Monde

L'indignation polie de la Spanish Revolution

Gaëlle Lucas, mis à jour le 06.09.2011 à 9 h 42

Les campeurs indignés de la Puerta del Sol, qui ont voté le maintien du camp jusqu’au 29 mai au minimum, ont monté sur la place madrilène un véritable microcosme autosuffisant avec pour mot d’ordre le civisme.

Un manifestant nettoie la Puerta del Sol, le 20 mai 2011 à Madrid. REUTERS/Andrea Comas

Un manifestant nettoie la Puerta del Sol, le 20 mai 2011 à Madrid. REUTERS/Andrea Comas

Un mouvement spontané, des jeunes, des chômeurs, des revendications pas toujours claires (au début), des modes d’actions innovants et bon enfant (le camping): ne vous méprenez pas. Ladite Spanish Revolution est très sérieuse. Et organisée. La preuve.

Vendredi 20 mai, 18 heures, sur la Puerta del Sol de Madrid.

Des canapés défoncés, quelques paillasses à même le sol, des bâches bleues qui protègent le camp du soleil, un guitariste esseulé, un couple endormi… et des jeunes affairés qui se fraient un passage parmi la foule de visiteurs.

«Nous réfléchissons» / Sergio Perez / Reuters

La República de Sol, la République du Soleil, comme appellent certains le campement d’Indignés de la Puerta del Sol, grouille d’une vie censée représenter la Démocratie telle que les campeurs l’entendent: participative. On prend part au projet en apportant nourriture et denrées nécessaires au maintien du camp : essence, spots, talky walkies, … Et, évidemment en partageant ses idées.

Attention, l’utopie pure et dure n’a pas sa place ici: on démontre la solidité des principes par les faits. Et les coordinateurs du Movimiento 15-M, le mouvement qui a pris la rue en Espagne depuis le 15 mai, ont un programme chargé:

  • 16 heures: Commission politique
  • 19 heures: économie et environnement
  • 21 heures: éducation et culture
  • 22 heures: commission sociale.

Sans compter le travail qui les attend pour organiser le spectacle de clowns, l’atelier d’affiches à la garderie, ou la création du potager écologique.

En moins d’une semaine, le Mouvement 15-M, aussi spontané soit-il, a réussi à s’organiser en commissions, une quinzaine, divisées elles-mêmes en sous-commissions.

Chacun peut y participer si le cœur lui en dit: «Je me suis glissé, ça m’a plu et je suis resté», m’explique un membre de la Coordination interne.

Les débats en commission, souvent tenus un peu à l’écart de la Puerta del Sol, espace limité oblige, sont menés dans le calme et le respect. On agite les mains ou on applaudit (et surtout, on ne siffle pas!) pour montrer son accord avec l’orateur du moment. On ne se coupe pas la parole. En émergent des propositions qui sont présentées et adoptées par consensus en assemblée générale, composée aussi bien d’Indignados que de passants.

En effet, on est civiques à la Puerta del Sol! D’ailleurs, pour que les débats ne se transforment pas en conversation de comptoir, mieux vaut avoir l’esprit clair. Pas d’alcool dans le campement.

L’interdit est ici question de pragmatisme: empêcher que se perpétue sur Puerta del sol la tradition bien enracinée du botellón (regroupement géant de jeunes dans les parcs et sur les places des villes dans lesquels chacun ramène sa bouteille et la partage avec les autres), c’est montrer au reste de la société que le mouvement 15-M est sérieux.

«Nous ne sommes pas la jeunesse du “botellón”. Démontre-le. Ne leur donne pas raison», clame l’une des nombreuses pancartes du camp. S’adaptant à la demande, les marchands ambulants asiatiques, planche de salut des Madrilènes assoiffés les soirs de pénurie, ne proposent plus, sur Puerta del Sol, que jus de fruits et sodas…

Paul Hanna / Reuters

Les lois du civisme s’appliquent aussi aux artistes en veine de supports alternatifs: STOP! Pas de tags! Dans le village de Puerta del Sol, on dessine sur une feuille, du carton, du tissu… que l’on colle ensuite aux murs de la place.

Les Indignés collaborent avec les services d’hygiène de la mairie pour maintenir la place propre. Et pour que l’ambiance reste détendue et bon enfant en toutes circonstances, un «protocole d’action face aux comportements violents» a été mis en place, sur le site du mouvement.

Le civisme est la pierre angulaire du mouvement. Les protestataires sont conscients que le moindre écart de comportement ou heurt avec les forces de police qui surveillent le campement jour et nuit décrédibiliserait le Mouvement 15-M.

Pour garantir que règnent les bonnes manières, la Commission du Respect a donc été créée. Gloups. Que l’on se rassure, il ne s’agit ni d’une police de la pensée ni d’une police tout court. Simplement, les membres de ce groupement rappellent les règles du campement pour un meilleur vivre-ensemble aux inciviques pris en faute.

Ce petit monde aura pourtant une fin. Si le campement doit se prolonger jusqu’au 29 mai, le Mouvement 15-M reconnaît qu’il lui faudra trouver d’autres modes d’actions.

Certains medias annoncent déjà le début de la fin.

Gaëlle Lucas

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