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FC Barcelone: Wembley, là où tout a commencé

Aurélien Le Genissel, mis à jour le 27.05.2011 à 16 h 03

[INFOGRAPHIE] Le Barça revient à Wembley 19 ans après y avoir remporté sa première Ligue des Champions. Un titre qui a marqué le début de ses meilleures années européennes.

L'équipe du FC Barcelone en décembre 2009, REUTERS/Fahad Shadeed

L'équipe du FC Barcelone en décembre 2009, REUTERS/Fahad Shadeed

Ah si la finale de la Ligue des Champions entre le FC Barcelone et Manchester United, qui se dispute samedi 28 mai dans le nouveau stade de Wembley, avait eu lieu en 2012! Les journaux espagnols auraient pu allègrement parler de «boucle bouclée», des «20 ans de règne blaugrana», de la finale «20 ans après» et autres fables qui permettent de mieux interpréter les coïncidences du calendrier.

Car c’est à Wembley (dans l'ancien stade) qu’en 1992, le FC Barcelone a remporté pour la première fois la Ligue des Champions face à la Sampdoria de Gênes.

Avant ce succès, le Barça était une bonne équipe européenne (il avait remporté 4 coupes d'Europe des vainqueurs de coupe et 3 coupes de l’UEFA) mais n’entrait pas dans le club très privé des géants du football (Real Madrid, Milan AC, Liverpool, Bayern Munich…). Depuis, nombreux sont ceux qui considèrent les Catalans comme la meilleure équipe de ces deux dernières décennies par leurs résultats et leur style de jeu.

Dream Team 2.0

Un style aérien, offensif et joyeux instauré par Johan Cruyff, alors entraîneur du Barça, et inspiré directement du «football total» de la fameuse Orange Mécanique hollandaise des années 1970. Une Dream Team, comme on l’appelle depuis, qui reste un mythe dans l’imaginaire des Catalans et qui a déterminé leur manière de jouer depuis la victoire de 1992. Or, presque 20 ans après, Pep Guardiola, disciple de Cruyff et joueur phare de cette fameuse équipe, désormais entraîneur du Barça, a réussi à mettre en place une formation qui peut concurrencer l’originale.

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Déplacez le curseur pour voir les différences entre l'équipe de 1992 et l'équipe de 2011.

«On ne pourra jamais rivaliser avec cette époque de la Dream Team car ils furent les premiers à rompre avec une tendance de beaucoup d’années sans gagner», s’est empressé d’affirmer Guardiola avec sa modestie et sa discrétion habituelles. Mais la comparaison est bien réelle. La première Dream Team remporta 12 titres en sept ans. Après trois années plutôt difficiles, l’équipe dirigée par Cruyff rafla 4 Ligas (d’affilée), une Ligue des Champions et trois Supercoupes d’Espagne. En attendant de voir ce qui se passera à Wembley, la Dream Team 2.0 a déjà remporté 9 titres en trois ans: trois Ligas, une Ligue des Champions, une coupe du Roi, deux Supercoupes d’Espagne, une Supercoupe d’Europe et une Coupe du monde des clubs. Sans oublier que le Barça est la seule équipe à avoir réussi le fameux Sexteto (6 titres en un an), détient le record de points du championnat espagnol (99 en 2010) et, chose importante aux yeux du culé moyen, a infligé de lourdes défaites au Real Madrid ces dernières années (2-6, le 2 mai 2009, ou 5-0, le 29 novembre 2010).

La comparaison n’est pas vraiment équilibrée et, contrairement à ce qu’affirme Guardiola, l’équipe actuelle semble être bien supérieure à la mythique Dream Team.

L’Empire du bien

Mais au-delà des résultats, c’est peut-être de l’esprit du jeu que l’entraîneur catalan parlait. Car ce sont l’audace et les succès de Cruyff qui ont vraiment permis aux blaugranas de déployer ce style si admiré et efficace au cours des dernières années. Avec l’avalanche de titres de Guardiola, on oublie souvent (même les supporters du Barça) que c’est Frank Rijkaard qui a renoué avec l’héritage de son compatriote néerlandais. Une Ligue des Champions, 2 ligas ou le Bernabéu applaudissant Ronaldinho sont quelques-uns des nombreux moments forts de Rijkaard à la tête du club catalan. Excepté peut-être la période de Louis van Gaal, le Barça semble avoir trouvé une identité footballistique et un récit fondateur qui prend ses racines dans cette fameuse finale de 92.

