Economie

L’activité revient, la crise reste

Eric Le Boucher, mis à jour le 08.06.2011 à 10 h 15

La persistance du chômage dans le monde constitue la principale des inquiétudes. Des politiques actives de soutien des chômeurs et de formation sont impératives.

Jeunes manifestants espagnols, Puerta del Sol à Madrid,le 22 mai 2011, contre le

Jeunes manifestants espagnols, Puerta del Sol à Madrid,le 22 mai 2011, contre les mesures d'austérité prises par le gouvernement socialiste. REUTERS/Paul Hanna

Dans le cadre de la présidence française du G20, l’Association mondiale des services d’emploi publics, présidée par Christian Charpy, et Pôle Emploi organisent à Paris les 26 et 27 mai, une conférence mondiale sur «la contribution des services publics de l’emploi à la sortie de la crise». Slate.fr, partenaire de cette conférence organisée par l'Amsep et Pôle Emploi, publie contributions et synthèses.

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La reprise s’est consolidée. Selon les dernières prévisions, le FMI table sur une croissance mondiale autour de 4,5% cette année avec un prolongement en 2012 à la même vigueur. Les craintes d’une double récession se sont évanouies, les facteurs positifs sont à l’œuvre: rebond des investissements privés et du commerce. La reprise a toutefois deux vitesses: autour de 6,5% dans les pays émergents et seulement de 2,5% dans les pays développés, niveau «faible» qui devrait perdurer «quelques années», selon le Fonds.

Si l’activité mondiale repart, on ne peut pourtant pas dire que la crise est finie. Parce que la croissance reste en deçà de son potentiel aux Etats-Unis et en Europe. Parce que les déséquilibres fondamentaux, à l’origine de cette crise, n’ont pas disparu, à commencer par la balance inversée de la demande. Certains pays excédentaires épargnent trop (ce sont en général les pays émergents dont la Chine) tandis que d’autres dépensent toujours trop (ce sont en général les pays développés dont les Etats-Unis). Parce que l’assainissement des marchés financiers est incomplet sans qu’il soit toujours possible de connaître les risques bancaires avec précision. Parce que les programmes d’austérité imposés en Europe et, bientôt, aux Etats-Unis, manquent parfois de crédibilité aux yeux des marchés financiers.

Retour de l’inflation

Outre ces fragilités structurelles, s’est ajoutée l’inflation à la liste des inquiétudes. Elle trouve son origine dans la rareté des matières premières et agricoles face à la demande croissante. Cette hausse des prix force les pays émergents à ralentir, mais pour le FMI cette incidence ne devrait pas être majeure. Elle ne devrait pas non plus entraîner une spirale prix/salaires dans les pays développés mais devrait néanmoins conduire à un relèvement des taux d’intérêt, freinant encore un peu la croissance.

Assainir les dettes ici, éviter la surchauffe là : les gouvernements de ce monde coupé en deux ont des objectifs différents, mais qui vont dans le sens du nécessaire rééquilibrage de la demande globale. Les pays développés doivent exporter plus, les pays émergents doivent accroître leur demande intérieure, notamment en laissant s’apprécier leur monnaie.

La persistance du chômage constitue sans aucun doute la principale des inquiétudes, comme le souligne l’OCDE. Elle est pleine de dangers politiques à commencer par le succès des discours populistes qui remettent en cause la mondialisation et appellent à un repli autour des nations. Dans les pays émergents, la hausse des prix de l’alimentation vient pénaliser les populations sans ressources. Le taux officiel de sans emploi dépasse 10% au Moyen-Orient et en Afrique du nord. Dans beaucoup d’autres régions (comme en Amérique latine ou en Asie), la crise n’a pas laissé de traces sauf pour les jeunes, premières victimes. Dans les pays développés, la crise a été coûteuse: la situation s’améliore lentement, y compris aux Etats-Unis, mais le taux de chômage demeure actuellement encore de 2 points supérieurs à ce qu’il était en 2007.

Dualité du marché du travail

Le FMI recommande trois «lignes de défense» contre le chômage: des politiques macroéconomiques de soutien, la réparation du secteur financier et des mesures spécifiques sur le marché du travail. Parmi celles-ci, la libéralisation du marché du travail a trop souvent conduit à ajouter des statuts précaires aux anciens emplois qui restent «protégés». Ce marché du travail «dual» pénalise grandement les jeunes, comme on le voit en Espagne. Plus globalement, les politiques «défensives» ont démontré leur inefficacité face aux politiques «actives» de soutien des chômeurs et de formation.

Cette problématique ne se pose pas seulement pour absorber le «stock» de chômage laissé par la crise. Elle devient prioritaire pour préparer l’avenir dans un monde de compétition ouvert aux évolutions technologiques accélérées. Les situations des marchés de l’emploi présentent un paradoxe croissant entre d’un côté un chômage fort et de l’autre des emplois vacants de plus en plus nombreux. Ce paradoxe est mondial: deux entreprises sur trois en Inde souffrent de ne pas trouver les qualifications qu’elles cherchent, 57% des brésiliennes, 80% des japonaises, 52% des américaines, selon une enquête de Manpower Group.

Le manque de «talents»  concerne 34% des entreprises mondiales contre 31% en 2007. Il devrait croître au fur et à mesure que disparaît l’emploi à vie et que se généralise le fait d’occuper plusieurs postes différents dans une vie professionnelle, activant, à chaque changement, le besoin de formations.

Eric Le Boucher

Chronique également parue sur emploiparlonsnet.fr

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Cofondateur de Slate.fr
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