Radars et sécurité routière: la démagogie tue
Gouvernement comme associations de défense des automobilistes se moquent éperdument des véritables causes des accidents de la route.
- Tunnel sous le pont de l'Alma, en décembre 2006. REUTERS/Charles Platiau -
Actualisation: le gouvernement trafique-t-il les chiffres de la mortalité routière? Il se félicite de la baisse du nombre de tués en mai et l'attribue aux mesures annoncées il y a un mois contre la vitesse qui ne sont d'ailleurs par entrées en application pour la plupart. Mais l'Association 40 millions d'automobilistes qui a eu accès aux chiffres bruts avant leur publication officielle crie à la manipulation. Elle souligne que ses données montraient une augmentation du nombre d'accidents de 5% entre mai 2010 et mai 2011 et un nombre de tués stable. Pas de quoi pavoiser. Quelques jours plus tard, les chiffres rendus publics font état d'une baisse de 5,7% de la mortalité sur les routes. Pour justifier les mesures prises?
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L'augmentation au cours des derniers mois du nombre de morts sur les routes francaises a donné l'occasion d'assister à un exercice de démagogie du côté du gouvernement comme de celui des «défenseurs» des automobilistes. Seule, ou presque, la sécurité routière peut susciter une telle avalanche d'inepties tant les postures, les raisonnements simplistes et les préoccupations financières ou électoralistes prennent le pas sur les faits.
La réponse des pouvoirs publics face au recul de la sécurité sur les routes a donc consisté à augmenter le nombre de radars fixes, retirer les panneaux prévenant de leur présence et interdire les avertisseurs électroniques de radars. De tolérance zéro pour l'alcoolémie au volant, de meilleure formation des conducteurs, d'interdiction du téléphone en conduisant, de l'état du parc automobile, de la qualité des infrastructures routières, du million de conducteurs sans permis et sans assurance, il n'en est pas question. Trop compliqué, trop coûteux, trop difficile à mettre en œuvre. Voilà pour ceux au gouvernement qui confondent sciemment et par facilité les causes et les facteurs aggravants des accidents.
Les routes les plus sûres sont celles où on roule le plus vite
Cela ne veut pas dire que la peur du gendarme n'incite pas à rouler mieux et plus prudemment comme l'affirment les «défenseurs» des conducteurs et nombre de députés UMP très inquiets pour leur réélection… au contraire. Dans un livre qui fait référence et a été publié aux Etats-Unis sous le titre Trafic, pourquoi nous conduisons comme nous le faisons (et ce que cela veut dire de nous), Tom Vanderbilt, spécialiste des comportements au volant, démontre que la sécurité sur les routes a fait des progrès considérables en France… quand il est devenu plus difficile de faire sauter les PV. La corrélation est même presque parfaite entre le degré de corruption du système de répression et le nombre de morts et de blessés.
Mais cela revient aussi à dire que stigmatiser seulement la vitesse ne s'attaque pas aux causes réelles des accidents aujourd'hui. C'est un leurre. Le slogan «la vitesse tue», même s'il semble instinctivement juste, est factuellement faux sauf à considérer qu'il faut contraindre l'ensemble des véhicules motorisés à ne pas dépasser 20 km/h, et encore, les piétons et les deux roues seraient toujours en danger. La vitesse en elle-même ne tue personne, son utilisation inadaptée tue.
Démonstration: rouler à 110 km/h la nuit sous une forte pluie avec une circulation dense et des pneus mal gonflés est nettement plus dangereux que rouler à 180 km/h dans une voiture bien entretenue par temps clair sur une autoroute dégagée. Dans le premier cas, le conducteur ne risque rien et dans le deuxième cas, il commet un délit…
Sans aller chercher des cas extrêmes, si la vitesse seule était à l'origine des accidents, comment se fait-il que les voies les plus sûres de loin au kilomètre parcouru sont celles ou l'on roule le plus vite: les autoroutes! Pourquoi en Allemagne ou sur certaines autoroutes la vitesse est libre, il y a moins d'accidents et de morts proportionnellement qu'en France et aux Etats-Unis où la vitesse est encore plus limitée. Comment se fait-il en revanche que certains pays comme la Grèce, la Pologne et même la Belgique, pour prendre des exemples européens, où les vitesses autorisées sont plus faibles qu'en France, les morts sur la route sont plus nombreux?
