L'affaire DSK et les stéréotypes débiles sur les morales américaine et européenne
Eh ho, les Français, vous vous êtes bien regardés?
- Témoignage de Monica Lewinski, en février 1999. REUTERS -
Comment se fait-il qu'aucune discussion sur un scandale sexuel politique, ou un scandale sexuel impliquant un politicien, ne puisse se lire sans des commentaires pseudo-raffinés sur les différences supposées entre la morale des Américains et celles des Européens? Et comment se fait-il qu'on double la peine si le politicien est Français, ou si les réactions en question proviennent de sources gauloises?
Et depuis quand cette pénible habitude journalistique est-elle devenue si répandue? Elle a dû voir le jour récemment, ou du moins après à l'époque où Charles de Gaulle et John F. Kennedy étaient présidents de leurs pays respectifs. Le premier était un strict et scrupuleux puritain, qui n'a jamais donné à sa femme, Yvonne, la moindre raison de se plaindre, tandis que le second était un formidable débauché, qui est même allé jusqu'à faire coucher une nénette à mafieux dans les appartements de la Maison Blanche.
Et pourtant, la culture américaine, pour qui Kennedy est quasiment l'héritier de Galahad, serait celle qui se choque facilement, tandis qu'en France – ah, la France!* – prévaut une attitude beaucoup plus adulte et ouverte d'esprit.
Certes, la France et ses partisans ne disent pas que la tentative de viol d'une femme de chambre n'émeut pas plus que ça la prétendue délicatesse des salons parisiens. (Après tout, comme on ne cesse de le répéter, François Mitterrand a peut-être eu une fille hors mariage, mais il a fait tout son possible pour le cacher aussi longtemps qu'il le pouvait.) Mais le problème se pose lorsqu'on mentionne ces deux types de comportement sexuel dans une même phrase. Un problème analogue suit l'idée que les Américains ne vont pas tolérer les infidélités de leurs politiciens.
Prenez deux épisodes récents, de ce côté-ci de l'Atlantique: l'impeachment de Bill Clinton, et la démission forcée de Paul Wolfowitz de la présidence de la Banque Mondiale. En écoutant les défenseurs de Clinton, à l'époque, vous auriez pu imaginer qu'une telle procédure était justifiée par la fellation qu'il s'était fait faire dans le Bureau Ovale (une source inépuisable d'hilarité feinte et de stupéfaction de la part du clan français), tandis qu'en prêtant l'oreille aux détracteurs de Wolfowitz, vous auriez pu croire qu'il avait offert un traitement de faveur à une employée avec laquelle il avait une aventure.
En fait, le problème de Clinton est d'avoir abusé d'une subalterne, et d'avoir menti sous serment à ce sujet au cours d'un procès. Un procès déclenché par un épisode où il s’était servi de ses collaborateurs politiques pour aller «débusquer» des jeunes femmes et les embaucher. Non content d’embringuer tout son cabinet dans la manœuvre, Clinton utilisa sa propre équipe pour insinuer que Monica Lewinsky le «harcelait», une accusation aussi extrêmement diffamatoire que préjudiciable, et qui aurait été peut-être crue si Lewinsky n'avait pas été en possession de preuves.
Ce comportement prodigieusement sordide fit remonter à la surface d'autres allégations plus anciennes. Qui incluaient des accusations de relations sexuelles forcées, équivalant à un viol, émanant de plus d'un témoin crédible. (L'histoire de cette conduite révoltante est narrée dans mon livre No One Left To Lie To [Plus personne pour mentir].) Mais une majorité du pays a pris toute cette affaire à la légère, la voyant comme une «peccadille», ou une question de vie privée.
L'affaire Lewinski, ou comment les Américains sont moins puritains qu'ils le pensent
Deux des directeurs de conscience de Clinton, recrutés à la va-vite, Jesse Jackson et Billy Graham, ont même justifié ces appétits singuliers comme ceux d'un mâle dominant, négligeant le fait capital que toute sa défense consistait à nier en avoir de tels. Jesse Jackson a même été jusqu'à admettre la paternité d'un enfant illégitime, sans aucun effet notable sur le rythme de ses pieuses apparitions publiques. Il semble donc que l'opinion américaine n'est en aucun cas aussi rigoriste qu'elle en a elle-même a l'impression, ou que d'autres peuvent le penser.
Shaha Riza était une cadre de la Banque Mondiale avant que Paul Wolfowitz n'en devienne le président, et leur relation, stable et ancienne, n'était un secret pour personne. La décision de lui trouver un autre poste a été prise pour éviter le moindre soupçon de conflit d'intérêts. Il n'y avait pas le début du commencement d'un abus, ou de harcèlement sexuel. Mais une vendetta politique, dans laquelle de très hauts dignitaires européens ont pris une part active, a fait qu'il lui fut impossible de ne pas démissionner.
Voyez la différence avec la lettre envoyée aux enquêteurs nommés par le FMI pour se pencher sur l'«aventure» entre Dominique Strauss-Kahn et Piroska Nagy, une employée tout d'abord sujette à des attentions non désirées, pour finalement y succomber. Contestant la conclusion des enquêteurs pour qui leur relation recouvrait sans ambiguïté le terme de «consensuelle», elle décrivit Strauss-Kahn comme «un homme ayant un problème qui le rend peut-être inadapté à diriger une institution où des femmes travaillent sous ses ordres.» (Sa rhétorique délicate est quelque part surpassée par celle de Tristane Banon, une jeune journaliste déclarant avoir subi une précédente tentative de viol, pendant laquelle sa conduite était celle d'un «chimpanzé en rut.»)
Le FMI a pourtant décidé que des excuses en bonne et due forme suffisaient dans le cas de Nagy, et qu'aucun abus de pouvoir n'était à signaler. Dites-moi exactement qui, ici, a fait preuve d'une incroyable naïveté en matière de sexualité?