Un conte mythique où le Barça est synonyme de tiki taka, de possession de balle, de gestes techniques, de joueurs issus de l’idéalisée Masià (le centre de formation catalan) ou de club humanitaire associé à l’Unicef. Avec même son Grand Méchant Loup en la personne de José Mourinho qui, avec Chelsea, l’Inter ou le Real, est le seul obstacle à la victoire du supposé «foot que les gens aiment» (dixit Xavi, parmi tant d’autres). Ce même Mourinho qui, comme Dark Vador, est une pure création du Barça (c'est-à-dire de l’Empire du Bien) passé du côté obscur (c'est-à-dire le règne de l’argent). «Nous, on n’achète pas les Ballon d’Or, on les forme», aiment à répéter les culés parlant du Real Madrid. Les résultats individuels et collectifs de ces 20 dernières années semblent leur donner raison.

Mais cela n’a pas toujours été le cas. La référence de la Dream Team était la fameuse «Quinta del Buitre» madridista, comme l’a rappelé récemment Guardiola lui-même. L’arrivée de Ronaldinho et le renouveau barcelonais ont été en grande partie le fruit du hasard. La promesse électorale de Joan Laporta, président du Barça, était David Beckham qui a finalement choisi de rejoindre… le Real galactique de Florentino Perez. Le Barça s’est alors tourné vers son deuxième choix. C’est plus ou moins la même histoire concernant Eto’o qui a été délaissé par les dirigeants merengues. Les grandes fables du foot sont souvent le résultat de petites anecdotes ou de curieux hasards et le règne du Barça n’est pas une exception.

Le roi d’Europe?

Quoi qu'il en soit, le club barcelonais est devenu la référence du foot européen. Ses rangs ont accueilli les plus grands joueurs (Ronaldo, Xavi, Figo…) et la majorité des Ballon d’Or de ces dernières années (Stoichkov, Ronaldo, Rivaldo, Ronaldinho, Messi deux fois). La sélection espagnole a remporté sa première Coupe du monde et son premier Euro avec un jeu basé sur celui du Barça. On ne compte plus les louanges et les compliments que l’équipe de Guardiola a récoltés des quatre coins du globe. En Espagne, le débat est même de savoir si c’est la meilleure formation de l’histoire du foot.

Un jeu que tout le monde admire et encense mais que personne n’applique. Le Barça reste une exception dans le monde du ballon rond et parmi les grands clubs européens, seul peut-être Arsenal essaye de déployer une tactique similaire. Avec, pour seul résultat tangible, un manque flagrant et inquiétant de titres et un exode progressif mais inévitable de ses grandes stars.

Mais le Barça n'est pas la seule référence de ces 20 dernières années. Le Real Madrid a remporté autant de titres que les Catalans (3), Manchester United en a raflé deux (et trois finales) et la Juventus a joué 4 finales. Depuis 1988, le Milan AC a même participé à 8 finales et en a gagné 5 (!), ce qui en fait incontestablement le roi de cette fin de siècle.

Deux récits antagonistes

En cas de victoire, le retour du Barça à Wembley viendra symboliquement compléter l’ère triomphale des Catalans en Europe. En cas de défaite, l’histoire sera sûrement différente. On parlera alors de fin de cycle, de la victoire des ouvriers sur les esthètes, du travail sur le talent, du groupe sur les individualités; on parlera de l’amour du maillot, des 25 ans de Sir Alex Ferguson à la tête du club, des 21 ans de Ryan Giggs ou des 17 ans de Paul Scholes. Chaque équipe a sa propre mythologie et, au foot comme ailleurs, c’est toujours le gagnant qui reste dans l’histoire.

Car Wembley est aussi un stade symbolique pour Manchester United. C’est là qu’il y a 43 ans, en 1968, le club anglais a remporté sa première Ligue des Champions. Sans prétendre révolutionner le foot, sans style vraiment admirable et en exportant plutôt ses stars (Beckham, C. Ronaldo), Manchester a un parcours curieusement similaire à celui du Barça depuis 20 ans. Comme les culés, les Red Devils étaient un bon club européen jusqu’en 1991. Cinq ans après l’arrivée de Ferguson, une victoire en Coupe d'Europe des vainqueurs de coupe (deuxième titre européen du club face à…Barcelone) marquait le début de l’Age d’Or de celui qui est, au jour d’aujourd’hui, l’un des clubs les plus riches du monde. Les 12 championnats (sur 19), 4 Coupes d’Angleterre, 4 Coupes de la Ligue, 2 Ligues des Champions, une Coupe intercontinentale et un Mondial des clubs, entre 1993 et 2011, montrent bien l’explosion de Manchester depuis deux décennies. 36 titres en 25 ans pour Ferguson et une arrivée fracassante sur la scène internationale.

Les deux «nouveaux venus» cherchent déjà à succéder au Real en tant que meilleur club du siècle et veulent surtout continuer à écrire leur légende. Soit celle du jogo bonito des virtuoses catalans soit celle de la persévérance et du travail bien fait des mancuniens. Deux sagas nées à Wembley et pour qui le temple du football reste le stade idéal pour une consécration symbolique et définitive. Le résultat déterminera laquelle des deux histoires footballistiques deviendra le récit dominant de ce début de siècle.

Aurélien Le Genissel

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