Si les statistiques restent souvent difficiles à interpréter finement, on peut tout de même affirmer que les responsables des accidents en France sont dans l'ordre, l'alcool, première cause d'accident de la route, suivi par l'erreur humaine qui comprend évidemment la vitesse excessive mais il est difficile de faire la part des choses et d'identifier précisément les fautes des conducteurs.
Corrélations
Dans le cas des autoroutes où les statistiques sont plus précises, l'Asfa (Association des sociétés françaises d'autoroute) souligne qu'un accident sur trois a pour origine la somnolence du conducteur. Elle serait ainsi la première cause de mortalité sur les autoroutes. Ce chiffre est en constante augmentation depuis dix ans. Sur le reste du réseau routier, il représenterait entre 10% et 20% des accidents.
L'autre grande cause d'accident de la circulation est l'inattention (35% des accidents). L'Inrest (Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité) estime que le risque d'avoir un accident est multiplié par quatre lors des périodes suivant les divorces des conducteurs et met aussi l'accent sur les problèmes personnels des automobilistes qui les rendent moins attentifs.
Pour finir, une autre grande cause d'accident de la route est la manipulation des appareils électroniques embarqués autoradios, téléphones portable ou autre GPS. L'usage du téléphone mobile serait impliqué dans 10% des accidents en France.
En fait, contrairement à ce que veulent nous faire croire les pouvoirs publics, les associations qui combattent l'insécurité routière et celles qui partent en guerre contre le tout répressif, l'équation de la sécurité routière est particulièrement complexe. Elle est très différente aussi en fonction des pays car elle comprend une dimension culturelle non négligeable.
Sur le long terme, les corrélations sont fortes entre le niveau de développement d'un pays, la qualité de son réseau routier, l'exigence de formation des conducteurs, la non corruption des forces de l'ordre et la sécurité sur les routes. Quand on paye les PV pour les infractions et qu'obtenir le permis n'est pas une simple formalité, les statistiques de sécurité sur les routes s'améliorent considérablement.
En France, ce pas a été franchi depuis deux décennies, les progrès sont aujourd'hui moins rapides et dépendent de mesures de plus en plus qualitatives. La politique consistant à compter avant tout sur les radars pour améliorer les comportements est trompeuse car simpliste. Le dire ne veut pas dire se ranger du côté des chauffards, mais regarder la réalité en face. Dans un pays où la sécurité sur les routes est bien plus grande qu'en France et depuis longtemps, le Royaume-Uni, des radars ont été démantelés… car inefficaces.
Eric Leser
Mis à jour le 11/06/2011 à 14h50















































Améliorer la signalisation et la sécurité sur les routes, formations régulières obligatoires et gratuites, contrôles des véhicules fréquents et gratuits, obligation des appareils de sécurité sur les voitures (ABS, ESP, boîte automatique, etc.), contrôle de bonne santé (reflexe, vue, audition...).
Le téléphone est dangereux, même en main libre nous dit-on ? Suivre une discussion perturbe l'attention. Bien, supprimons donc les auto-radios et le droit de parler en conduisant.
L'alcool et les drogues sont dangereux ? Bien sûr, mais quid des anti-dépresseurs et de tous les médicaments qui mentionnent une possible perte de vigilance ?
Le fait est que conduire est dangereux, comme manger (dans un Quick par exemple), faire du sport ou faire la guerre. Vivre est dangereux. Il faudrait tout de même commencer à assumer notre statut d'être vivants fragiles.
De plus, ceux qui ont eu la chance de faire un stage de récupération de points et qui l'ont vécu comme un outil pédagogique, pourront se rappeler des vidéos montrant la réaction catastrophique d'un appel téléphonique sur le conducteur : il décroche au plus rapide (je crois que la moyenne est de 2 sonneries), son champ de controle se rétrécit (rotation de la tête comme mouvement des yeux),...
Pour ce qui est de vos autres arguments, l'alcool, les drogues, les médicaments, la fatigue et le téléphone sont des facteurs d'accidents... et vu qu'on risque d'emporter en même temps le gamin sur la passage clouté, il est normal que l'on fasse quelque chose pour les limiter. C'est juste dommage que notre gouvernement ait choisi d'axer sa communication et sa répression sur un autre point, et d'éviter les vrais sujets qui fâchent.
