Monde

Affaire DSK: les Russes croient au complot, mais pas russe

Nathalie Ouvaroff, mis à jour le 25.05.2011 à 11 h 41

La guerre froide est finie depuis longtemps, Moscou n'aurait pas pu fomenter pareil piège, pensent-ils. En revanche, l'affaire tombe à point nommé pour Poutine et son ami Nicolas.

Nicolas Sarkozy Vladimir Poutine

Nicolas Sarkozy et Vladimir Poutine en juin 2010 à l'Elysée. REUTERS/Philippe Wojazer

Le 18 mai, le député socialiste Claude Bartolone, un proche de DSK  au cours d’un entretien télévisé avec Ruth Elkrieff a confié que le directeur du FMI et principal concurrent de Nicolas Sarkozy dans la course à la présidence craignait un coup tordu ourdi par Nicolas Sarkozy et son «ami» Vladimir Poutine pour le «virer du FMI».


Invité Ruth Elkrief : Claude Bartolone par BFMTV

Si les Russes croient très majoritairement à la thèse d’un complot contre le directeur du FMI, les propos de Claude Bartolone n’ont pas été pris au sérieux.

«Même si Poutine avait voulu débarrasser son ami Nicolas [Sarkozy] d’un adversaire dangereux, il n’aurait pas pu monter une opération semblable… Les Etats-Unis, ce n’est pas l’Ukraine… Et en plus, les services russes ne sont plus ce qu’ils étaient. Pour preuve: nos illégaux ont été pris aux Etats-Unis la main dans le sac et nos services n’ont pas même été capables de soustraire Victor Bout d’une prison thaï», déclare Anatoli Baranov, rédacteur en chef du journal en ligne Forum MSK.ru. Et d’ajouter: «On peut rétorquer que Poutine a fait empoisonner en novembre 2006 Litvinenko qui résidait au Royaume-Uni, mais les circonstances étaient différentes. Ce dernier était Russe et le complot a été exécuté par des anciens collègues avec lesquels il entretenait des relations et dont il n’avait aucune raison de se méfier.»

Les socialistes français réagissent comme si l’on était encore au temps de la guerre froide… «Certes l’URSS a fomenté des opérations spéciales pour anéantir ses ennemis, mais à cette époque-là, les gens avaient un idéal; ils ne pensaient pas qu’à l’argent, les services n’étaient pas corrompus», renchérit Mikhaïl Remizov, expert à l’agence de presse APN, qui ajoute: «Les Russes ne sont pas mécontents des malheurs de Dominique Strauss-Kahn, mais ils n’ont rien fait pour les provoquer.»

Un cadeau

Pour le Kremlin, et plus particulièrement pour Poutine, l’affaire DSK tombe à point nommé.

Tout d’abord, elle conforte au sein de l’establishment russe ceux qui, avec le Premier ministre, se méfient des Américains.

Samedi dernier le quotidien Nezavissimaïa Gazeta remarquait que, si cette affaire s’avérait être un complot, cela montrerait que les Russes n’ont pas l’apanage des coups tordus et que «les Etats-Unis, grands donneurs de leçons, n’hésitent pas à employer des méthodes pour le moins discutables quand il s’agit de défendre leurs intérêts. Une leçon à méditer».

Quant à l’économiste Mikhaïl Khazine, interviewé par le site Novyregion.ru, il n’exclut pas que les Américains aient voulu se débarrasser du patron du FMI dans la mesure où ils n’ont guère apprécié ses déclarations du 3 avril sur la nécessité d’une réflexion en profondeur sur les institutions et mécanismes de régulation monétaire et les mesures qu’il avait préconisées pour venir en aide à la Grèce, touchée de plein fouet par la crise monétaire.

Par ailleurs, les Russes estiment que la mise hors course de DSK renforce les chances de Nicolas Sarkozy pour la présidentielle de 2012.

Le chabadabada franco-russe

Les relations bilatérales sont au beau fixe et le Kremlin ne peut que se féliciter de l’attitude particulièrement accommodante du président Sarkozy et souhaiter qu’il fasse un second mandat. S’ils avaient été inquiets lors de son accession au pouvoir, les Russes n’ont maintenant aucune raison de se plaindre du président français.

Depuis bientôt quatre ans, soutenus par un puissant lobby des autorités civiles et religieuses, les Russes ont fait une remarquable percée dans l’Hexagone: la maison Hédiard a été rachetée par Serge Pougatchev, un oligarque depuis lors en faillite; son fils Alexandre a obtenu la nationalité française à la suite d’une procédure accélérée pour pouvoir acheter le quotidien France-Soir. Quant à Natalia Narotnitcheskaïa, une grande amie de Poutine, elle a monté à Paris, avec des fonds russes, un institut de la démocratie destiné à faire prendre conscience aux occidentaux des entorses faites aux droits de l’homme… en Europe occidentale.

En outre, sensibles aux besoins spirituels des Russes, les autorités françaises ont vendu à la fédération de Russie l’immeuble de Météo France pour y construire une cathédrale et un centre culturel en dépit de l’avis des services qui ont fait remarquer que les russes seraient en mesure de se livrer à des écoutes sauvages. Toujours en ce qui concerne le culte, la cour d’appel d’Aix a confirmé le 19 mai que la fédération de Russie était bien propriétaire de la cathédrale orthodoxe de Nice, contre  les vœux des paroissiens qui voulaient rester sous la juridiction du Patriarche de Constantinople.

Enfin, les Russes qui militent depuis plusieurs années pour la refonte du système monétaire international instauré par les accords de Brettons Woods (1944) selon lesquels la banque mondiale était dirigée par un Américain et le fonds monétaire par un Européen et demandaient une plus grande place pour les pays émergeant vont pouvoir pour la première fois  présenter leur candidat à la succession de DSK, il s’agit du président de la banque nationale du Kazakhstan, Grigori Martchenko.

Nathalie Ouvaroff

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