La récente débâcle du mariage Schwarzenegger-Shriver et la mauvaise passe de Newt Gingrich face aux «conservateurs sociaux» semblent réaffirmer que la rupture des vœux matrimoniaux et une carrière politique ne sont pas si spontanément compatibles aux États-Unis. Mais à Paris, il est dit ouvertement que Strauss-Kahn a été la victime d'un quelconque complot. Une grande hypocrisie, est, évidemment, présente dans les deux réactions. Mais ici, le réflexe de ces «choqués – choqués»** Gaulois est, de loin, le moins «adulte».
Christopher Hitchens
traduit par Peggy Sastre
* en français dans le texte
** en référence à une scène dans Casablanca où le policier français se dit «choqué, choqué» d'apprendre que des jeux illégaux sont organisés dans le café de Rick Blaine (Humphrey Bogart), pour empocher une seconde après la mise d'un pari. (NdT)
Mis à jour le 22/05/2011 à 10h57
















































@Cinderelle. HAHAHA je me ris! "Ici il est déjà oublié"??? Quoi? Parlez-vous des mêmes USA (ou alors je me trompe de pays). Je regarde CNN, SkyNews et BFM TV en boucle et lis les journaux en ligne. CNN est de loin la chaîne qui a le plus parlé de DSK (et qui continue) et en presqu'oublié le Liban et la situation actuelle au Moyen Orient. Quant au NYT par exemple, s'ils ont bien cessé de parler de l'affaire en elle-même en effet, c'est parce qu'ils se régalent maintenant et depuis des jours à pourfendre les habitudes des Français, qu'ils ont généralisés en "pervers", "chauds lapins" (pour les plus tendres journalistes) et autre créatures sans conscience. Alors ne dites pas que l'on en fait trop chez nous! C'est l'hôpital qui se moque de la charité
Le problem c'est que CNN USA n'est pas pareil a CNN-Monde.... Et BFTV et Skynews ne sont pas des chaines americaines mais il me semble belge et anglaises.
L’amalgame est un peu vite fait et le viol n’est pas uniquement une version "un peu pire" des relations précitée !
SI un hommme est soucieux du consentement des femmes , il ne convoite pas ses sulbaternes qui ont besoin d'un travail pour manger !
Le rateau infligé à son patron est lourd de conséquence !
Le consentement relatif lorsque le partenaire est subalterne ou détenue de prison!
Voilà le fossé psychologique qui sépare les Américains des Français.
Bien que je regrette l'extrême dureté de l'épreuve que vit DSK, s'il se confirme qu'il est tombé dans un traquenard, cet évènement aura au moins mis en évidence ce fossé qui nous sépare, Anglo-saxons et Français : le simplisme chez les uns, pour ne pas dire la brutalité, et la subtilité chez les autres, avec la conviction que rien n'est aussi simple qu'il parait. La différence entre De Gaulle et Roosevelt.
Je n'ai personnellement aucun commentaire a faire sur cette affaire si ce n'est que ce grand deballage m'ecoeure.
Vous dites que " pour la culture Américaine le Président KENNEDY est l'héritier de Galaad " Pourriez-vous m'expliquer car je n'ai pas compris.
Cordialement
Il ne s'agit pas de donner des leçons mais, dans le cas de DSK, de se poser les bonnes questions. Les médias ont ils respecter la présomption d'innocence? Le fonctionnement de la justice Américaine est il juste? Y'a t'il un déséquilibre entre la protection du plaignant et de l'accusé? Le traitement de cette affaire par les médias Américains a t'il été guider par cette Francophobie latente qui régne aux US depuis 2003?
La question du complot se pose également, même si ça ne vous plait pas. Un homme d'éxperience, Directeur géneral du FMI et futur candidat a l'élection présidentiel Française agresse une jeune femme musulmane dans la chambre d'un palace new yorkais, cela ne vous parait il pas énorme??? A qui profite le scandale?
Sachez aussi qu'en France, nous considérons les Américains comme des hypocrites agissant en permanence dans leurs propres intérets économiques et que le but des Etats unis est de se créer des ennemis pour justifier un statut de victimes afin de se donner la légitimité de provoquer des guerres inutiles. DSK a travaillé à rassembler les peuples et intégrer, enfin, les pays du sud dans le processus d'aides du FMI.N'est ce pas a l'encontre des intêrets Américains? Qui a remplacer DSK au FMI, un américain il me semble... Alors oui, nous sommes et seront toujours critique envers les Etats-Unis, pays que notre culture a inspiré et que nous avons contribuer a créer.
Nous avons créer un monstre d'avidité, obsédé par sa puissance et incapable de se remettre en question, mais malgré ça, nous adorons les Américains!! Vous êtes accueillant, vaillants et inventifs! Vous nous avez donner Kubrick, Paul Auster et Bob Dylan, la contre culture Américaine nous a influencé tout notre jeunesse, les ONG Américaine participe largement à la pacification du monde et j'en passe!!
Alors au lieu de vous vexer à chaque réflexion franco-française sur votre mode de fonctionnement, écoutez ce que nous avons à dire. La France est un grand et beau pays, libre, fraternel, égalitaire! Les USA sont un magnifique patchwork d'états aussi différents les uns que les autres. Mais la communication ne passe pas vraiment entre nos deux pays. Je ne crois pas à un choc des cultures à la Huntington mais plutôt un choc de géneration entre un adolescent foufou et un Adulte un peu paumé qui ne comprends pas la jeunesse... Pour conclure, Cet article n'apporte pas grands chose au débat mais les réactions sont constructives, comme quoi la communication...