Il y a un temps, si je ne me trompe pas, où l'Allemagne refusait de communiquer les statistiques d'accidents sur ces portions de route, reconnaissant implicitement le taux supérieur au reste du territoire. Qu'en est-il aujourd'hui ? Les statistiques dont parle l'article tiennent-elles bien compte de ces autoroutes ? Est-il possible d'avoir des chiffres comparant ces portions avec le reste des autoroutes allemandes ?
Regarder ce qui se passe chez nos voisins est toujours intéressant, mais quelques chiffres sourcés permettraient d'alimenter nos points de vue sur les vérités énoncées :)
j'ai même une anecdote très significative mais sur autoroute : un dimanche matin, 9h, autoroute Paris / Chartres, 3 voies, absolument aucun véhicule, portion limitée à 90km/h, ma vitesse 101km/H, une voiture de gendarmerie stationnée discrètement = 90 euros et 1 points en moins. s'agissait-il de sécurité routière ?
suis-je un danger public ?
j'ai donc décidé que dorénavant je respecterai scrupuleusement les limitations de vitesse mais pour de mauvaises raisons. j'en ai assez qu'on me rackette mon argent et et mes points.
pas de prise de conscience la dedans de la dangerosité potentielle d'un véhicule... juste une grande lassitude de constater que les gouvernements qui se succèdent ne tiennent pas compte des causes réelles des accidents comme il est très justement dit dans l'article et que des gens responsables et prudents au volant comme je pense l'être se font pigeonner.
Mission accomplie donc pour les gouvernements non ?
Vous êtes un parfait exemple, Will... Tout ce qu'on peut attendre des mesures en place c'est le ras-le-bol des conducteurs les moins dangereux, que leur exaspération finira par rendre dangereux... un jour ou l'autre... Pas de différence en revanche pour ceux qui sont réellement dangereux...
Un bénéfice attendu en revanche : des millions d'euro de contraventions à encaisser (on renfloue les caisse comme on peut... si en plus en peut le faire en vous culpabilisant ça donne meilleure conscience !), et des heures et des heures de bla bla démagogique pour les années à venir, puisque ça va continuer...
Il faudrait un système comme en Espagne où les conducteurs doivent passer un examen théorique et un test d'aptitude tous les 10 ans, puis tous les 5 ans après 45 ans. Cela permettrait aussi d'éviter de se retrouver avec des personnes âgées qui ne sont plus physiquement aptes à se retrouver derrière un volant!
Enfin, bien sûr ce n'est qu'un aspect du problème, mais ça pourrait être un bon début
1_ Contrôle technique du véhicule, tous les ans, avec vérification des organes principaux. La présentation du permis de conduire en règle et de l’attestation d’assurance permet l’apposition d’une vignette annuelle sur le pare-brise. On voit donc peu d'épaves en circulation sur les routes.
2_ Visite médicale obligatoire tous les deux ans avec contrôle de la vision par un organisme officiel
3_ vérification de l’aptitude physique du conducteur avec mise à l’écart des conducteurs âgés ou soumis à un traitement médical pouvant nuire à leurs réflexes
4_ vérification de l’adaptation du véhicule avec le handicap du conducteur.
Il m'expliquait également qu'une personne qui possédait une Porsche et qui était limite au niveau du test peu poser un problème, car il peut rouler vite mais n'a pas forcément les réflexes adéquates pour ce genre de situation.
Un autre exemple, les personnes âgées qui vivent à la campagne et qui ne peuvent se passer de voiture...
Il y a une part de conducteurs qui ne devraient pas conduire. Mais ce serait les exclure. Cette solution des visites médicales présentent donc des limites et il semble que la voiture impose une petite part de risque dans notre société.
Si c'est bien le cas, cela ne veut il pas juste dire qu'il y avait en moyenne plus de personne dans les véhicules impliqués, mais que l'amélioration continue bien ...
Bref, est ce que l'on ne nous mentirait pas un petit peu ?
