France

Sarkozy: la grande confusion numérique

Nicolas Vanbremeersch, mis à jour le 24.05.2011 à 7 h 30

La politique internet du chef de l'Etat repose sur trois piliers: l'ordre et le business.

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Le professeur de la New York University Wafaa Bilal présente l’appareil photo qui lui permettra de mener une expérience photographique. REUTERS/Jessica Rinaldi

De quoi est faite la politique numérique de Nicolas Sarkozy? On cherche à lui donner un sens. En a-t-elle un? Longtemps, la critique de ce qui tenait lieu de politique numérique de notre Président a été peu qualifiée. Et pour cause, il n’y en avait pas. Il y avait un discours, d’une part, qui faisait la part belle à un refus et à la peur, et la valorisation, d’autre part, d’un secteur économique, en creux, mais de manière confuse et générique

Depuis que Nicolas Sarkozy a décidé d’ajouter à son bilan de l’action sur ce sujet d’avenir (ne lui dites pas que c’est le présent, il écarquillerait les yeux), on est dans une confusion encore plus grande.

Prenez son discours d’intronisation du Conseil National du Numérique: le voilà qui parle du numérique qui change tout, les relations sociales, la démocratie et la vie, avant de lancer un machin qui n’est fait que de businessmen qui parlera de business.

Mais alors ? Comment s’y retrouver? Petit guide dans la grande confusion numérique de Nicolas Sarkozy.

1. Premier pilier: l’ordre.

L’enjeu, pour Nicolas Sarkozy, c’est de civiliser internet. Oui, pas simplement réguler, mais bien considérer le web comme un territoire sur lequel il faut agir avec une politique de civilisation. Problème: comme le Président lui-même semble n'a jamais vraiment défini ce qu'il entendait par «politique de civilisation», on est bien en peine d’imaginer ce que pourrait être son application à internet. Aucune annonce n’a d’ailleurs réellement été suivie d’effet dans ce domaine : la politique est nue.

Civiliser internet? On est dans le discours : il s’agit avant tout de montrer que l’internet n’est pas civilisé. Dont acte. C’est l’ordre qui est mis en avant, contre le progrès ou le chaos, contre la liberté et le changement. Point n’est besoin de dire en quoi, ou comment, il faudrait civiliser internet. Seul compte l’effet d’annonce général et la valeur promue.

Cela permet de soutenir toute une série d’initiatives totalement improductives, qui attendent toujours un effet concret sur la vie quotidienne des gens qui sont censés avoir peur de cet internet barbare. Hadopi et Loppsi sont dans le paquet : elles luttent contre la bête.

2. Deuxième pilier : le business.

Le numérique, selon Nicolas Sarkozy, c’est avant tout l’économie numérique. Les ministres qu’il a nommés avaient ce titre, d’ailleurs. Ils ne s’occupaient pas de l’internet, de la société numérique, de la révolution numérique, mais bien de l’économie. L’internet, c’est un secteur économique, et un facteur de changement pour l’économie toute entière, le rapport commandé par Google à McKinsey et reçu par Eric Besson l’a bien montré.

Problème: comment dire à cette économie qu’elle est juste et bonne, et ainsi ramener à soi un «peuple numérique» imaginaire? Tout simplement en glorifiant ses héros: les entrepreneurs, les créateurs de start-up. Et voici donc Nicolas Sarkozy constituant une instance nouvelle, consultative facultative, libre de tout mais ne pouvant rien, le Conseil National du Numérique, constituée pour une bonne partie de cette nouvelle race, qui plait tant à son penchant bling-bling pro-business: les entrepreneurs qui ont réussi.

C’est évidemment anachronique. C’est au moment où le numérique s’est installé partout, dans toutes les vies, se normalise, que Nicolas Sarkozy met en valeur ces acteurs de la marge, pour la part ayant réussi il y a déjà quelques années, lors de la précédente révolution.

3. Il n’y a pas troisième pilier.

La société? L’éducation? La valorisation du web comme un espace démocratique? La réponse au Conseil Constitutionnel qui avait sanctifié l’accès à internet comme un droit fondamental? Nada, niet, rien. Quelques minutes dans un seul discours, un peu forcé après qu’on ait appris que le web avait pu jouer un rôle dans le renversement de dictatures arabes. Pas une mesure qui accompagne un début de politique, sinon l'accord pour lancer un programme de données ouvertes.

Alors? Cessons la confusion. Le programme de Nicolas Sarkozy face au numérique peut ainsi être résumé: ordre et business. La ligne d’une droite dure et classique, dans le registre de la réaction plus que de l’accompagnement, et du mépris pour la société et les changements qui l’animent, préférant lui montrer  des peurs et de faux remèdes.

Nicolas Vanbremeersch

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