Les deux tsunamis
Dans les dix prochaines années, le pouvoir d'achat des pays émergents va tripler. Ces immenses nouvelles classes moyennes vont créer une demande inédite. L'Europe doit se réformer et innover pour rejoindre la vague de la croissance mondiale. Par Jacques Attali.
- Un enfant s'amuse dans le parc d'attraction de Taiyuan, en Chine en octobre 2010. REUTERS -
Pendant que les économies japonaise et européenne s’enlisent, alourdies par les problèmes de leurs dettes publiques, la croissance mondiale repart; elle pourrait, si elle se maintenait au rythme qui s’annonce, leur apporter une solution inattendue.
Au Japon, en raison du séisme et du tsunami, on s’attend à une baisse de la production de 3,7% en 2011; en France, la croissance n’atteindra pas les 2%; en Espagne, la croissance ne sera que de 0,8% en 2011 et 1,6% en 2012; en Grèce et au Portugal, une récession s’annonce.
Ailleurs, tout va bien: en Chine, la croissance s’annonce durablement voisine de 10% par an; en Inde, à Taiwan, au Vietnam, en Indonésie elle dépassera les 7% par an pendant plusieurs années; en Russie, en dépassera 4,5% par an pendant les quatre prochaines années; en Afrique, elle sera de 5% par an entre 2011 et 2015, en particulier grâce aux énormes investissements venus d’Asie; le Mexique est sur une pente de 4,6%, récupération spectaculaire après une baisse de 6,5% en 2009; le Brésil continue sur un rythme supérieur; les pays dit de «l’Europe émergente», c’est-à-dire ceux de l’est de l’Europe et les pays baltes, connaissent eux aussi une croissance supérieure à 4,3% par an en 2011 et en 2012; et même, en Lituanie, depuis 3 mois, de 14,7% en moyenne annuelle.
Une nouvelle demande
Au total, la croissance mondiale s’est réinstallée sur le rythme considérable de 4,5% par an, ce qui permettra à la production mondiale de retrouver avant la fin de cette année son niveau de 2008, perdu avec la crise financière.
Plus encore, dans les dix prochaines années, le pouvoir d’achat des habitants des pays émergents passera de moins de 7.000 milliards de dollars (7 trillions) à plus de 20.000, soit le double de celui des Etats-Unis. L’apparition de ces immenses nouvelles classes moyennes créera une demande nouvelle pour les produits d’Occident, en particulier ceux liés aux nouvelles technologies, à l’agriculture, à l’habillement, à l’ameublement, au tourisme, aux services intellectuels de toute nature.
Déjà, aux Etats-Unis, même si le chômage y dépasse encore les 16%, et si le marché immobilier reste paralysé, la croissance de la production industrielle y est de 5,7%; et s’y ajouteront bientôt les effets d’innovations nouvelles très prometteuses: réseaux sociaux, cloud computing, génomique.
L’Europe, la vieille Europe, peut aussi y prétendre: si elle entreprend les réformes urgentes en matière d’éducation, d’innovation, de fiscalité, et si elle redevient exportatrice, elle peut rejoindre la vague de la croissance mondiale.
Alors, la part de la dette publique dans la production nationale diminuera mécaniquement; et l’inflation fera le reste. Tout est donc encore possible.
Mais les préteurs feront-ils assez longtemps confiance aux emprunteurs pour que le poids de leurs dettes se réduise ainsi par le seul jeu de la croissance? Ou bien, lassés d’attendre des réformes toujours promises, exigeront-ils des remboursements aux dates prévues, entraînant un retour de la crise, en Europe d’abord, puis ailleurs dans le monde? Le tsunami de la dette l’emportera-t-il sur celui du progrès technique?
Tout dépend donc de la crédibilité de projets de long terme. Ce ne sont pas ceux que les politiciens préfèrent.
Jacques Attali
Mis à jour le 24/05/2011 à 14h23













































On regarde simplement les chiffres de la "Croissance", et on a tout compris et tout expliqué ? Nous sommes en chute libre et la vitesse s'accélère...réjouissons nous !
C'est inexorable, c'est décidé : la seule répartition des tâches possible, c'est l'image d'Épinal de la France et de l'Europe, vaste Disneyland pour les vacances des nouvelles classes moyennes des pays émergents ?
Décidément, même les intellectuels de haut niveau n'ont plus aucune vision, sans même parler de projet original, pour l'avenir. Serait il totalement déraisonnable d'imaginer "tout bêtement" un monde socialement plus juste et un mode de vie écologiquement durable ?
Le système électoral, avec son alternance des Dupont et Dupond (voir l'Espagne et ce que les instituts de sondage nous annoncent pour la France) est en coma dépassé : la réponse viendra-t-elle des jeunes en "congrès" sur les places publiques ?
Que diriez vous d'un doigt de démondialisation, et la création d'un autre modèle européen : service public, minimum vital pour tous et "lynchage à la DSK" pour les employeurs de "sans papiers" ?
Ça à l'air un peu plus passionnant que de se demander ce qu'on va bien pouvoir supprimer. On a qu'a supprimer internet, les fermes de serveurs ça pollue ça. Si on continue d'innover ces fermes consommeront 10, 100, 1000 fois moins d'énergie et les capteurs solaires -par exemple- auront un rendement 10, 100, 1000 fois supérieur. Elle est pas belle la vie!
On peut imaginer dans un futur pas si lointain un monde ou les terriens pourraient tous jouer avec leurs gadgets comme des grands enfants et le tout sans polluer. Bien mieux à mon avis que de s'ennuyer à mourir avec son petit minimum vital. Le maximum vital pour tous ça vous dit?
La croissance reine ?
Et pourquoi ne pas envisager une solution " alternative ", la démondialisation ?
Pour Jacques Sapir « l’Europe est moins une solution qu’une partie du problème ». Il plaide pour une action unilatérale de la France,tout en utilisant la concertation avec nos partenaires européens pour démultiplier « les effets de l’action unilatérale ».
Pour Sapir, « la globalisation financière établit bien un pouvoir supérieur aux Etats qui leur impose leurs politiques, mais il n’en est ainsi que parce que ces mêmes Etats le veulent bien ».
Alors, plus de croissance, une course à la croissance derrière les "pays émergents" ou plus de dirigisme afin que le progrès économique profite à tous et pas seulement à quelques uns ?
Une approche moins monétariste, plus politique, Jacques Sapir ne se résigne pas à prendre un train en marche. Il ne se résigne pas à renouveler des erreurs cycliques, des erreurs fatales..
Aux tsunamis, qu'oppose - t- il ? Il ne néglige pas le progrès technique, il garde la dette en tête, mais privilégie d'abord la reprise en main de son destin.
A suivre ....
Dan92