergentes prennent de plus en plus d’importance, à la fois en termes de politique du FMI et d’économie mondiale. Le leadership du FMI devrait mieux refléter sa composition—et la réalité.

Ainsi, cette semaine, les représentants du FMI des Brics—le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud—ont publié une lettre s’opposant à Lagarde et à toutes les autres candidatures européennes. «De nombreux accords internationaux appellent à une procédure concurrentielle, réellement transparente et basée sur le mérite pour la sélection du directeur général», écrivent-ils. «Cela nécessite l’abandon de la convention obsolète non-écrite qui veut que le chef du FMI vienne nécessairement d’Europe.» 

En ce qui concerne le second grief, si Lagarde est ministre des Finances et un poids lourd de l’économie mondiale, elle n’est pas réellement économiste. Avant de devenir la première femme à diriger le célèbre cabinet d’avocats Baker & McKenzie, elle a été avocate spécialisée en droit des affaires et dans les dossiers antitrust. La plupart des directeurs généraux du FMI avaient soit des diplômes supérieurs en économie, soit étaient arrivés à ce poste après être passés, dans la fonction publique, par des responsabilités dans les politiques économiques de leur pays.

Étant donné que le FMI a pour fonction d’aider les pays à restructurer leurs finances en échange de prêts, un diplôme ne peut pas nuire, assènent les critiques. «DSK était très bon (pour mettre ses propres idées en œuvre) parce qu’il avait les connaissances économiques nécessaires», a grommelé à Reuters un fonctionnaire anonyme du FMI. «S’il prenait des risques, ils n’étaient pas si grands que cela, car il savait de quoi il parlait. (…) Avec quelqu’un qui n’aurait pas ce savoir-faire, ce serait différent.»

Mais aucun de ces reproches n’a vraiment d’importance à présent. C’est en Europe que sont les plus grands cas économiquement désespérés du monde: il s’agit du Portugal, de l’Irlande, de l’Italie, de la Grèce et de l’Espagne. En tant que ministre française des Finances, Lagarde s’est assise à la table des négociations pendant des années, à étudier s’il fallait ou non renflouer ces pays, et comment, quels plans d’austérité appuyer et comment restructurer leurs dettes si nécessaire.

«Pour l’Europe, il est cohérent d’avoir un (directeur général) qui corresponde à l’instant» même s’il faudrait changer le processus de sélection, m’a confié la semaine dernière Michael Spence, économiste de Stanford et prix Nobel d’économie. Ce qui compte, c’est que Lagarde connaît bien les économies européennes et qu’elle a bonne presse auprès des décideurs concernés.

De même, les problèmes de l’Europe sont avant tout politiques, pas économiques—ce qui signifie qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un doctorat pour les comprendre, mais qu’ils peuvent réagir à l’intervention d’une avocate. En ce moment, l’Union européenne est en train de tenter de négocier une restructuration «douce» de la dette grecque, un rallongement des échéances de remboursement à ses créanciers pour éviter le défaut (ce qui risque d’arriver de toute façon, et pourtant de nouvelles mesures d’austérité semblent probables aussi).

Le plan est de gagner un soutien en Europe. Mais il est très loin d’être populaire parmi certains créanciers de la Grèce—notamment aux yeux de la Banque centrale européenne.

Le FMI a besoin de quelqu’un qui sera capable d’amener les différentes parties concernées à se mettre d’accord sur un quelconque plan réalisable—de négocier tout ce qu’un accord pourrait impliquer en termes de partage de fardeau, coupage de cheveux en quatre et mise en place de plan d’austérité. Pour cela, il faut quelqu’un de l’intérieur, qui sache user de la manière forte. En d’autres termes, il faut Christine Lagarde.

Annie Lowrey

Traduit par Bérengère Viennot

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