Ma voiture ancienne de collection ignore tout cela et ne fonctionne qu'avec un conducteur au volant
Appamée
Je crois surtout qu'il nous faut tout simplement retrouver de la courtoisie...
deux ou trois idées :
- c'est la vitesse excessive qui multiplie le risque d'accident : une extrême sévérité sur les dépassements des limites serait mieux accepté si ces limites tenaient comptes des paramètres climatiques, du trafic,...de l'heure... - La mesure la plus simple est l'interdiction de téléphoner en roulant : systématiser la recherche des appels et exclure de la couverture d'assurance le fait d'avoir un accident en téléphonant... - autre mesure peu couteuse et technologique, est le radar "anti collision"... qui "réveille" le conducteur... en attendant des systèmes de freinage d'urgence qui apparaissent dans les véhicules haut de gamme...
PS: toutes les études montrent que le cannabis, tout comme l'age avancé des conducteurs ne pèsent pas de manière significative sur la mortalité routière...
Est que on na pas oublie la répression pour les fautes commise en réel qui sont en fait les accidents!!! Combien point on a été retire pour des accidents minore cette année par exemple? Probablement aucune! Il n y a pas un accident sans y avoir un responsable et une faut commise (clignotant, téléphone au volant, non respect de distance minima etc) On pénalise JAMAIS les petit accidents et le gens qui cause un accident, mais on est concentre toujours sur la vitesse et on pénalise le gens pour 6 km/h en dessus de la limite légale.
Je pense que c'est un vrais problème de pénaliser les gens potentiellement dangereuse et rien faire contre ceux qui sont a l'origine des accidents plus ou moins grave!
Une vraie source d'inspiration. Voyez tout ce que l'on peut dire en 45 caractères...tout un programme!
Retirer les panneaux aujourd'hui ne serait-il pas un acte criminel alors ?
Très cordialement à toutes et tous
Silas
Ensuite, je pense aussi que, comme Jebedee, l'argument 110 kmh-intempéries-fort traffic VS 180-soleil-personne est fallacieux... Il s'agit d'une limitation de vitesse (j'insiste) et non pas d'une vitesse recommandée, et, contrairement à ce que vous dites, le conducteur dans le premier cas commet une infraction et est passible d'une amende et d'un retrait de point pour "vitesse non adaptée" (même si c'est très subjectif, je sais que ça existe puisque ça m'est arrivé). Et, il est clairement stipulé que dans le code de la route que le conducteur doit respecter les limitations de vitesses et adapter la sienne en fonction des circonstances... Par conséquent, dans votre exemple, les deux conducteurs sont en infraction (en plus d'être dangereux) et risques des sanctions plus ou moins similaires.
Enfin, s'il est vrai qu'il est contre productif de mettre tout ses œufs dans le même panier et qu'il y a beaucoup d'autres paramètres sur lesquels jouer pour améliorer la sécurité routière, reconnaissez que c'est quand même axiomatique d'affirmer que, plus on roule vite, plus il est difficile d'éviter l'accident en cas de problème, que le choc est logiquement plus violent et donc que le pourcentage de chance de mourir est donc plus élevé. Tant que les voitures et les conducteurs seront susceptibles d'avoir des défaillances, on ne peut pas se permettre de laisser ces défaillances devenir des accidents mortels sous prétexte que la vitesse n'est pas la cause de l'accident... Car cause direct ou pas, c'est dans tout les cas, de toute façon, un facteur aggravant.
Ou comment une pseudo démocratie se fait imposer ses lois par une infime minorité de représentants d'associations, à l'encontre de la très grande majorité. République bananière?
Disons plutôt que 2 mesures peuvent immédiatement taper sur la cible : une tolérance 0 pour l'alcool (responsable - direct ou indirect, pour tout médecin ayant passé ses nuits aux urgences, de près des 2/3 des accidents mortels), et une vraie rigueur sur les excès de vitesse en ville.
Hors aglomération, oser évoquer une responsabilité isolée de la vitesse, sans excès associé d'alcool, est une farce. Mettons à part, bien sûr, les zones dangereuses parfaitement répertoriées par les DDE, qui devraient être systématiquement "radarisées", comme en Allemagne.
Personne ne semble s'intéresser aux 2 tabous français : le pouvoir du lobby de l'alcool, et la "culture de l'anti-dépresseur" : j'observe la rareté des contrôles d'alcoolémie en France, en particulier les soirs à risque, et l'absence à ce jour de dépistage systématique de médicaments perturbant la vigilance : voici la vraie démagogie.
Un petit espoir technique, pour nous professionnels de l'urgence : le développement (urgent !) des procédés de veille automatique "anti-endormissement" : mais ces morts-là, du petit matin, n'intéressent hélas pas le Trésor public.